QUERELLES RELIGIEUSES DAN'S L KLECTORAT DU BRANDEBOURG
précatioD réciproques, loin de cesser, recommencèrent de plus belle, en dépit des exhortations du prince. Le surintendant général, Christophe Pelargus, parce qu'il ne s'étaii pas opposé aux nouveaux édits, fut criblé d'outrages par les Luthériens, traité de mamelouk, d'apostat et d'infâme hypocrite : « Pour plaire aux hommes, vous avez honteusement renié Jésus-Christ, » lui écrivit en septembre 160i le docteur Conrad, surintendant et professeur à Stralsund; « gardez-vous de suivre les Calvinistes, ces serviteurs du diable, combattez et défendez avec nous la vérité divine telle qu'elle est définie dans le Formulaire de Concorde et telle qu'autrefois vous l'avez vous-même approuvée. )> Conrad ne manqua pas de rappeler à l'apostat « la fin tragique )> de Béranger, etd'OEcolampade qu'on prétendait avoir été étranglés par le démon; le docteur Cramer, pasteur et professeur à Stettin, lui envoya les mêmes avertissements; Pélargus, à l'entendre de fait et en vérité, « avait apostasie, et ne pourrait éviter les foudres divines^ ».
« Le devoir que Pélargus, ce mamelouk de Satan, abandonnait lâchement, » Simon Gedicke, prévôt de Berlin et premier chapelain de la cour, eut le courage de le remplir. Aussi les Luthériens le regardaient-ils comme un vrai serviteur de la vérité, envoyé par le Christ pour combattre l'hydre du Calvinisme.
« Les prêches de Gedicke, » écrivait le calviniste Martin Fussel, ce sont vraiment féroces; il semble n'avoir qu'un désir, c'est de provoquer en Allemagne un massacre général 2. » Dans la préface de son livre sur les Cérémoynes de la sainte cène, Gedicke comparait les amis, les mauvais conseillers dont s'entourait l'Électeur, à l'impie Aman sous Assuérus, à Ziba sous le règne de David. » « Il leur souhaite, »écrivait le prince aux États. « la potence d'Aman et la corde d'AhitopheP. » A plusieurs reprises, Gedicke se plaignit des injures dont l'accablaient les « suppôts salaniqucs de Calvin ». « Combien de bons dieux Gedicke a-t-ilencore danssa poche? » liton dans un pamphlet calviniste de cette époque; «les a-t-il tous avalés ? On devrait en finir une bonne fois avec tous les mangeurs de Dieu ! » Les choses allèrent si loin que Gedicke ne se crut plus en sécurité à Berlin. Au mois de mars 1614, il se sauva pendant la nuit, après avoir averti le public que Salomon Finck, élu à sa place, était un nouvel Ecebolus;que dans les questions religieuses il tournait le manteau selon le vent, et qu'en
' Vo}'. les trois lettres de Conrad dans Simon Gedicke, Calvinislerei, pp. o94 et suiv.
^ Fortgesetzte Sainmlunçf, etc. (1746), p. 359. 3 Hering, pp. 242-252.
