KTABLTSSEMRNT DU CALVINISME DANS L RLECTORAT DU BRANDEBOURG
conseille ». « En dépit de ce que nous prescrit la cliarité fraternelle, la troupe calviniste affirme, malgré toutes nos protestations, que nous croyons à la pr(''sencp corporelle du Sei}i;neur par une extension naturelle, ou je ne sais quelle fusion, dans les pots à bière, le bois, les feuillages, et même dans les latrines. »
.Tean-Sigismond avait été attiré au Calvinisme par Maurice de Hesse et son chapelain Fabrouius. Eu JGI3, il publia une confession de foi qu'il destinait à devenir, dans ses domaines, « le symbole définitif de la religion ». « Il y a d('"jà plusde huit ans, » déclara l'Électeur aux États l'année suivante. « que je me suis entirrement donné à la doctrine que je vous propose' ; j'ai plus que jamais la conviction qu'elle est conforme à la Sainte-Écriture. Or cette suprême impératrice, l'Écriture, doit régner et dominer seule, et tous les théologiens de la terre doivent s'incliner devant elle, qu'ils s'appellent Sixte-Quint, Luther, Augustin ou Paul, ei quand bien-même un ange descendrait du ciel pour la combattre. »L'Électeur;, comme tous les novateurs qui s'éloignent de l'Eglise catlioli(|ue, excommuniait ceux qui différaient d'opinion avec lui, persuadé que son interprétation de la Bible 2 était la seule vraie. « Les princes, » disait-il, « doivent avoir et garder des pensées princières, selon ce que nous lisons dans le prophète Isaïe : Le Seigneur a établi, dans Art honte, lui, le souverain roi, que les princes seraient comme les novvi'ices de ses hien-aimés.'Donc, afin que la pure parole de Dieu soit seule enseignée etprêchée parmi nous, alin qu'elle sorte limpide et claire de la fontaine d'Israël, sans aucun mélange de maximes humaines, sans aucune parcelle du levain aigri de la doctrine d'erreur ; afin que les sacrements soient dispensés d'après l'institution du Seigneur, sans nulle superstition papiste et idolâtre, sans aucune cérémonie inventée par l'imagination humaine; pour queles écoles et les églises soient vraiment apostoliques, et qu'ainsi le vrai culte de Dieu soit rétabli et transmis à la postérité d'après la lettre et le sens des divines et saintes Écritures, Dieu m'ayant donné tant de terres et de sujets, dans ma reconnaissance pour tous les biens que j'ai reçus de sa bonté, et selon le noble exemple des pieux rois et princes Josaphat,Ezéchias, Josias, Constantin, Théodose etbeaucoup d'antres, j'ai résolu, sous l'inspiration du Saint-Esprit et par l'ordre formel de Dieu, d'abolir à jamais, sans me laisser influencer par qui que ce soit, tout ce qui subsiste encore dans mes états de
' Treuherzige Warnung, f. 3a, 5a, p. 258.
* Aussi le théologien reformé de Bâle,Samuel Werenfels, écrivait-il sursa Bible:
Hic liber est, in quo sua ([uaerit dogmata quisque,
Iuvenil et pariter dogniata quisque sua.
INTRODUCÏIO.N DU GALVLXJSME DANS L'ÉLECrORA.T DU BRAKDEBOURG. 541
la superstition papiste, et de tout véédifier d'après la parole divine et selon l'Eglise apostolique. » Au reste, le prince assurait qu'il ne contraindrait personne à adopter le nouveau formulaire, et « laisserait un libre cours à la vérité et à la grâce de Uieu i ».
Ce fut en vain que les États lui rappelèrent les promesses signées de sa main qu'il avait faites à son père et à eux relativement au maintien du Lulliéianisme^. « Dans les choses de Dieu, »répondit-il, « de pareils engagements n'obligent point. Quelle responsabilité n'aurions-nous pas devant Dieu, si nous osions fermer au Saint- Esprit toutes les issues, si nous condamnions son action à l'impuissance, si nous l'empêchions d'éclairer notre àme et de nous donner une connaissance plus profonde de sa vériléet de sa divine parole! » Pour justitier sa conduite, l'Électeur citait l'exemple de .loachim 11 et de son frère, qui tous deux avaient solennellement Juré à leur père de maintenir la religion catholique dans leurs états, et qui, cependant, avaient passé au Luthéranisme ^.
