COMMENT LES PREDICANTS SE TRAITAIENT LES UNS LES AUTRES
bies calomnies, dont ils sont sans doute les auteurs^ ». Le surintendant NicolasSelnecker se plaignait de la manière « diabolique et odieuse » dont sa vie privée était calomniée par ses adversaires théologiques; commentle calviniste Grégoire Berssmann, recleurdu collège de Zerbst, l'avait traité, dans l'un de ses ouvrages, d'homme cupide et rapace, de renégat, de Judas fscariote, de fripon. A l'instigation de quelques calvinistes, la fille deSelnecker avait été déshonorée par un gentilhomme de GariîUhie, et ce fait, Berssmann le reprocha ensuite au père au désespoir : « Après que ce diable incarné, ce Goliath féroce a lui-même apporté le déshonneur dans ma maison, il se sauve, il plonge son groin dans cette fange, et crie ensuite à tue-têle : « Voyez, voyez quelle ordure il y a chez Selnecker! » Je suis vieux, je suis arrivé à la fin de ma carrière, je suis faible et cruellement éprouvé : cela ne l'empêche point de répandre sur mon compte les calomnies les plus noires,les plus ignobles qu'un homme puisse imaginer, tellement que si Belzébuth, accompagné de tous ses démons, était sorti de l'enfer pour me calomnier et me perdre, il n'aurait pu mieux faire. » Selnecker se plaignait avec la même amertume du « serviteur de Belzébuth » Christophe Pczel, de Brème'; mais lui-môme exerçait la « mission de corriger les vices qu'il avait reçue du Seigneur » avec un tel zèle qu'il ne trouvait presque rien de bon dans la nouvelle Église. <f En quelque lieu qu'on arrive, » écrivait-il, a on trouve installé dans les paroisses des brouillons, des envieux, des têtes en délire, des hypocrites, des homicides d'àmcs, des prédicanls superstitieux, mobiles, dont aucun n'est en possession de la vraie foi. En revanche, on rencontre chez eux à profusion la gloutonnerie, l'ivresse grossière, l'avarice, l'adultère. La plupart des gens du peuple se raillent de l'Évangile, disputent et parlent à tort et à travers de la religion tout en buvant, puis s'en moquent dès qu'ils sont ivres. » « Les bonnes gens sont à bon droit épouvantés lorsqu'ilsassistentaux disputesdes théologiens cntr'eux.Ils ne savent souventplus comment se conduire et auquel entendre, d'autant plus que l'enseignement qu'on leur donne varie d'un jour à l'autre. » « On ne sait, à voir la manière dont nous nous conduisons, si nous sommes chrétiens, payens ou mamelouks ". »
1 Moser, Neues patriotisches Archiv., l. II, pp. 2J6-227.
ä Antwort auf M. Gregor Berssinanns greuliche Lästerung (1591). F. A. S-"* — B 2.B 3a-ij. Ungefährliche Entwerfung etc. gegen Pesel (1591) f. A4 a-b. Ba. Voy. dans REscias [Ministromachia, t. 111, pp. 8, 9-il, 15, 20, 23-25, 26, 29, 51, 58, 86, 133, 137, 140-141). une liste assez complèle de tous les termes d'injures dont les prédicaiits usaient les uns envers les autres.
3 Voy. DoLLiNGER, Reformation, t. II, pp. 346 3i8.