LA REPRESSION DE L HERESIE CHEZ LES PROTESTANTS
l'hérésie par le glaive ou le bûcher ; les femmes et les enfants ne devaient pas être épargnés, Dieu ayant commandé à son peuple cette rigueurnécessaire comme l'ancien testamenten faisait foi^ Le prieur des Augustins de Colmar, Jean HoHmeister, écrivait en lo39: « Jamais les âmes n'ont subi de contrainte plus rude que dans les pays évangéliques, où l'on ne peut prêcher ni agir que selon la doctrine de Luther et de ses apostats; si l'on avait suivi les conseils deBucer, il y a longtemps que l'Allemagne aurait vu un second déluge, mais cette fois un déluge de sang -. » Le principe de l'intolérance envers les hérétiques était érigé en dogme par tous les représentants de la nouvelle Église. En L')o4 le « réformateur » Jérôme Zanchi, de Strasbourg, enseignait qu'on doit exiler les catholi(|ues qui refusent de passer à l'Eglise réformée; qu'il est permis de les emprisonner, et même de les mettre à mort. Quant aux sectaires, Zanchi enseigna publiquement, d'abord à Strasbourg, plus tard à Heidelberg, que le devoir de l'autorité est de prononcer contre eux la peine capitale. » « Telle est, »dit-il, « l'opinion de tous les hommes pieux et éclairés de notre temps; telle est la doctrine des Églises de Zurich, de Genève, de Lausanne, de Berne, en un mot de presque toutes les églises de Suisse et de l'Allemagne du Sud. Bullinger, Bucer, Melanchthon ont tous enseigné dans ce sens. » Le protestant Pierre Martyr Vermigli-^ professait les mômes opinions, ainsi que le réièbre Urbain Khegius, lequel, pour venger les outrages de la majesté divine, eût voulu voir tous les hérétiques condamnés au dernier supplice. Dans le règlement ecclésiasti(iue dressé par Rhegius eu lo3G pour la ville de Hanovre, on lit: «Non seulement nous ne devons pas tolérer qu'un maître d'école inculque aux enfants qui lui ont été confiés une doctrine d'erreur, mais nous devons empêcher les pères et les m« -res de famille, quels qu'ils soient, d'inculquer de mauvais principes à leurs enfants ^. » Jean Benz fait aussi un devoir à l'autorité de se
' Sur l'approbation donnée par Melanchthon an supplice de Servet, voy. Galli, Die lufherischen und calvinischen Kirclienstrafen {/ef/en Laien im Hefonnationszeilalter (Berlin, 1RT9), p. 12'.). Sur Bucer, voy. N. Paulus, M. Butzer in die Gewissensfreiheit, Kdtliolik. 1R9I, t. H, pp. 45-71. Voy. aussi Hist. Pol. Blätter 1891), t. G Vif, pp. 7'. '3 et suiv.
"- ** Katholik. 1891, t. II. p. 71.
3 ** Voy. Paulus, Die Stellum/ der pro les tantischen Professoren Zanchi und Vennifjli sur Gewissensfreiheit. Katholik, 1891, t. T, pp. 2Ô!-2â8.
* ** Voy. Tinter ssant article intitule Urban Rhegius über Glaubenszwang und Kirchenstrafen, dans les Hist. Pol. Blatter, 189'. t. CIX. pp. 82'J et suiv., p. 827. Cet article comb'e une lacune importante; ceper.dant dans l'ouvrage, d'ailleurs excellent , d'iREXicus, Die grundsätzliche Unduldsamkeit der Reformation (Vienne, 1890) Rhegius n'est pas même mentionné. Schi.egei., (Kirchen und Refurmationsgeschichte von Norddeutsch land and den hannover'schen Staaten (Hanovre 1829, t. Il, p. 77) dit : « Les lois édictées par le coaseil de la ville entre 1336 et
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d(''barrasser des faux docteurs. « Ce n'est point là contraindre les consciences, »dit-il, « car làoii existe une conscience existe premièrement une science ; or il ne saurait y avoir de science en dehors de la vérité. Donc, tous ceux qui se laissent séduire par les suggestions du démon et vivent dans le mensonge etrillusion, n'ont, à proprement parler, plus de conscience, puisque leur conscience est pervertie ; de même, la fausse monnaie n'est pas réellementde l'argent; une statue peinte nest pas un être vivant. Quand la foi a disparu d'une âme, le cœur, la sagesse, l'intelligence disparaissent avec elle; voilà pourquoi ce n'est pas attenter à la conscience que punir les impies. Là où la foi est absente, il n'y a plus de conscience à chercher ni à respecter: là où il n'y a point de foi^ il n'y a plus rien à ménager ^ » En J570, lors du procès des deux ariens palatins Neuser et Sylvain, les théologiens calvinistes d'Heidelberg opinèrent pour l'échafaud ou le gibet, et l'Électeur Frédéric IH écrivit de sa propre main leur sentence, bien que Sylvain se fût rétracté. Frédéric, avant de prononcer l'arrêt, avait demandé l'avis de l'Electeur Auguste de Saxe et de ses conseillers politiques, et tous s'étaient déclarés pour la peine capitale, disant que « le blasphème exécrable et l'obstination criminelle des deux ariens exigeaient qu'on usât envers eux de la plus extrême rigueur et que leur mort servit d'exemple, et inspirât à tous de l'horreur pour leur doctrine -. » A Leipsig, en io74, les échevins condamnèrent à la peine capitale un tisserand coupable d'avoir blasphémé contre le baptême et défendu des erreurs relatives à la Sainte-Trinité. La sentence portait : « Il sera brûlé vif, eu punition de ses erreurs, de ses blasphèmes^, de son obstination, à moins que l'on ne trouve en lui quelque signe de dérangement d'esprit; en vertu de nos lois et coutumes, ses biens seront confisqués par l'autorité civile. » Neuf ans plus tard, en octobre lo83, le même tribunal eut à décider sur le sort d'un autre accusé, coupable « d'avoir soutenu des doctrines hérétiques relatives à la Trinité, aux mérites du Christ et à d'autres dogmes chrétiens ». Sa sentence portait que, s'il persistait dans ses aftirmationscriminellesjusquedevantses juges, et si Tonne trouvait en lui aucun signe d'aliénation mentale, alors, conformément au droit impérial écrit et au jugement déjà rendu contre lui, il serait
1544 mettent en pleine lumière la révoltante intolérance de cette époque. D'après ces édits, les Anabaptistes sont condamnés à avoir ia tête tranchée; les Zwingliens et les papistes, à être fouettés de verge et bannis pour toujours de la ville. Le blas* phème et l'assistance à la messe sont punis d'une peine ée^ale. »
1 ** Dans F. Bidexbach, Consilia theoloffica. Decas III et IV. (Francof. 1003), pp. 108-173. Voy. Hist. Pol. Blätter (1892), t. CX, pp. 85 et suiv.
- Voy. notre 4° vol., pp. 359-361.