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EDER SUR LA PAIX DE RELIGION

bourg; par conséquent tous les autres sectaires, Zvingliens, Calvinistes, Anabaptistes, disciples de Schwenkfcld et autres, en sont exclus. »

Eder avouait la nécessité d'obéir à la paix de religion dins les questions politiques et civiles: «Qu'on la laisse subsister telle qu'elle a été conclue, » répétait-il, «dans toute son intégrité et valeur, qu'on lui laisse toute l'autorité qu'elle doit avoir. »

Mais quant à la paix « intérieure », c'est-à-dire « la paix concernant l'âme et la conscience », on ne devait pas s'imaginer, diraitil, que Sa Majesté et les membres d'Empire eussent jamais eu la pensée d'annuler, de regarder comme non avenus les décrets promulgués par l'Église Catholique. « Les deux religions, l'ancienne et la nouvelle, se séparentetse combattent l'une l'autre sur des dogmes essentiels ; par conséquent elles ne sauraient vivre en bonne intelligence, et ne peuvent pas davantage être toutes denx déclarées fausses. De là l'impossibilité d'établir jamais entr'elles une véritable paix, un réel accommodement; on ne peut ni les défendre toutes deux et les tenir toutes deux pour bonnes, ni condamner et rejeter à la fois la bonne et lamauvaise. L'Empereur et les membres d'Empire avaient déclaré solennellement, à Augsbourg, que la querelle religieuse ne pourrait être tranchée que par les voies de la douceur et de la persuasion. Or comme ceci est parfaitement vrai, comme avant tout ces moyens doivent être cherchés et que, par eux seuls, la paix de religion pourra satisfaire tout le monde, le traité d'Augsbourg ne peut être considéré que comme une paix extérieure, une sorte de moyen terme, une trêve, une halte jusqu'à la conciliation véritable, et non comme une déclaration définitive *. »

La distinction établie par Eder entre « la paix intérieure et la paix extérieure » fut plus tard attaquée par les Protestants. Ils accusèrent Eder d'avoir mis en doute la validité du traité d'Augsbourg, même dans les questions politiques ou civiles, et d'avoir engagé les potentats à la violer et à se débarrasser des Évangéliques par la violence 2. Dés 1.582, à l'époque de la Diète d'Augsbourg^, les Gonfessionistes avaient parlé de protester contre le « libelle catholique» ; mais les ambassadeurs palatins ayant affirmé qu'il était peu probable que les papistes songeassent pour le moment à renverser la paix, il avait paru superflu et inopportun de soulever cette question.

» Das güldene Flüss. F. 394 et suiv., f. 436.

- Voy. L. OsiANDER, Veranworfiinff wider die zwo Geftspinnen., pp. ll-l.ö.

' V. Bezold, Brief e Johann Casimirs, l. I, p. 496. Voy. t. I p. 467.

LR POI-KMISTK LOBICHIUS. 4G3

Jodocus Lorichius, professeur de théologie à Fribourg, fut aussi itraité par les Protestants « de bourreau de la paix, de féroce ennemi des Evangéliques », pour un délit du même genre. Jodocus n'appartenait pas à la Société de Jésus; il en était plutôt l'adversaire que l'ami. Cependant il fut traité de « disciple hypocrite de Loyola ». On prétendit voir dans ses écrits la preuve évidente ff qu'avec une cruauté et une férocité inouïes les Jésuites ne poursuivaient qu'un but : l'extermination sanglante de tous les vrais chrétiens * ». En 1577, dans un traité composé en latin, Jodocus avait soutenu que les pouvoirs catholiques ne devaient pas contraindre les hérétiques à obéir à l'Église, en invoquant la nécessité de protéger le bercail catholique contre des loups ravisseurs. Il s'était élevé contre toute répression sanglante^; mais il n'avait attaqué la paix d'Augsbourg, ni dans ce traité, ni dans un second traité écrit en allemand publié en 1583 sous ce titre: La paix de religion, contre la très dangereuse liberté réclamée par les Evangéliques •'. Jodocus,dans la préfacede ce dernier ouvrage, suppliait très humblement « les autorités chrétiennes de la nation allemande »de ne pasl'accuser d'attaquer ou de contredire les lois et les ordonnances de la paix publique, ce qui eût été, disait-il, une rébellion, et un crime ». Son but était bien différent : Il voulait démontrer et prouver à tous que la liberté des cultes, tant -réclamée par les Protestants, était un projet antichrétien, impraticable et funeste, v Comme en traitant ce sujet, » assurait-il en terminant, «il n'avait pensé ni à la politique, ni aux lois civiles, comme il n'avait écrit que selon sa conscience, se souvenant du compte qu'il aurait un jour à rendre à Dieu de tous ses actes, il espérait que personne n'aurait rien à dire contre lui, aucune parole imprudente à lui reprocher, et qu'on lui

