‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 235 sur 573 · LES JURISTES SUR LES PRÉDICANTS · texte numérisé non relu

LES JURISTES SUR LES PRÉDICANTS

relieur, de l'indiscipline et des vices de la jeunesse, et cela est évident pour tout le monde; mais ceux qui se plaignent ainsi sont en général les plus coupables, car dès qu'un prédicant refuse de danser sur l'air de leur fKito, ils l'insultent, ils le criblent d'injures, ils le donnent au diable, et ils apprennent à la jeunesse à faire de même. Les prédicants ne peuvent ouvrir la bouche sans nommer le démon ; par tant d'abus de la sainte parole, ils font un mal indicible au pauvre peuple. Si les princes, les conseillers, les autorités veulent leur mettre quelque peu le mors entre les dents, s'ils leur défendent d'outrager et de maudire, ils s'indignent, ils disent qu'on veut mener le Saint-Esprit à l'école, et qu'il leur est impossible de renoncer au droit de redresser les vices qu'ils ont reçu du. Christ. Entre les prédicants, les autorités et leurs conseillers, il n'y a pas moins de querelles et de disputes que parmi les prédicants ; de tous côtés on peut entendre les titres d'honneur qu'ils se décernent, à ce point qu'on est honteux du scandale donné au commun peuple*. » Dans l'écrit intitulé : Le diable du sabbat, on trouve la longue liste des reproches dont « les juristes, les chanceliers, les syndics et les conseillers accablent les prédicantsimpies.»« Les juristes, »dit l'auteur de ce libelle, « persuadent aux grands potentats temporels, aux seigneurs, aux bourgmestres et conseillers des villes, et surtout aux jeunes gentilshommes, que les prédicants sont les gens les plus dangereux, les êtres les plus pervertis, qu'ait jamais éclairés le soleil, qu'ils fomentent l'émeute, la discorde, la révolte, dans les campagnes et dans les villes, qu'ils ne sontoccupésqu'àsemer la discorde parmi les princes et les seigneurs, les voisins et les parents; ils les traitent d'entêtés westphaliens, de grenouilles d'illyrie, de saxons grossiers et sans mœurs, de Wendes insensés, de Silésiens dépravés, deMisniens incultes et méchants, de Souabes orgueilleux, de Franco-

deux jeunes étudiants, deux polissons qui peuvent à peine décliner et conjujjuer, sont ensemble, l'un est calviniste et l'autre est luthérien, et tous deux se mêlent de critiquer et de redresser leurs pieux instituteurs. » Rivander, p. 319.

^ Christliches Klagewort. Feuille volante de IGOS. Les édita des princes défendant la polémique dans les chaires sont en très grand nombre. Le duc Frédéric de ISchleswig-Holstein publia en 1617 l'ordonnance suivante:« Les serviteurs de la parole auront soin d'éviter les malédictions, imprécations et injures qui constituent en général la plus grande partie de leurs prêches, car ils engendrent les scandales, les troubles, le mécontentement des auditeurs. Les prédicants doivent annoncer la pure parole de Dieu, et, par leur irréprochable conduite, servir de flambeaux aux congrégations. Ils s'abstiendront des excès de table, de l'ivrognerie et de tout esprit d'avarice, sans compter tant d'autres vices auxquels ils s'adonnent. » Voy. Neocorus, t. II, pp. 418-419. La duchesse Barbara de Leignitz-Brilz parle avec beaucoup de bon sens des effets désastreux des disputes passionnées des prédicants entr'eux dans une lettre datée du 4 février 1591. Zeitschrift des Vereins für Gesch. und Alterthuin Schlesiens, l. XIV, pp. 42i)-43Û.

522 l'ES JURISTES SUR LES PREDICaNTS.

iiiens hâbleurs et turbulents, de vauriens du Harz, etc.; ils répètent que, s'il semble impossible d'arriver à l'union, c'est uniquement leur faute, et qu'avant tout il faut mettre à la raison ces têtes obstinées. » « Mais le Seigneur noire Dieu fera un jour connaîtreàtous, comme quelques-uns, Dieu eu soit béni, le savent déjà, que ces mômes juristes orgueilleux et cupides, ces papes maudits^ vêtus comme des princes, sont les pires séditieux et les citoyens les plus pernicieu.v du Saint Empire romain, et que leur plus ardent désir est de souiïler la discorde parmi les grands potentats temporels *. »

Rien ne pouvait être d'un plus déplorable elict sur le peuple que d'entendre les prédicantset les théologiens s'attribuer les uns aux autres les mobiles les plus honteux, ou même s'accusermutuellement do vices ignobles. « Quel respect les fidèles pcuveut-ils avoir pour leurs pasteurs, pour leurs docteurs, leurs surintendants, » demande l'auteur de la Complainte clinHiennc, a lorsqu'ils lisentct entendent la manière dont ils s'excommunient, se donnent au diable, se jettent de la boue les uns aux autres? car ils disent, ils écrivent sur leurs adversaires ce qu'on peut imaginer de pire 2. » —A Nuremberg, le prédicant Schelhamer se vit un jour obligé de prier le conseil de l'aider à défendre son honneur, que les prédicants Sigelius et Melessus attaquaient sans relâche ^. « Mon surintendant Hermann Hamelmann, » écrivait le comte d'Oldenbourg en 1594, «me raconte de quelle façon il est tous les jours insulté et calomnié par le docteur Pczel, de Brème, qui l'accuse de s'enivrer quotidiennement, d"ètre enclin aux excès de table, à la débauche, d'être rarement dans son bon sens à force de se verser à boire, et qui, de plus, l'appelle sycophante, llalteur, renard rusé, âne d'Arcadie, mouton-loup; serpent, bouc, monstre, à moitié-bouc, à moitié-homme, etc. ;ajoutant qu'il faut le pendre, le noyer, l'enfermer, le rouer vif ou le décapiter ^. » — Le surintendant l^olycarpe Leiser écrivait en lOOo : a. Presque dans toute l'Allemagne, on a répandu sur moi d'indignes calomnies : on a dit et répété qu'à force de faire de belles révérences, j'amassais de grandes richesses, que j'avais chez moi nombre de coupes d'or, et que j'absorbais du vin le soir en si grande quantité qu'il fallait me porter sur les bras pour n.e ramener chez moi, ou même me charger sur une voiture comme une truie pleine. »« Je sais de bonne source que ce sont surtout les ennemis de la majesté du Christ (les Ubiquistcs), qui répandent de scrabla-

' Theatrum diaboloriun, f. 4Tl-171b.

- Voy. p. b21, noie i.

3 Voy. la leUre citée p. 520, note 1.

* SiKOBEL, Ä\nie Beitri'ge, t. Y, pp, 402 40i.

Page 1