ÉCRITS DE CONTROVERSE EN HESSE
traités d'idolâtres, de papistes, de rebelles endurcis; on leur a fait subir des traitements indignes. « « Dans les églises, selon la mode zwinglienne, on s'est rué sur les images; les haches, les massues, les piques ont été employées pour les détruire. » « Une grave responsabilité pèse sur les parents qui exposent imprudemment leurs enfants au danger d'oublier l'unique foi qui puisse nous obtenir le salut éncrnel. » « Les Juifs, lorsqu'ils retournaient aux idoles, ont, il est vrai, sacrifié leurs enfants à Moloch, mais jamais ils n'ont été jusqu'à exposer leur salut éternel *. »
Dans l'autre camp, les Calvinistes, pleins de joie, s'écriaient qu'il fallait remercier Dieu tous les jours d'avoir donné à la Hesse, en la personne du landgrave, un nouveau Josias, qui regardait comme un devoir sacrédedétruireles derniers vestiges de l'idolâtrie papiste-. A Magdebourg, parut un portrait de Maurice, au bas duquel on lisait :
Le landgrave visite les églises et les écoles; Il les orne de la pure parole de Dieu : Il en chasse, comme c'est son devoir et son droit, La doctrine humaine et l'idolâtrie ^.
Le théologien de Heidelberg, David Pareus, surnommé « le patriarche du Calvinisme », appelait Maurice le « héros divin », et l'œuvre qu'il avait entreprise « l'œuvre du Seigneur ». « Maudit soit, » disait-il, « celui qui faitl'œuvre du Seigneur avec négligence, et dont l'épée n'est point rougie de sang '^ ! »
Pendant que ces choses se passaient en Hesse, le Calvinisme faisait de rapides progrès au nord de l'Empire. En IGIO, les ducs Adolphe de Schleswig-Gotthorp et Hans-Albert de Mecklembourg- Gustrow ; l'année suivante, les ducs de Silésie, de Brieg et de Lignitz embrassaient la doctrine réformée, et faisaient le plus qu'ils le pouvaient disparaître de leurs états «. le levain aigri et les vieilles guenilles de l'idolâtrie papiste ». « On serait tenté de désespérer, » écrivait Léonard Hutter, professeur de théologie à Wittemberg « lorsqu'on voit les loups calvinistes se glisser partout, tromper par leurs rusesles princes et le peuple comme s'ils étaient les seuls docteurs et les uniques interprètes de la Confession d'Augsbourg. Jean Munster est l'un de ces archi- menteurs, de ces séducteurs populaires. Il a dédié au duc Adolphe de Schleswig-Gotthorp un livre où il pré-
» Rechtexbach, Aiigensalhe, pp. 2-4, 31, .41, 48, 52-5i, 59, 96, 144-U5.
^ Nofhwendige Abfertigung (voy plus haut, p. 535, note 2.
3 F.VBRO.NIUS, p. 59.
* « Macte Heros divine; âge opus Domini, quod agis, fidenter. Maledictus nimirumest,qui facit opus Domini ueçligeiiler et prohibât gladium suum a sanguine.» Voyez Friedbî;rg, p. 16, v. (J^gersdorf, pp. 166-180.
5J8 RESISTANCE AU CaLVIN'IS.ME DANS L ELECTORAT DU BRANDEBOURG.
tend prouver que l'Église réformée n'a rien changé à la Confession d'Augsbourg; que les Calvinistes sont les seuls vrais Luthériens de doctrincet de culte, etqueLulherlui-mènieesttnortcalviniste.;) Pour le confondre, Hutter soutenait que les seraions prêches par Luther peu de temps avant samort suffisaient à prouver lafaussetéde semblables affirmations, puisqu'en en termes graves et énergiques, Luther avait averti les fidèles de fuir comme la peste le démon zwinglien et sacramentaire. « La Confession de loi franvaise » chercliaità s'insinuerparmi les Allemands ; afin dcrecruterdes partisans, elle se donnait pour bonne luthérienne, bien quo Calvin eût écrit en propres tcriues que la Confession d'Augsbourg était un tison d'enfe^. qui finirait par réduire la France en cendres ^.
Une nouvelle guerre de plume éclata lorsque, sous l'influence et par les etïbrts de Maurice de Hesse, l'Électeur de Brandebourg, eut embrassé le Calvinisme.