' Wn/fein Schafspeltz, f. 17 ".

* De vera et falsa libertate credendi e sacra potissimum scriptuva institiita de monstratio, auctore lodoco Loricliio. Ingolstadt, 1577. Comme ou objectait que puisqu'on laissait vivre en paix les juifs et les payens, on devait faire preuve de plus de tolérance encore envers les hérétiques, il répondait (f. 69fi) : « Judaei alque Genliles Christianam fidem nunquam agnoverunt, nunquam professi sunt : ob id non debcnt ad eam compelli ; credere enim volunlarium est, ncc habet in eos aniinadvcrtenti jus ecclesia, quippe foris sunt, ut loquitur apostolus (I Cor., vi). Ideoque Deus eos judicabit. At haeretici fucrunt aliquando ex ovibus. Sunt ergo quoque modo ad ovile reducendi, ne in lupos incidant. Si vero ex ovibus in lupos Iransformati sunt, persequi eos, captivare, vincire, tollere oportet, ne oves invadant atque dilacerent. » F. 63b. 66 cap. 24, il traite : De jusia compulsione rebeliani ad obediendum Jidei legibusqiie praescriptis . » Dans le chapitre suivant : « Quod non repugnet christianae modestiac Dei et ecclesiae hostes atrocius persequi, » le traité combat surtout ceux qui affirment « liberum unicuique concedi debere, ut credat, quod volet. » F. 536.

' ... Far die christlichen Oberkeilen teutscher Nation, :ur Erinnerung und Warnunff kürzlich beschrieben. » Cologne, 1383. Autre édition : Tractât von Freijstellund und lie! i ff ions frieden. Fribourg en Rrisgau, 1010.

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attribuerait encore moins la volonté préconçue d'aigrir les esprits, de provoquer des dissentiments et dos disputes; car il n'avait écrit que pour supplier les autorités catholiques de ne pas ajouter foi aux paroles et aux promesses trompeuses de j)aix et de fraternité qui leur étaient prodiguées par les Protestants, comme si, une fois la liberté obtenue, on pût attendre d'eux justice et amitié. On n'avait pas oublié ce qui s'était passé lors de l'Intérim; dans quelques villes d'Empire, la religion catholique avait été autorisée, le culte avait été rétabli ; mais, peu à peu, non seulement on l'avait sourdement minée, mais encore, par la violence, on l'avait opprimée et persécutée. « Qui pourrait se fier maintenant aux promesses hypocrites des Évangéliques? » « Bien que les Catholiques soient disposés à entretenir de bons rapports avec eux dans les choses civiles, bien qu'ils conservent et doivent conserver une certaine cordialité avec ceux qui sont séparés de l'Église, il est impossiblequ'une confiance véritable et sincère existe et subsiste entre les membres de deux religions si opposées.» « Lapaixd'Augsbourg n'a jamais été prise au sérieux par les Protestants; depuis qu'elle a été conclue, nous n'avons cessé d'être inquiétés, nous n'avons joui d'aucune sécurité; quantité d'églises et de couvents ont été pillés, beaucoup de propriétés ecclésiastiques confisquées par le droit du plus fort. En beaucoup de villes, notre religion a été interdite ou persécutée. Comment l'Église n'aurait-elle pas le droit d'abattre l'hérésie? «Pourquoi, «demandait Lorichius, «empruntant les paroles de saint Augustin,« ne pourrait-elle obliger ses fils prodigues à revenir à elle, puisque les hérétiques les ont contraints de se séparer d'elle?» «Mais ce n'est pas la violence, c'estla pénitence, c'est l'amélioration des mœurs qui sera le meilleur moyen pour nous de détruire les hérésies et de mettre un terme aux fléaux, aux iniquités qui affligent l'Église de Dieu tous les jours davantage. » « Malheureusement, la plupart des seigneurs ecclésiastiques vivent^, eux et leurs sujets, comme si rien dans l'Église de Dieu n'était fait pour les inquiéter ou les affliger. Il en est peu qui prennent à cœur l'aff^reuse scission qui s'est produite et la cruelle persécution que l'Église a subie et subit encore tous les jours. II en est peu qui déplorent nos péchés et l'apostasie de tant de chrétiens, et qui demandent pour les pécheurs le pardon divin et la conversion i. »

