‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 242 sur 573 · TROUBLES RELIGIEUX DANS LA HESSE · texte numérisé non relu

TROUBLES RELIGIEUX DANS LA HESSE

Hesse, environ soixante prédicants réfractaires furent exilés i; mais les paroisses restèrent inébranlablement fidèles à leurs anciennes convictions. Le ministre calviniste établi à Frankenberg n'échappa que par la fuite à la fureur de la populace 2, « Le 8 décembre 1605, » écrivait de Cassel un de ses confrères, « j'ai été lapidé dès l'aube. )) — Un autre racontait qu'un gentilhomme l'avait menacé de sa rapière; sa maison avait été assaillie; presque mortellement blessé par une grêle de pierres, il était tombé sans connaissance sur le plancher de sa chambre.

La noblesse de la Werra se montra particulièremeut hostile aux innovations du margrave. Elle fit cause commune avec ses prédicants, ettenta de maintenirsesdroitsdanslaquestion de leur élection. Mais, sans se soucier aucunement de leurs réclamations, Maurice voulait être obéi. « Mon épée, » dit-il, « a un tranchant plus affilé que celle de ces hobereaux. » Les jeunes gentilshommes qui avaient osé porter atteinte à « l'autorité épiscopalo qu'il tenait de Dieu même » furent déclarés coupables de haute trahison. Les pasteurs récalcitrants furent destitués, et comme ils continuaient à s'acquitter de leur ministère dans les maison« privées, ils furent jetés en prison et mis aux fers. Les églises étaient désertes, les sacrements cessèrent d'être distribués aux fidèles. En 1G09, dans les localités les plus peuplées, à peine comptait-on dix personnes qui se fussent approchées de la communion au temps de pâques en l'espace de quatre ans. Dans plus de vingt paroisses, personne ne se présentait plus à la sainte table ^.

Mais ce fut dans la seigneurie de Smalkalde que la résistance prit le caractère le plus grave. A la fin de novembre 1608, l'émeute y fut terrible. Le prédicant nommé par Maurice ayant annoncé au peuple que Sa Grâce princière ordonnait auxconseillers de procéder immédiatement à la « réforme des églises », que les images allaient être enlevées, et que, le dimanche suivant, on romprait pour la première fois le pain selon le rite calviniste, hommes et femmes se précipitèrent avec des cris féroces hors de l'église ; dans quatre quartiers de la ville, on put bientôt lire cette affiche placardée aux murs : « Que celui qui veut rester fidèle à la doctrine de Luther, à la Confession d'Augsbourg et aux articles de Smalkalde se rende demain à l'église, s'il veut se conduire en lovai chrétien et demeurer fidèle à

' Sur le nombre des bannis, voy. Leuchter, pp. 309-312, et aussi les rectifications et les articles de Vilmar dansln Zeitschrift des Vereins für hessische Gesch. und Landeskunde, nouvelle suite, t. Il, pp. 174'181.

- RoMMEL, iVeuere Gesch., t. II, p. 572.

3 Heppe, Einführung, pp. 50 et suiv., 88, 106-109, 413.

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