JESUITES ET PROTESTANTS
Hussites et des Calvinistes, en Angleterre, en Belgique, en France et en Pologne, a Voilà pourquoi, » dit-il, « aucun prince catholique ne doit, de son propre et libre mouvement, accorder la pleine liberté du culte protestant. Les plus grands empereurs du passé chrétien, des Pères de l'Église comme Ambroise,Chrysostôme, Augustin, ont tout fait pour que l'Église Catholique eût seule le privilège et l'honneur du culte public. Mais du moment qu'une autorité catholique ne pourrait interdire un culte étranger sans exposer les citoyens à de graves périls, son devoir est de le tolérer ; c'est ce que Thomas d'Aquin aconstamment enseigné, c'est l'opinion des plus savants docteurs de notre ordre, Maldonat, Grégoire de Valence, Molina. Si donc une autorité catholique a promis la tolérance aux hérétiques, il est hors de doute qu'elle doit être fidèle à l'engagement qu'elle a pris, car le devoir de tenir sa parole ressort de tout contrat conforme aux lois et à la morale. Or s'il est permis de tolérer la liberté des religions, du moment qu'un prince catholique est pleinement autorisé à faire de cette condescendance l'objet d'un traité et du moment qu'il a conclu ce traité, il est tenu de l'observera »
« Au nom de Dieu et de la vérité, » écrivait en lo93 Pierre Setvart, professeur de théologie à Ingolstadt, « que l'Empereur, les princes et les membres d'Empire nous prouvent donc une bonne fois que la Compagnie de Jésus ait jamais approuvé ou conseillé des mesures de répression sanglante contre les Évangéliques! » « Que Sa Majesté Impériale et que les princes souverains révèlent nos crimes, qu'ils disent hautement que les Jésuites leur ont conseillé le meurtre, les massacres ! Alors que la nation tout entière crie vengeance contre eux, qu'on nous envoie en exil, à l'échafaud » ! Ainsi parlait Stevart dans un écrit intitulé Apologie, ou moyen de salut tenté par la Société de Jésus.
Ce livre était la réfutation d'une prétendue Histoire des Jésuites, publiée par Polycarpe Leiser d'après Élie Hasenmuller "-. « Si les
* pp. 49-58... a nam fides servari débet in omni pacto licito et honesto : atqui licitum et honestum est, tolerare libertatem religionis ad majus malum evitandum, et de ea toleranda licite et honeste pacisci potest princeps catholicus : ergo si paciscitur, fidem servare débet. » Voy. plus haut, p. 3o4, note i. Le professeur de Louvain, Jeaa Molanus, écrivit trois traités pour réfuter la proposition d'après laquelle oiin'est pas obligé de tenir sa parole envers les hérétiques. Du côté protestant, Jean Gisenius, professeur de théologie à l'Université de Giessen, combattit, en citant fréquemment Becan, le principe qu'envers les hérétiques (c'est-à-dire, pour Gisenius, en premier lieules Catholiques), on n'est pas obligé de tenir sa parole. De Papismo, Disputatio XX (Gissae, 1618), pp., 389-390.
- Voy. le titre latin de l'Apologie de 1593 dans Stiéve, Die Politik Bayerns, t. I, p. 236, note 1. Je me suis servi de la traduction allemande de Cleophas Distl.
