‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 207 sur 573 · EST-ON OBLIGÉ DE TENIR PAROLE AUX HÉRÉTIQUES · texte numérisé non relu

EST-ON OBLIGÉ DE TENIR PAROLE AUX HÉRÉTIQUES

Grégoire Rosefius, auteur de plusieurs écrits publiés sous le pseudonyme de Christophe Rosenbuch, et Georges Sherer, l'un des controversistes les plus ardents et les plus redoutés de la Compagnie de Jésus, étaient au nombre des religieux accusés. Osiander avait soutenu que K leurs diaboliques cabales, leurs paperasses séditieuses » avaient pour unique but l'abolition de lapaix jurée, le raassacregénéral de tous les pieux chrétiens, unsanglantabattoir,quinonseulement en Allemagne, mais dans tous les États chrétiens, verrait périr tous les ennemisde Rome. «Comment les Jésuites, » avait-il écrit, « enfants de Satan et messagers du diable, pourraient-ils respecter la paix de religion, puisqu'ils enseignent et écrivent sans s'en cacher aucunement qu'envers les hérétiques il n'est point de contrat qui oblige, point de fidélité qui s'impose à la conscience * »?

« Je n'ignore pas, » répondit Roselius en 1588, (c que presque tous les hérétiques nous accusent d'enseigner qu'envers eux nous ne sommes pas obligés en conscience de tenir une parole donnée et d'agiravec loyauté et fidélité ; sous ce prétexte, nos adversaires nous volent et nous pillent. Nous ne pouvons, disent-ils, attendre aucunepaix, aucune justice des papistes; donc, nous n'avons qu'une chose à faire, saccager et piller tout ce qui leur appartient, car envers nous, ils ne se croient pas obligés de tenir leurs engagements. Qu'il me soit permis d'affirmer que notre doctrine est bien différente de celle qu'ils nous prêtent. La loyauté, la foi jurée, tout le monde doit les respecter, car rien n'est plus capable de procurer le bien public que cette loyauté, et la confiance qu'elle fait naître. Non seulement il faut y avoir égard dans les questions d'utilité générale, mais encore dans les questions privées, les paroles, les promesses données; partout, toujours, on doit se montrer exact et fidèle. La raison en est (jiie le mensonge ne saurait jamais être permis. Mais c'est tout particulièrement un péché grave de violer la foi solennellement jurée, qui intéresse tous les citoyens. Lorsqu'une paix a été établie sur des bases loyales, sans ruse ni feintise, avec toutes les formalités requises, on est, en conscience, obligé de l'observer, qu'elle ait été conclue avec ami ou ennemi, avec fidèle ou infidèle. » « Quant à nous, nous respectons la paix, et nous l'acceptons tout entière. C'est une loi politique, indispensable dans le temps où nous vivons, dans les circonstances actuelles. Evidemment, les lois divines et humaines autoriscntla répression des hérétiques; mais dans l'Em-

II ressort d'un renseignement que H. N. Paulus veut bien me fournir que l'ouvrage de Braun, publié en 1349, était écrit dès 1342.

* Voy. plusiiaut.pp. 76 et suiv.,et dans Stieat; (Z)/e Politik Bayerns, t. I, pp. 151- 156) la liste des écrits de polémique échangés entre Osiander et les deux jésuites.

Page 1