JESUITES ET PROTESTANTS
de leurs monastères; pourquoi ne nous serait-il pas permis de nous opposer, nous aussi à des violences si odieuses, de marcher contre ces s(^'ditieux, de les soumettre, de leur ôter cette liberté dont ils ne se servent qu'au préjudice et pour la ruine de tant d'âmes ? »
« Ce que veulent les Jésuites, c'est d'abord l'extirpation des hérésies, afin que personne n'ait plus à souffrir dans son corps ou dans son âme pour cause de religion ; c'est la conversion de tous les sectaires et leur retour à l'unité catholique. C'est encore que le soleil n'éclaire pas un seul prédicar:t (|ui ne soit ou converti à la vraie foi, ou tenu en bride, en sorte qu'il se contente de ses fonctions, qu'il ne soulève pas l'homme du peuple contre les Catholiques ou que, s'il nourrit un pareil dessein, s'il trouble la paix publique, il en soit empêché ou puni. Troisièmement, ils souhaiteraient que les Protestants vécussent avec nous avec un peu plus de cordialité, plus paisiblement et paciliquementqu'ilsnerontfHitjusqu'àce jour; et parce que, dans l'Empire romain, depuis la scission, l'ancienne conliance et concorde catholiques ont disparu, ils désireraient que du moins la paix, l'union civile et chrétienne fussent maintenues, et que, par conséquent, rien ne puisse blesser la loyauté, la foi, les serments jurés, les traités et conventions établis dans l'Empire. Tels soniles sentiments etles vœuxdes Catholiques en général, et de tous les Jésuites. »
Comme Erstenberger, Slevart disait : « Les Protestants réclament la liberté de leur culte dans les territoires catholiques, et pourtant, chez eux, ils refusent de nous garantir le libre exercice de notre religion ; j)arloutoii ils sont les maîtres, ilslapersécutent et laruinent. i> « Plût à Dieu qu'on prit les choses plus à cœur! Nous autres, nous refusons, en paroles, la liberté du culte, mais en pratique, et dans l'intérêt de la paix, nous la concédons. Les Luthériens, au contraire, promettent avec de douces paroles une grande liberté, mais dans les actes, ils n'en ont cure, particulièrement en tout ce qui intéresse notre religion. » « Les fanatiques insensés et impies font tout ce qu'ils peuvent pour nous ravir toutes nos libertés i. »
On avait accusé les Jésuites d'enseignei" publiquement que la parole donnée à un hérétique n'obligeait pas la conscience. Le jésuite Mathieu Mayrhofer repoussa en 1611 cette calomnie. (( Mais, » ajoutait-il , « une chose (jui choque le sens commun, une injustice criante, c'est qu'en dépit de la paix d'Augsbourg il soit permis aux princes luthériens de contraindre leurs sujets à adopter leurs rêverieS; tandis qu'aux membres d'Empire catholiques, qui annoncent
» Stevart, pp. 197, 200-202, 203 et suiv,, 216.
48i SUR LE CHATIMENT DES HERETIQUES.
la vérité divine, on refuse ce même droit dès qu'ils veulenteu faire usage! Qui est coupable là-dedans? les prédicants grossiers, qui ne prêchent d'autre liberté que la liberté de la chair i. » « Ces fanatiques sont dignes, en vérité, des plus i-igoureux (^bâtiments. Ce n'est pas à dire que ceux qui sont paisibles et inoffensifs doivent être punis^ car c'est au sujet de ceux-là que saint Grégoire a dit : « Si quelqu'un ne tolère pas les méchants, il montre par son intolérance que lui-même n'est pas bon ». Non, il ne s'agit (|ue des hérétiques séditieux, obstinés, c'est-à-dire des prédicants, et c'est à eux seuls que nous en voulons 2. »
Dans l'antiquité chrétienne et plus encore au moyen-âge, les lois en vigueur condamnaient aux châtiments les plus rigoureux, et même à la peine de mort, les hérétiques déclarés. Au seizième, au dix-septirme siècle, les théologiens et les pouvoirs protestants ou catholiques étaient unanimes à regarder comme de nécessité publique l'emploi des mesures les plus sévères à l'égard de ceux dont les opinions contredisaient les leurs ■'.
Le plus doux des jésuites, Canisius, ne craignait pas d'affirmer en termes énergiques que les princes catholiques étaient obligés de délivrer leurs états « delà peste de l'hérésie » au moyen de châtiments rigoureux. 11 voyaitdansia sévérité employée pour combattre lessectairesl'unique moyen de guérir l'Allemagne « du mal dont elle portait l'humiliation aux yeux de toute la Chrétienté ».Écrivant au düc de Bavière le 18 juin lo'iS, il lui rappelle l'exemple de Charles-Quint, lequel, à dater de son abdication, avait fait preuve du zèle le plus digne d'éloge pour la défense delà religion, veillant à ce que l'autorité se saisisse de tous les luthériens qu'on pourrait découvrir en Espagne, et à ce qu'ils fussent rigoureusement punis, pour servir à tous d'avertissement et d'exemple. (( Je rapporte ce fait, » écrivait Canisius au prince, « afin de consoler votre piété, et en même temps pour mettre un miroir devant vos yeux, et fortifier ainsi votre cœur contre ceux qui vous conseillent d'attendre, de patienter, de vous montrer conciliant et plein d'indulgence. Croyez-moi, par de tels moyens ces donneurs d'avis débonnaires ne recouvreront pas ce qui est perdu ; ils ne réussiront qu'à éteindre presque entièrement la foi chez les Catholiques ^. » Plus énergiquement encore, quelques jésuites de Cologne invitaient le duc Guillaume de Gièves, en 15G0, à
' M.VYERHOFER, CntlioUsche Schiitzschrift, pp. 310, 364 et suiv. ä P. 377.
3 Voy. HergexrOther, pp. DiS-filfi.
■> Datce de Rome, 18 juia laocS. La copie de cette lellre est à la bibliothèque d'Exacten.