« Dans l'ÉIectorat du Brandebourg comme dans tout l'Empire, par une mystérieuse disposition de Dieu, les querelles religieuses se renouvelaient sans cesse, 'et depuis que Joachim y avait introduit le nouvel Evangile, l'esprit d'André Musculus semblait être descendu sur les combattants 2. » « On m'est venu conter d'étranges nouvelles, )) lit-on dans une lettre datée de Berlin; « il paraît que nos pasteurs se battent, s'injurient d'une façon vraiment ignoble et honteuse. A Saint-Nicolas, ils se sont jeté des chandeliers à la tête; à Saint-Martin, sur la place du marché neuf, ils se sont battus à coups de pierres, et ce n'est qu'à grand'peine qu'on est parvenu à les séparer. Je pense que le bon Dieu ne les assistera point, et que le mal sera vite arrêté, parce que le diable ne tardera pas à venir les quérir ^. »
Sous l'Électeur Jean-Georges, on avait forcé les prédicants à signer le Formulaire de Concorde; à sa cour, le Calvinisme était abhorré. Garder chez soi des livres calvinistes était s'exposera la peine capitale. Au synode de Stettin (1593), le chancelier de l'Électeur, Distelmeier avait dit au nom de son maître : « Les Calvinistes, par leurs doctrines sur la personne du Christ, la prédestination, la cène et le baptême, nous conduisent du service du Seigneur au
» Hutter, Calvinista aulico-pulUicus (1609J, 1613, f. A. 3-4, 2b, 127, 132, 133, ^ Sur Musculus, voy. notre 4''a'o1., pp. 190 etsuiv. ^ MoEHSEN, Beiträjc, p. 124; Gallus, pp. 137-138.
ÉTABLISSEMENT DL' CALVINISME DANS l'ÉLECTORAT DU BRANDEBOURG. 539
mépris de sa parole ; de l'espérance au désespoir, du ciel en enfer. C'est pourquoi prions Dieu de nous en inspirer l'horreur i. f> L'Électeur lui-même répétait souvent : « Je n'ai qu'une Uuiversité, celle de Francfort sur l'Oder ; je la regarde comme mon plus précieux joyau; mais si je savais que mes professeurs dussent se faire calvinistes, je souhaiterais de bon cœur que l'Université tout entière devint la proie des flammes -. »
Joacliim-Frédéric , qui succéda à Jean-Georges, avait les mêmes sentiments. Il déclara dans ses dispositions testamentaires que la Confession d'Augsbour^s à la totale exclusion des doctrines papistes et calvinistes, serait à jamais maintenue dans ses états(1600). Dès le mois de janvier 1593, il avait exigé de son fils Jeans-Sigismond la promesse écrite qu'il resterait toute sa vie fidèle à la Confession d'Augsbourg, selon le texte présenté à Charles-Quint, l'apologie, les articles de Smalkalde, le grand et le petit catéchisme de Luther et le Formulaire de Concorde; le prince-héritier jura « de ne rien innover, ni dans les églises ni dans les écoles '^ »,et prêta le même serment en présence des États (1608) *. Mais sitôt qu'après la mort de son père il eut prit la direction des affaires « on commença à entendre plus souvent ces paroles empoisonnées : Dans les livres, dans les prêches, il ne convient pas de traiter les Calvinistes en excommuniés; il vaut mieux vivre en paix avec eux, C'est ainsi qu'on livre Jésus-Christ et sa divine parole, à l'exemple du traître Judas. On entretient un commerce honteux avec un nouveau Bélial, mille fois plus perfide que l'Antéchrist de Rome ». Aussi le prédicant Christophe Jordanus jugea nécessaire, en 1G18, de faire paraître un Cordial aoerilssement aux c/irétlens touchant les périls de la fraternité calüiniste ». On y lisait : « Depuis Joachim II, le culte évangélique a été fidèlement maintenu dans la Marche en dépit de la tyrannie anticlirétienne et de l'hérésie cachée de tant d'hypocrites. De là, elle a été portée dans l'archevêché de Magdebourg. Mais voici <|u'on commence à altérer la pureté de la foi. Les Calvinistes, par d'habiles complots, sont en train de perdre la religion : les théologiens palatins publient partout que la Marche repousse maintenant la doctrine de l'ubiquité. Un traité, publié par le surintendant général du Brandebourg sur la fraction du pain, est entaché d'hérésie calviniste. Souvenons -nous qu'il ne peut être question d'aucune fraternité avec des gens que Satan instruit et
1 Leuthixger (éd. Küster), lib. 28, oOl.
2 Gallus, pp. 176-177.
'Voy. Herj.ng, pp. 12-13.
4 Voy. les termes du serment dans Hutïer, Calulaista aalico-polUicus alter, pp. 2i-24.