LES NOUVELLES HOSTIES EN HESSE
de vivre entouré d'idoles et de crucilix? N'élail-ce pas une folie papiste de s'imaginer que les prêtres ont reçu le pouvoir de pardonner les péchés, et que Jésus-Christ est présent dans l'hostie, dans le calice ou daas le tabernacle ^ ?
« Il faut à tout prix abolir à tout jamais les hosties, » dirent les théologiens calvinistes au landgrave , c( car en les recevant les fidèles continuent à se figurer qu'ils mangent et boivent le corps du Christ. » On imagina de leur substituer de petits gâteaux ronds et épais, pétris avec une farine grossière et qui devaient servir à quatre communiants. Ces petits pains étaient difficiles à rompre, plus difficiles encore à mâcher et à avaler. O/i espérait ainsi convaincre les fidèles qu'on leur distribuait « du pain, rien autre chose que du pain w. « Lorsqu'un homme qui croit à la présence réelle, )> disaient les théologiens, « verra partager en morceaux le pain bénit par le ministre, lorsqu'on le lui mettra entre les mains, qu'il devra le briser avec ses dénis et le mâcher comme un aliment ordinaire, il comprendra enfin que le corps du Christ n'est pas présent dans ce pain '^ ! » Ces nouvelles hosties furent plus tard supprimées 3,
Le surintendant de Giessen, Jérémie Victor, l'un des ennemis les plus acharnés du papisme*, s'étant élevé contre les innovations du landgrave et ayant soutenu qu'il fallait rétablir les hosties, un livre, composé, disait-on, par un personnage considérable, vraisemblablement par le landgrave lui-même, vint « avenir les consciences». Victor y était accusé de pactiser avec les papistes; comment ignorait-
' Reformntio Eücmffelicorum, ■pp. 13 et suiv. A l'ouverliire solennelle de la Haute Ecole d'Altdorf, fondée à Nuremberj^ en lf)7o parle Conseil de la ville, on put voir combien d'usas;es catholiques s'étaient conservés dans les territoires luthériens. Les princes des Apôtres, saint Pierre et saint Paul, furent élus « patrons » de l'école. Le 29 juin, leur fête se célébra solennellement, avec toutes les cérémonies et processions en usage dans les églises catholiques. Toute la ville était parée d'arbres, de branchages, de verdure, et semblait un bois verdoyant. Au commencement de l'office, le Veni Creator fat entonné par le maître de chapelle; ses chantres et cinq musiciens de la ville se firent entendre. Puis commença une belle messe figurée. Après le Pater et les oraisons d'usage, un sermon fut prêché, et l'oflice se termina par quelques motets accompagnes par les trombones. Vint ensuite la bénédiction. Avec la même solennité, le Conseil, les professeurs et les élevés, beaucoup de pasteurs venus du dehors, des princes, des seigneurs, des particuliers, revinrent daas l'apres-midi à l'Eglise pour les vêpres, « louèrent et bénirent Dieuens'uaissaut à un chœur de six ou huit voix et tous les intrumeuts de masique». W.ujjau, .Ytitte Beiträge, t. I, pp. 3i4-3o9.
* ViLM.vR, Cunfessionsstand, p. 178.
•* Valentin Schoner disait en confidence, le 18 juin IGOo, au surintendant Schönfeld qu'il avait entendu dire à plusieurs personnes : a panera Casellanum ad vescendum non satis aptura esse, quod dentibus, qnibus conteritur, inhaereat, et in vcutriculum dimitti difticuller possit, atque ab ils, qui dentibus carent, imminui nequeat et ideo integer deglutiendus sit » Heppe, Einführung, p. 8. note.
* Voy. plus haut, pp. 5o3-5o6.