Dans les écrits d'Eder et de Lorichius, les Protestants prétendirent trouver la preuve que, du côté papiste, on ne songeait qu'à abolir la paix de religion et qu'à se défaire par la violence des

1 P. i22 et suiv., pp. 44-45. Dernière édition, pp. 19, 23, 42, 34, 41, 48, 53.

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membres d'Empire évangéliques; mais, peu après, ils virent des intentions bien autrement sanguinaires et perverses dans un livre publié sous le nom du chancelier del'ÉIectoratde Cologne, François Burkhard, et intitulé: Traîlé de rautonomie. a WsLUleuvy déclaretout franchement,;) aftirmaient-ils, « que non seulement la paix de religion doit être abolie, mais qu'il faut se défaire des Évangéliques par le fer et le feu^. » L'Électeur palatin Frédéric IV montra un jour à l'Électeur de Brandebourg le brouillon d'un mémoire par lequel il se proposait d'éclairer l'Empereursur l'audace criminelle des papistes et des Jésuites, lesquels ne se faisaient plus aucun scrupule de dire que la paix de religion ne liait plusles consciences, qu'il fallait exterminer les hérétiques et massacrer les princes qui refuseraient de se soumettre à tout ce qu'exigeait le Pape. On accusait Burkhard d'avoir écrit:« Le devoir des Catholiques est de mettre au ban les hérétiques, et même de réprimer l'hérésie par les supplices; il faut se défaire des sectaires, fermer leurs écoles et leurs églises, exposer pour la foi nos biens et nos vies. » On l'accusait même d'avoir fait un appel direct à la guerre de religion 2.

Ces accusations étaient dénuées de fondement.

Le véritable auteur du Traité de r autonomie, c'est-à-dire de la liberté de toutes les religions, livre publié en I086 et plusieurs fois réimprimé depuis, n'était autre qu'André Erstenberger, secrétaire du conseil aulique ^. Comme son père Maximilien, Rodolphe détes-

1 Wölfe im Schafspellc, f. 17a.

ä Ritter, Briefe und Acten, t. I, p. 477.

3 Je me sers ici de l'édition de Munich de 1593 : voy. au commencement de ce volume, dans la liste des ouvrages cités, le nom d'Erslenberger. « La valeur de l'ouvrage, » dit Stiève [Politik Bayerns, t. I. pp. 162-163), o est dans les explications juridiques qui y sont données. Erstenberger, le texte du traité de paix en main, et s'appuyant sur les débats qui le suivirent, défend la Réserve ecclésiastique et combat les déclarations de Ferdinand (voy. notre 4' vol., pp. 451-455). L'.lu/o«o//u'e parut aux Catholiques une citadelle imprenable, un arsenal d'arguments sans réplique contre la liberté du culte réclamé par les Protestants, et effectivement, pendant plus de seize ans, leurs adversaires ne réussirent pas à ébranler sérieusement la force de l'argumentation d'Erstenberger. » Sugenheim {Geschichte der Jesuiten, t. I, pp. 72, 75, 76) écrit : « On peut, sans exagération, regarder l'œuvre d'Erstenberger comme un événement important, car il eut une très grande influence sur le mouvement politique et religieux de cette époque. L'immense effet qu'il produisit presque aussitôt son apparition n'était que trop naturel. Jamais, jusque-là, les faiblesses du Protestantisme contemporain, la contradiction où il était avec ses propres principes» n'avaient été mis eu lumière avec autant de pénétration, de clarté, de bon sens. Sur la question qui passionnait alors les esprits, la liberté religieuse, c'est-à-dire la suppression de la Réserve ecclésiastique, suppression réclamée avec tant d'ardeur par 1' s Évangéliques et liée au redressement de leurs autres griefs, la légitimité de leur plainte, leur droit de la porter devant la justice, étaient niés pour des motifs parfaitement justes, et logiquement déduits des propres actes des Protestants. »« On ne saurait assez dire le tort que fit l'ouvrage d'Erstenberger à la cause évangélique. Il paraissait à un moment très opportun, peu de temps après la triste issue du V 30