Bien éloigné de se croire lié par ses premiers engagements, Jean-Sigismond reprocha aux États leur fidélité aux anciens règlements : « INous ne sommes pas peu surpris, » leur dit-il^ « de vous voir si attachés à la Confession d'Augsbourg non rectitiée. Nous croyons,néanmoins,q ne personne parmi vous nel'a sans doute jamais lue, car si vous l'aviez lue avec soin, vous auriez aussitôt découvert qu'elle approuve la transsubstantiation papiste, blasphème abominable, auquel, certainement, vous n'avez jamais consenti. » « La Confession rectifiée a été dressée avec rapi)robation de Luther et de tous les membres d'Empire. Quant au Fornmlaire de Concorde, tout le monde sait (jue Jacques Andrea, ce docteur présomptueux, avait rêvé d'établir sur l'Église et sur les fidèles une sorte de primat, une papauté luthérienne, et qu'il s'est montré beaucoup plus occupé de ses intérêts que de la gloire de Dieu. Auguste de Saxe a été le premier à se plaindre de l'odieuse manière dont il avait été trompé. Aussi amis et ennemis ont-ils vu la discorde naître de cette prétendue Concorde, et ceux qui l'avaient inventée comme ceux qui l'ont adoptée se sont ensuite disputés comme de vrais frères de Gadmus. Ils se querellent encore aujourd'hui. Luther lui-même, ce vase d'élection, est mort encore à demi enveloppé dans les ténèbres du
* Reforinationswerk in Churbranäenbiinj , pp. 1-2, 3-4, 14.
- Reformationswerk, pp. 20-23.
3 Voy. aussi les lettres que le marçrave Jeaa-Geori^es écrivait à Gedicke pour jaslifler soa frère l'Electeur. Refoi'inalionswsrk, pp. 44-4Ö, 50, 235, 238-239. Voy. HEai>G, pp. 54, 222 et suiv.
542 QUERELLES RELKIIF.ISES DANS L KLECTORAT Dû BRANDEBOURG.
papisme; sa doctrine de la cène n'a pas été puisée dans Ja Sainte- Ecrituro. (la eu le tort de ne pas vouloir céder sur ne point lorsqu'on a voulu l'éclairor et qu'on lui a mis la vérité devant les yeux. De là vient qu'il a dit et écrit tantôt une chose et tantôt une autre, qu'il a tour à tour approuvé ou rejeté tel ou tel article de foi. Ses écrits sont partout, vous pourrez les lire vous-mêmes, et vous y trouverez ce que je dis*. »
Los défenseurs de la doctrine de Luther se plaignaient continuellement qu'en Allemagne l'autorité de sa doctrine eût considérablement diminué. « Presque partout, )> écrivait Cyriacus Spangenberg dès l.")94, « on est allé si loin qu'on se souvient involontairement des paroles de l'Exode : Un nouveau roi s'éleva en Egnpie, et il ne savait rien de Joseph. Il n'est que trop vrai ; presque personne ne veut plus rien savoir ni rien apprendre du saint docteur Luther^. » « Les coucous ingrats, » écrivait le premier chapelain de la cour de Saxe, Mathieu Hoe, c se permettent de reprendre, de critiquer, de condamner, de réformer et même d'insulter le grand docteur, l'évangéliste illuminé de l'Allemagne, paraissant ne se souvenir aucunement que sans lui ils seraient encore, à l'heure qu'il est, plongés dans les ténèbres du papisme^. »
L'Électeur, « suprême autorité établie par Dieu même pour veiller sur les tables delà loi,>' ordonna aux prédicants du Brandebourg de baser leur enseignement sur la Confession d'Augsbourg réformée et sur l'Apologie, sans y mêler c aucune des falsifications et des gloses que quelques théologiens présomptueux, subtils et vains, y avaient introduites». 11 leur ordonna aussi d'avoir à s'abstenir, dans leurs prêches, de toute injure ou calomnie. Il avertit en même temps les pasteurs qui refuseraient de se conformer à ses ordres « qu'ils sauraient très promptement à quoi s'en tenir sur ses intentions, et sur les moyens qu'il comptait prendre pour obtenir leur obéissance; on leur laisserait toute liberté de se rendre en un autre pays, où leur fureur antichrétienne, leurs grands éclats, leurs injures, leurs calomnies, leurs imprécations, leurs excommunications pourraient se donner carrière.
Jean-Sigismond, pour justifier ces mesures, se disait très inquiet des agissements de l'Antéchrist de Rome, qui plus que jamais était altéré du sang des « vrais chrétiens ^ ».
Mais parmi ces « vrais chrétiens », l'excommunication et l'im-
1 Le 28 mars 1014. Reformationswerk in Churbrnndenlurj, pp. 32-34.
- Adelsspiegel, t. II, p. 23.
^ Kurze Antwort, etc., pp. 2-3.
* Le 24 fcv. iGli. Eeformationsweric in Chiirbrnndenlnirfj, pp. 15-20.