ECRITS DE CONTROVERSE EN HESSE
il que les hosties maudites avaient été inventées par l'Antéchrist de Rome ; que le démon impie du mensonge, le pape-démon, les avait imaginées pour les faire entrer de force dans son culte idolâtre, et, par elles, satisfaire sa cupidité ^'?
On jugea indispensable d'adresser au surintendant Victor, qui, de plus, avait désapprouvé le brisement des images, une remontrance officielle; il y était dit entr'autres choses : « Votre attachement pour les images et les idoles outrage le Seigneur, honore le démon; vous êtes devenu un scandale et un obstacle pour TEglise de Dieu. Vous fortifiez l'empire de Satan et vous vous constituez son serviteur. » « Ces ornements, que vous voudriez voir revenir dans les églises, représentent l'esprit de fornication. Rappelez-vous les paroles du Seigneur : « Ton front est !e front d'un fornicateur; tes yeux sont pleins de convoitises charnelles. »Vous condamnez, vous traitez d'impies ceux qui ne veulent à aucun prix consentir à votre fornication, c'est-à-dire à votre culte pour les idoles et les images, à votre goût pour ce qui flatte vos sens. C'est ainsi que les fornicateurs blâment les pieux fidèles toutes les fois qu'ils condamnent leurs coupables et secrètes amours, et raillent leurs visages flétris -. y>
On attribua généralement cette « remontrance » au surintendant Grégoire Schönfeld. En collaboration avec quelques théologiens, celui-ci avait déjà écrit contre Victor. « Même à la table du Seigneur, on commet la fornication et l'adultère spirituel, » avait-il dit. « Les images doivent nous être en abomination, car ce sont les instruments au moyen desquels les plus effroyables crimes ont été commis dans notre pays. » « Les statues qui surmontent l'autel de Marbourg sont les mûmes qu'on adorait autrefois pendant la bénédiction des mariés •^. »
« L'éternel reproche de fornication » qui revenait sans cesse dans les prêches, accompagné d'injures contre les «c serviteurs de la pure doctrine et tous les chrétiens agréables à Dieu », scandalisait et révoltait les gens de bien. Victor s'en indignait, et avec lui nombre de pasteurs « bien intentionnés et courageux ».Un cri de réprobation ne tarda pas à s'élever contre « l'engeance diabolique de
' Anatomiä D. Jereiniä Vietoris (Marbourg, 1606, pp. H6-124). Sur la question de savoir si Maurice était véritablement l'auteur de l'écrit, voy. Vilmar, 311-312. Le bel2:e Eremita qui visita les cours d^ Allemagne, en accompae;'Dant un ambassadeur de Florence en 1609, vante la science et l'esprit cultivé du landgrave. Même eu la présence de l'ambassadeur. Maurice ne put cacher sa haine invétérée pour le Pape et les Catholiques. Eremita, pp. 341-342.
* Nothwendige Abfertigung D. Jereinid Vietoris (Cassel, 1606), pp. 67, 68.
* Abgeiwthige Antwort auf den Gegenbericht D. Jereiniä Vietoris (Cassel, 1606). pp. 163-164, 108, 182. Sur l'auteur de l'écrit, voy. Vilmar, p. 314, a» 29.
536 KCniTS DE CONTnOVr.RSE EN HESSE.
Calvin ». Yietor cita « les titres d'honneur » dont il avait été gratifié par deux ministres calvinistes. « Ils m'ont traité, » dit-il, « de menteur, d'idiot, de blasphémateur, de fou, de juif, de visionnaire. J'ai commis des faux témoignages, je hais tous les chrétiens, jo n'ai ni charité, ni loyauté : ma foi en Jésus-Christ est pervertie, j'ai des cornes d'Antéchrist, je suis féroce, altéré de sang, je falsifie les épîtres de l'apôtre Paul, etc *. »
C'est sur ce ton qu'on discutait alors.
« L'homme du peuple, qui avait si grand besoin de trouver dans les prédications et dans les livres de ses guides spirituels l'instruction chrétienne et les enseignements de la morale évangélique, n'y entendait que d'habiles médisances, que railleries indécentes. »Les Luthériens de Hesse chantaient maintenant contre les Calvinistes le cantique autrefois composé contre les papistes :
Maintiens-nous, Selei-neur, dans ta sainte parole Et délivre-nous de l'homicide Calvin !
Ils veulent précipiter de son trône Jésus-Christ, ton Fils bien-aimé.
Dans une brochure intitulée : Baume pour les yeux, le prédicant Léonard Rechtenberg écrivait en 1509 : « Grâce aux nouveautés des réformateurs zwingliens, des créatures et des descendants de Saint Hulderich, on voit tous les jours s'introduire chez nous des hérésies grossières, d'abominables imaginations, des chimères maudites, et pour excuser les troubles et les scandales qui désolent la Hesse, ces prophètes répu{?nants soutiennent que les théologiens de TÉlectorat de Saxe suivront bientôt leur exemple. » « Le landgrave Maurice est si bien devenu leur jouet qu'il s'attribue lepouvoir et le droit de changer et d'innover, malgré les supplications des États restés fidèles, des docteurs orthodoxes et des sujets chrétiens. L'inquisition poursuit partout son œuvre. Elle a été inaugurée par des édits rigoureux; les baillis, les collecteurs d'impôts, les agents du prince ont odieusement persécuté les fidèles. Hs prétendent régir les consciences par les supplices. Lésâmes subissent une pression inique. Exécuteurs d'édits tyranniques, les créatures du landgrave ont appelé les confesseurs de la foi des rebelles, des damnés, ils leur ont annoncé la disgrâce du prince et de prompts et rigoureux châtiments. » « Les théologiens et les laïques, coupables d'avoir hésité avant de consentir à l'enlèvement des images et à la cène calviniste, ont été
1 ViETon, Rettung, etc. f. B. 2a. On trouvera dans Vilmar {Confessionssfand^ Doc. 5, pp. 3JÜ-33Ö;, la liste détaillée des écrits de controverse auxquels donnèrent lieu les innovations du landgrave Maurice.