466 l'autonomie d'rRSTENBRRGER .

tait et blâmait toute discussion approfondie de la question religieuse, de sorte qu'Erstenberger n'avait pas osé faire imprimer l'ouvrage à Vienne, ni s'en déclarer l'auteur. Par les soins du duc Guillaume de Bavière, qui lui avait promis le secret le plus absolu, V Autonomie avait été éditée à Munich. « A la cour impériale, » écrivait le duc le 5 décembre 1586 à l'archevêque de Salzbourg, « on n'approuve point du tout l'ouvrage. En général, on n'aime pas voir traiter les questions religieuses à fond^ ni qu'on se mêle d'indiquer aux fidèles les moyens de conserver et de propager notre religion. En même temps, on ne se fait aucun scrupule de permettre à nos adversaires de défendre leur foi, et de publier tout ce qui peut lui être favorable * »

Ersienberger, on le voit, avait eu de bonnes raisons pour craindre que son livre ne compromit non seulement lui, mais encore sa famille.

Il examinait, dans V Autonomie, cinq sortes de libertés de conscience.

La première était celle des Électeurs, princes et membres d'Empire de la Confession d'Augsbourg. Ceux-ci avaient reçu l'assurance que jusqu'à la conciliation définitive de la querelle religieuse, on les laisserait en paix , sans qu'ils eussent à redouter aucune violence, persécution ou contrainte pouvant blesser leur conscience ou entraver leurs actes. « C'est dans cet article, » disait l'auteur, « que consiste, à proprement parler, la paix de religion, et dans .ce sens personne ne songe à le discuter, car il ne concerne pas tant la religion que la paix temporelle et l'unité politique des membres

complot de Cologne où l'imprudence de Gebhard avait mis dans un relief si saisissant les illusions, les déchirements intimes, la faiblesse déplorable des nouveaux croyants. Ce que des millions d'individus, catholiques ou protestants, sentaient depuis longtemps confusément, était exposé par Erstenberger avec une clarté, une logique qui ne pouvaient manquer de faire impression . Tandis que les Catholiques y puisaient un mépris exalté pour l'Eglise rivale et des raisons probantes d'estimer, d'aimer plus que jamais leur antique croyance, beaucoup d'amis, de partisans zélés des nouvelles doctrines, sentaient tomber sur eux, comme un poids insoulevable, l'indifférence, le découragement. Beaucoup étaient dégoûtés depuis longtemps du Protestantisme si horriblement défiguré de leur temps. Ils ne se sentaient plus attirés, et se demandaient s'il était sage de s'exposer à tant de dangers et de fatigue pour une religion dégénérée, si peu d'accord avec la raison, et de renoncer à jamais aux avantages qu'offrait à ses fidèles la ^-ieille Eglise, en tout cas mille fois plus conséquente avec elle-même que la nouvelle. Ne valait-il pas mieux retourner à elle et mourir à son service, quand même on devrait être au nombre de ses glorieux martyrs ?» S\iv Y Autonomie d'Erstenberger, voy. aussi l'article de Lossen, dans les Comptes-rendus des séances de l'Académie de Munich 1891, cahier I, pp. 124 et suiv.Miuutio Minucci, dans un Mémoire sur l'état de l'Eglise Catholique en Allemagne (1588), insiste sur la nécessité de traduire en latin l'ouvrage d'Erstenberger. Niinliaturberichlen, ni, I, 772. * V. Aretin, Maximilian der Erste, pp. 249-252.

