QUERKLLE DE MATHIAS HOE AVEC LES CALVINISTES DU BRANDEBOURG
plus de modération, se bornant à établir, par des textes de Luther, que celui-ci avait soutenu beaucoup de points de doctrine que Hoe condamnait comme hérétiques : « Luther a constamment enseigné avec Calvin que Dieu a voulu la chute d'Adam et d'Eve *. Dans son Traité du serf arbitre, il enseigne la même chose que Calvin; si Calvin eût exposé ce même point dans les mêmes termes, tous les Luthériens n'eussent pas manqué de crier à l'hérésie et à l'anathèrae. 11 serait donc sage à eux de se tenir tranquilles, de relire leur prophète, de réfléchir, puisqu'il est dit dans le Formulairede Concorde, que le traité du serf arbitre est le meilleur ouvrage de Luther 2. » Hoe répondit que le « saint homme de Dieu, Martin Luther », était mort en maudissant avec une grande ardeur l'abomination sacramentaire, il loua l'énergie et la science avec lesquelles il l'avait combattue, et replongée au plus profond abime de l'enfer. « Par les Berlinois, » dit-il, « le diable a semé partout une poudre infecte dont la puanteur s'est répandue partout '^. »
Dans la Marche du Brandebourg comme en Hesse, la querelle sur l'Eucharistie donna lieu aux disputes les plus acharnées. Il paraissait incompréhensible aux Calvinistes que les Luthériens, après s'être affranchis du papisme, « cette œuvre du démon, » fussent demeurés si attachés à l'usage des hosties. « C'est aux hosties, c'est à l'élévation pendant le service divin qu'il faut attribuer l'étrange attachement des chrétiens de toute condition pour l'abomination papiste de l'adoration du pain, et cependant voilà tant d'années que l'Évangile est prêché dans toute l'Allemagne! )> Jacques Fabricius, recteur de Dantzig, se demandait comment il se pouvait faire que, dans un tout petit pain, Jésus-Christ, un homme de six pieds et demi, put se tenir caché. « Les hosties, )> affirmait Théodore Lazarus, « ont été inventées par le pape Sergius; puis, chose burlesque et honteuse, on s'en est servi pour les sacrifices papistes. Elles ne peuvent être considérées comme de véritables pains, puisqu'elles n'ont ni le nom, ni la forme, ni l'utilité du pain, et qu'on ne les trouve dans aucune boulangerie. La croix dont elles sont marquées serait une raison suffisante pour les abolir, car le peuple
' Frei Peter.,., ein christlich und ernst Gespräch von dea zioei Artikeln, nämlich von Gottes Wort and von Gott selbst, mit welchen D. Hoe sich unsterstanden die reformirten Kirchen zu bescliweren, gehalten in freien Felde zwischen Berlin und Brandenburrj, Berlin, 1614. Das ander Gespräch,... 1613.
- Theodorus Lazarcs, Synopsis doctrinae Lutheranae et Galvinianae (1613), p. de.
^ Wohlijeg rundete Veruntwortunj auf das calvinische Lüstergesprüch aus Berlin (1614) f. B. 3a-b. D. i'\
* Voy. Tholuck, Das kirchliche Leben, t. I, j). 264. C'est avec cette grossièreté qu'on concevait les saints mystères.
5iR LliONARD IIUTTKR ET LKS CALVINISTES DU BRANDEBOURG.
se persuade, à la vue de cette croix, que le Christ y est substanlielleraent présent*. Pour faire accepter peu h peu la doctrine calviniste sur la cène, on eut recours aux mêmes expédients qu'en Hesse. Grégoire Franck écrivait dans un mémoire adressé à l'Electeur sur la situation religieuse : « En plusieurs localités, on a soin de se servir d'hosties très épaisses, afin que celui qui serait tenté de les avaler soit forcé de les mâcher. »
« Champion ardent de la sainte, et infaillible doctrine luthérienne. »Léonard, professeur de Wittemberg, « porta de rudes coups, » dans la Marche du Brandebourg, «au Calvinisme maudit ». '< Les Calvinistes, » disait-il « ont la témérité de vouloir soutenir à Dieu, aux anges, aux hommes, et cela, contre leur conscience, que le blanc est noir, que les mensonges sont vérité ; il faut les fuir, s'en méfier, quand même on risquerait d'irriter le diable et sa grand'mère! Si les Berlinois pensent comme nous sur les vérités fondamentales de la foi, pourquoi donc nous appellent-ils Nesloriens, Eutychéens, Capharnaïtes, serviteurs d'idoles, papistes, hypocrites, cannibales, vampires, etc.? Pourquoi ont-ils chassé les Luthériens du Palatinat, de la Hesse et d'ailleurs? Christophe Pezel, dans son épître au licencié Hamelmann, soutient que les Luthériens ne sont plus chrétiens, qu'ils n'appartiennent pas au bercail du Christ; Georges Hahnenfeid nous donne au diable, nous envoie en enfer, nous et notre doctrine. Les théologiens du Palatinat vont jusqu'à écrire dans leur Confession de foi (page 167) : « Nos adversaires ont manifestement falsifié le fondement de la doctrine et de la religion chrétiennes, et ainsi ils ont ouvert la porte aux loups, c'est-à-dire aux hérétiques et aux ennemis de Jésus-Christ, et ils les ont laissés pénétrer dans le bercail *. »
Dans sa Réponse nécessaire aux innovateurs de Berlin, Hans Knorr et Benedict Boörecht, Hutter s'écrie : « On en vient à se demander si Dieu, comme au temps de l'impie Achab, n'a pas permis à la puissance des ténèbres d'agir en toute liberté dans ce monde, et de troubler Israel! L'esprit de mensonge parle par la bouche de tous les propliètes et prédicants calvinistes. » Aussi Hutter se croyait-il obligé de prendre la parole, non pour plaire au diable, « qui n'est digne d'aucune réponse^ mais pour instruire les égarés ». Il dit non sans bon sens : « Quand Hobrecht reproche aux Luthériens les grossières injures, les blasphèmes trop communs parmi eux, il
1 Caloinista aulico-politicus aller, das ist: Christlicher und nothwendiger Begriff von den fürnehmsten politischen, Hauptrgünden, durch welclie man die verdammte Calninisterei in die hochlôbliche Chur-und Markbrandenbiirg einzufahren sich eben stark bemühet. (Wittenberg, 1614), pp. 151-161, 174.