Ji:SUlTES ET PROTESTANTS. 481
Jésuites, » disait encore Stevart, «sont véritablement, comme le prétend Leiser, des brutes, des sodomites, de dangereux rebelles, si nous trahissons l'Empire romain, il estévident que l'Empereur, les princes, les villes dans lesquelles nous avons des maisons où nos pères sontextrêmement aimés et estimés, doivent être mis au courant de tous nos forfaits. Les brigands, les assassins, les traîtres ne sont-ils pas des criminels d'État? Far conséquent, lorsque les plus grands princes et seigneurs de l'Allemagne et tant de villes d'Empire accueillent, hébergent, abritent, entretiennent des êtres aussi vils que nous, que font-ils autre chose que conduirel'Empireàsa ruine? Ne faut-il pas les regarder comme les perfides ennemis du bien public ? Leiser devrait être rendu responsable de tant d'offenses envers Sa Majesté, et mériterait les plus rigoureux châtiments '. »
«Queles Jésuites soientpoursuivisparl'implacable haine des prédicants, la chose s'explique facilement, car nos Prres sont les intrépides champions, les plus courageux défenseurs de l'Église Catholique, et travaillent plus(|ue toute autre association religieuse à maintenir en Allemagne l'ancienne religion; mais c'est une odieuse calomnie de prétendre qu'ils veulent l'abolition de la paix de religion et qu'ils sont altérés du sang des hérétiques. En réalité, nous avons des pensées bien différentes. »
« Lorsque nous songeons à la vie lieureuse et paisible de nos bons ancêtres, à la sécurité dans laquelle ils vivaient; lors(|ue ensuite nous jetons les yeux sur l'état troublé, lamentable dans lequel nous sommes malheureusement tombés pour avoir trop aimé les nouveautés, ni moi, ni mes frères de la Société de Jésus, ni le< bons chrétiens attachés de cœur à l'Église ne pouvons retenir nos larmes. Commenotre terre d'Allemagne, comme tout l'Empire romainétaient heureux et prospères, autrefois! Tous les chrétiens servaient Dieu en paix, sous l'autorité des supérieurs ecclésiastiques et des évêqucs; on s'assemblait dans les mêmes églises; on célébrait les mêmes offices; on recevait les mêmes sacrements; on obéissait aux mêmes supérieurs et pasteurs spirituels; on criait vers le ciel d'un même cœur, d'une même voix; on avait même culte, mêmes cérémonies; la vie et la foi de tous étaient en harmonie; les choses iacrées et les choses profanes restaient dans leur domaine respectif, es églises étaient ornées par les riches et par les pauvres, et la |)énédiction divine descendait sur les hommes vraiment bons et )ieux en proportion de leur générosité ; de sorte qu'on s'est sou-
lEYER. Iniçolstadt, 1594. Nous reviendrons, dans le neuvième chapitre de ce livre, >ur l'Histoire des Jésuites publiée par Leiser d'après HasenmuHcr, ' Stevart, t. VII, pp. 56, 219 et suiv.
482 JESUITES KT l'ROTESTANTS.
vent demandé si ceux qui méprisaient les richesses et les répandaient avec tant de libéralité avaient joui, au point de vue temporel, de moins de prospérité que ceux qui briij;uaient la fortune, et que l'avarice tourmentait jour et nuit. Il nous est plus facile de gémir sur notre misérable temps que d'en espérer l'amélioration. Peutêtre qu'un railleur de l'école de Polycarpe rira de ce que je dis là, et prétendra quo Taticien temps n'était pas si délicieux que je le dis^ quele temps présent estprélérable,'etque c'est maintenant l'âge d'or, puisque c'est de nos jours que le véritable Evangile a été découvert sous le boisseau. Comme si la paix tant souhaitée, comme si l'Évangile, la félicité et la vraie foi étaient choses incompatibles, et ne pouvaient habiter ensemble ! »
((Mais puisque maintenant, hélas ! la paix chrétienne générale n'existe plus, travaillons du moins à maintenir l'unité de la foi dans le pays où elle subsiste encore. C'est le devoir des princes et des autorités. » ((Si, dans les territoires catholiques, on signale l'influence de quelque esprit inquiet, si on le soupçonne de vouloir introduire un nouveau culte, de nouvelles cérémonies et usages religieux, un nouvel Évangile, une doctrine nouvelle, (ju'un tel homme soit promptement exclu de la communauté chrétienne; puisqu'il trouble le repos public et qu'on peut craindre qu'il n'excite quelque émeute; qu'il soit honteusement chassé, et s'il ne se tient pas tranquille après avoir été averti, qu'il paye de son sang et de sa vie son impiété et sa rébellion. »
(( Quant aux pays où l'hérésie est fortement enracinée, bien que la paix et la tranquillité ne puissent y habiter, les Catholiques ne veulent pas et ne désirent point qu'on appelle les bourreaux pour corriger les égarés, les sectaires publics ou cachés : ils veulent, au contraire, qu'on les laisse vivre, qu'on ferme un peu les yeux, à cause des traités et des conventions approuvés parles Empereurs romains. Toutefois, les docteurs catholiques et les Jésuites conseillentd'avoir l'œil sur les hérétiques et surtout sur les prédicanls, de façon à ce qu'ils se contentent de ce qu'ils ont, et n'aient plus l'audace, à l'avenir, de troubler notre cullecatholique, de dépouiller nos églises, de ravager, de confisquer nos couvents, de déshonorernos vierges; qu'ils restent dans la même religion et ne changent pas continuellement les articles de foi et les symboles ; s'ils sont luthériens, qu'ils restent Luthériens, qu'ils ne se fassent point Calvinistes, qu'ils ne professent pas l'athéisme; et si nos adversaires se sont arrogé le droit d'introduire et de pratiquer une doctrine contraire à la nôtre, s'ils ont excité de toute part les séditions, chassé les anciens seigneurs légitimes de leurs propriétés, les prêtres de leurs églises, les i-eligieux