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d'Empire des deux religions, par conséquent il n'a rien à faire avec la liberté de conscience; c'est tout simplement un contrat, une loi, destinée à protéger la paix des citoyens. Et comme la conciliation religieuse attendue n'a p;is encore été obtenue, ce premier article subsiste, et par conséquent, en ce qui concerne la paix temporelle et la question politique, il serait criminel de lui porter la moindre atteinte *. » « Mais jamais le traité d'Augsbourg n'a approuvé, n'a sanctionné la Confession, je veux dire la doctrine luthérienne. Ceux qui l'ont rédigé n'avaient point qualité pour trancher les questions religieuses. Le traité ne peut se rapporter qu'à la paix politique et à tout ce qui peut l'assurer; il n'a pour objet que la tranquillité et la concorde civiles; il ne vise qu'à maintenir la bonne intelligence entre les membres d'Empire des deux religions.il porte expressément que l'examen et la pacification de la querelle religieuse sont ajournés, et remis à un autre temps. Mais quand bien même, ce qui n'est pas, le traité renfermerait une approbation téméraire de la doctrine luthérienne, une pareille sanction n'aurait aucune valeur, par la raison que l'autorité civile n'est pas compétente dans les choses de la foi, et parce que le Concile général, auquel l'Empereur et les membres d'Empire eux-mêmes ont remis le décision suprême de nos différends religieux, a depuis longtemps prononcé la sentence, et que la nouvelle doctrine a été publiquement condamnée et anathématisée à Trente. Cette sentence de l'Église Catholique a tant de force et d'autorité qu'elle annule et supprime de fait toute approbation laïque; il est bien entendu que cette autorité se rapporte uniquement aux questions intéressant directement le salut et la vie éternelle 2. »

Erstenberger reconnaissait donc la validité de la paix d'Augsbourg et l'obligation où l'on était de lui obéir en tant que paix civile et politique. Comme Eder, il l'acceptait pleinement et sans restriction dans ce sens : à ses yeux, les décrets du Concile ne l'avaient en rien modifiéee 3,

« Mais, ;) ajoutait-il, « si, malgré les décrets du Concile les partisans de la liberté des cultes persistent à protéger non plus une confession unique, mais toutes les confessions, ou, pour mieux dire, toutes les confusions qui se produisent, et cela malgré la menace d'un éternel et divin châtiment, comme il est impossible de les sauver malgré eux, il faut laisser aux pouvoirs relevant directement

' Autonomie, f. 2a 4b.

2 Autonomie, f. 29lb-292.

3 Comme Stieve l'avait déjà fait remarquer, voy. Die Politik Bayerns, t. I, pp. 160-161.

468 l'autonomie d'erSTENBERGER.

de l'Empire, le soin d'apprécier eux-mêmes, à leurs risques et périls, la manière dont ils doivent gouverner leurs sujets et se conduire vis-à-vis d'eux, puisqu'eux seuls auront à rendre compte à Dieu de leur conduite au jour du Jugement. Si vraiment nous leur laissons cette liberté, qu'ils accordent à leur tour aux autorités catholiques et à leurs sujets paix et sécurité; qu'ils les laissent libres de con. server leur antique foi, et ne s'arrogent pas plus quene le permet la paix de religion politiquele droit de les régenter. »Erstenberger songeait si peu à mettre en question l'autorité du traitéd'Augsbourgqu'il exhortait les princes et membres d'Empire luthériens animés d'un sincère amour pour la paix, à ne pas tolérer les nombreuses sectes dont ils ne pouvaient nier l'existence. « Par ces sectes qui se contredisent et se détestent les unes les autres, » écrivait-il, « par tant d'esprits extravagants et violents, la paix politique et la justice sont dans un continuel péril *. » «Tolérer tous les sectaires, eu particulier les Zwingliens et les Calvinistes, c'est aller à rencontre de la paix. Sous un autre rapport aussi la paix n'est pas respectée, car on ne cesse de la violer quand il s'agit des Catholiques. On ne se contente pas de ce qui a été confisqué jusqu'ici : abbayes, prélatures, couvent, paroisses; tous les jours on apprend de nouvelles spoliations; on installe dans les paroisses, dans les abbayes, des prédicants sectaires et l'on encourage les sujets catholiques à se révolter contre leurs seigneurs. »