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1613, comme plus de mille personnes pouvaient l'attester, il avait, dans un sermon, prié Dieu tout haut de châtier les Calvinistes, et de délivrer l' Allemagne de leurs extravagances; que plus lard, d."'s qu'il s'était aperçu des changements qui se préparaient à la cour, voyant que le vent tournait du côté du Calvinisme, il avait l'ait volte-lace. » « 11 n'y a pas longtemps, qu'en présence de gens de bien, qui me l'ont répété, il a révélé son cœur impie et toute son impudence, car il a osé dire : (f. Tandis (|ue je vivais parmi les Luthériens, j'ai été six l'ois avec eux à la Cène, tout en sachant parfaitement que je ne recevais pas réellement le corps du Christ. Déjà, à part moi, je croyais tout ce (|ue nous enseigneCalvin. » N'est-ce pas une véritable hypocrisie de Satan que chante cet oiseau ^ ? Puis, ce môme oiseau a fabriqué un pamphlet qu'il intitude le Miroir, et dans lequel, parlant des Luthériens, il dit, enlr'autres choses, que nous venons du diable, et ce démon prussien conclut ainsi: « Celui qui est contre le Christ vient du diable; celui qui trouble l'ordre établi par le Christ et qui honore et soutient des inventions humaines, celui-là est contre le Christ ; donc un tel homme vient du diable. » Voilà ce que Finck ose écrire! Or, nous sommes eu état de prouver d'une manière irréfutable, par des textes de la Sainte Écriture, que Finck et tous ceux qui le suivent viennent en droite ligne du démon. Nous le prouvons par leurs doctrines sur la Sainte-Trinité, sur la toutepuissance de Dieu, sur la sainteté, sur la charité, la grâce et la miséricorde de Dieu, car les Calvinistes font de Dieu une sorte de monstre, un Dieu cruel et tyranuique; ils prétendent qu'il a condamné certains hommes aux tourments et à la damnation sans autre raison que celle de son bon plaisir, qu'il ne tient pas plus à nous <ju'aux insectes des champs, aux animaux sans raison, aux bœufs, aux puces ou aux moucherons, ei que, de même que les hommes ne font aucun péché quand ils tuent aujourd'hui cette volaille engraissée demain telle autre, de même Dieu n'est pas injuste en condamnant tel ou tel d'entre nous selon qu'il lui plaît. » « Dans l'article de la personne du Christ les Calvinistes osent dire: De même qu'un meurtrier, un malfaiteur n'estpas nécessairement de la même longueur que la potence à laquelle il estsuspendu,de même iln'est nullement certain que le Christ s'élende aussiloinquela droite de Dieu à laquelle il est assis. » « Dans l'article du Saint-Esprit, les Calvinistes prétendent qu'un chrétien régénéré ne peut plus commettre de péché mortel, ne peut plus perdre la foi, la grâce de Dieu,
* Fin/c, en allemand pinson.
DISPUTE DE MATHIAS HOE AVi:G LES CALVINISTES DU BRANDEBOURG. 545
le Saint-Esprit ; que David conserva la grâce même au temps de son adultère et de son homicide; qu'il n'a pas été plus coupable devant Dieu par cet adultère qu'un taureau n'est criminel lorsqu'il monte sur les vaches ou les génisses pour les féconder. Dans l'article de la justification du pauvre pécheur, le diable parle par leur bouche. Dans celui du sacrement de baptême, ils écrivent qu'il vaudrait mieux que le diable baptisât qu'une femme chrétienne ». De toutes ces assertions hérétiques, au nombre de quinze, Gedicke conclut une dernière fois que Finck et ses disciples appartiennenttous au diable, et termine en disant : « Ami lecteur, achevons ce petit traité par cet argument ou discours final emprunté à Finck lui-même : Celui (jui agit contre le Christ vient du diable. Dans les articlesque je t'ai cités, les Calvinistes, tu le vois, combattent le Christ; donc ils appartiennent tous au diable i. »
Par la force de tels arguments, Gedike, au dire des Luthériens, avait réussi à venger l'honneur du Christ, bien différent de Pelargus, « sur lequel les Etats avaient vainement compté pour combattre Finck, ce loup ravissant - ».