Si Erstenberger se soumettait pleinement à la première sorte de liberté de conscience garantie par la paix de religion, s'il en admettait la légalité, il citait quatre sortes de liberté opposées, selon lui, au traité d'Augs bourg. D'abord l'abolition de la loi sur la Réserve eiîclésiastique , tant réclamée par les membres d'Empire confessionistes. Ensuite, le projet de loi présenté à la Diète pour la troisième fois en 15Ö6, et demandant que non seulement les prêtres apostats restassent en possession de leurs bénéfices, dignités et revenus, mais qu'à l'avenir les princes, comtes et seigneurs de la noblesse, à quelque rang qu'ils appartinssent, mariés ou non mariés, eussent libre accès aux charges ecclésiastiques, évêchés, prélatures et bénéfices, et qu'à cette fin les anciennes formes de serment, les statuts relatifs à ces dignités, fussent modifiés, et basés uniquement sur la loi politique et civile. Il blâmait encore l'entière liberté du culte accordée aux sujets protestants établis sous une autorité ecclésiastique, enfin, la liberté de conscience pour tous sans exception; il trouvait toutes ces libertés illégales, inadmissibles, funestes à la

' Autonomie, ï. 292b-293 .

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religion comme à l'état ; et, selon lui, elles ne pouvaient avoir d'autre résultat que la ruine complète de la foi catholique en Allemagne. Les arguments dont il se sert sont justes, ils dénotent des connaissances approfondies, aussi bien au point de vue historique qu'au point de vue juridique ; malheureusement, il emprunte trop souvent à ses adversaires le ton grossier de leur polémique. La scission religieuse et toutes ses fatales conséquences, la rupture de l'unité, la dépravation des mœurs, l'afïaiblissement de la foi, le relâchement de tous les liens sociaux et politiques sont, d'après lui, l'œuvre du démon. Il supplie les princes et seigneurs catholiques (( de ne pas faire moins pour Textirpation de l'hérésie et le châtiment des hérétiques que les Protestants n'ont fait pour détruire le Catholicisme. » « Nos autorités, » dit-il, « ne sont pas obligées de garantir aux Confessionistes le libre exercice de leur religion, ni de leur permettre de s'établir chez elles. On ne saurait invoquer en leur faveur un droit de prescription, puisque, d'après leurs propres principes, ce droit n'existe nulle part, même en matière de religion; d'ailleurs, chez les autorités protestantes, les Catholiques n'ont jamais obtenu la tolérance, ni le libre exercice de leur culte. Les princes luthériens ont abandonné l'Église, laquelle était en possession, depuis près de seize cents ans, d'une prescription respectée de tous; ils ont forcé leurs malheureux sujets à les imiter, à obéir à leurs prédicants séducteurs ; ils en sont venus à leur fin, tantôt par de bonnes paroles, tantôt par la violence. » « Presque tous les ans, ils élaborent de nouvelles confessions, concordances et déclarations puériles, que les sujets, prédicants, écoles et vassaux sont obligés d'accepter, d'approuver, de signer, sous peine d'exil ou du moins de la perte de leurs emplois et charges. En plusieurs pays, les choses ont même été si loin que toutes les fois qu'un nouveau seigneur ou un nouveau prédicant entrait en scène, on voyait surgir une religion nouvelle. Les choses étant ainsi, nul, chez eux, n'a le droit d'invoquer le passé, d'alléguer la prescription, la tradition, l'ancien usage ou la religion des pieux ancêtres. Il faut se taire sur les méfiances, les discordances et autres conséquences funestes, issues de tant de changements ; le bon plaisir des autorités fait loi; une secte nouvelle est adoptée, pourvu qu'elle professe l'horreur du papisme, et qu'elle ait quelque trait de ressemblance extérieure, quelque rapport, au moins, avec la Confession d'Augsbourg. Le prince dit : Je suis l'autorité, ella paix de religion m'autorise àembrasserla Confession d'Augsbourg, à établir ou à changerla religion selon mon bon plaisir, sans égard àce que mes aïeux, ou même mon père et ma mère, ont cru, établi, voulu et ordonné. Agir ainsi

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