L' ardent auxiliaire de Gedicke, Mathias Hoe, chapelain de la cour de Saxe, déclarait « ne pouvoir goûter aucun bonheur en cette vie si on le forçait à garder le silence sur l'abomination de l'homicide Calvin, et sur tout ce qui venaitde se passer dans la Marche de Brandebourg «. En 1614, il adressait à tous les luthériens zélés un Avertissement composé pour la gloire de Dieu, ou recueil d'arguments irréfutables, et suppliait ses coreligionnaires de ne pas se laisser séduire par le poison calviniste, de ne pas adhérer à la confession de foi nouvelle. « Les Calvinistes, » écrivait-il, « ont eu l'art de rendre le Luthéranisme odieux à l'Électeur. C'est à tort que la Confession de Berlin assure qu'ils ne nient pas la divinité de notre Rédempteur. Les Berlinois feignent de croire avec nous que le Christ est le Fils éternel et tout-puissant de Dieu; mais ils parlent ainsi en général, tandis que çù et là ils emploient sans cesse des expressions turques, juives, ariennes pour nier cet article fondamental du symbole. » « N'est-il pas indigne à eux de troubler l'Électeur défunt jusque dans sa tombe, et de l'accuser d'avoir laissé subsister dans ses églises l'abomination papiste?» (f Que Dieu éloigne de nous les artifices du diable et de ses satellites! qu'il vienne au
' Abfertifjung der sncranienfirisclien liexpief/elunf/ Salonion Finckens (IGIS), pp. 1-0, 8-10, 42-60. Gedike accusait Finck d'être d'une mauvaise foi sans égale, et de tromper les âmes le sachant et le voulant ; « La fausseté, l'impiété la plus épouvantable sont cachées dans ce bel oiseau! » pp. 11-13.
- Voy. Reforniationswerk in Churbrandciiburg, pp. 240-244.
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secours des clirétiens ortliodoxes, de tous ceux qui n'ont [)as encore plié le genou devant Baal ^ ! »
« Lorsque les Calvinistes, » dit ailleurs Hoc, « se vantent de n'avoir jamais été réfutés jusqu'à ce jour dans un concile général, ils devraient avoir honte de ce (ju'ils disent ; car Zwingle, Carlstadt, Calvin et autres sacranieiitaires ont élé de faux prophètes; or, nous ne voyons pas que Dieu ait jamais ordonné à son peuple de faire comparaître les faux prophètes devant un concile. Jésus-Christ n'a pas tenu de concile pour confondre les pharisiens et le sadducéens; saint Pierre n'a pas tenu de concile au temps de Simon le Magicien, il s'öst borné à le déclarer hérétique devant Samarie et devant Rome. » «D'où vient que les Calvinistes condamnent avec tant de violence la doctrine anabaptiste, flacinienne, synergiste, le nouveau dogme photinien, puisqu'aucune de ces doctrines n'a été exposée ni entendue devant un concile régulier? » Iloe repoussait de toutes SCS forces l'idée du colloque réclamé par l'Électeur. « Les Berlinois attellent le cheval derrière la voiture. Après avoir établi à Berlin leurs réformations calvinistes, et quand le char est déjà embourbé, ils viennent demander s'ils ont bien ou mal agi. Les prédicanls de Berlin et de Cologne sur la Sprée prendraient seuls part à ce prétendu synode, et il est clair qu'ils régleraient leur conduite sur les conseils de la cour. » « Qu'on fasse des colloques aussi souvent et autant qu'on voudra pour confondre les docteurs hérétiques, il est certain d'avance qu'aucun ne se laissera jamais convertir - ! »
Dans un autre écrit intitulé : Preuves irréfutables du blasphème calvinisle,\\oQ disait encore : « Un vrai calviniste commence par s'instruire de la manière dont il doit injurier et calomnier les Luthériens; il apprend à nous traiter de mangeurs de chair, de vampires, de caimibales, comme Calvin et Bèze nous ont nommés si souvent, et cela jusque dans leurs confessionsde foi. On lui enseigne ensuite à demander aux enfants s'il reste encore quelque chose du Christ depuis tant d'années que les Luthériens le mangent, s'ils n'en ont pas encore un peu dans les dents, ou bien s'ils ne l'ont pas laissé dans les latrines? Voilà le pain quotidien des Calvinistes, ce sont ces injures ignobles! '^. »
« Les Berlinois » ne se faisaient pas faute de riposter, mais avec
1 Unvevmeidlidit' Lz-inneranj, pp. 3-S, 43 44, 45-46, 73 et suiv., 104, 106, HO, 162 et suiv.
- Kurier Diseurs ob clic caluinische Lehr ohnu ein Concil zuverdatnmensei. (1614), pp. 7-9, M-li', 2l', 33-34.
^ Grundlicher Beweis (iijVi), pp. 20, 184, 185.