CONTRE L EF.ECTEUR DU BRANDEBOURG
que sa femme et ses enfants, à la fureur do la populace ^. L'Électrice, dont toutes les sympathies étaient acquises au Luthéranisme, s'écria, à ce qu'on prétend, pendant l'émeute, « que le peuple avait raison, et qu'il ne devait pas se laisser enlever le prédicant Stuler. »
Des troubles éclatèrent en d'autres villes de la Marche; à Lindau (comté de Ruppin), les bourgeois et les diaconnesses luthériennes s'opposèrent à l'installation d'un prédicant nommé par Jean-Sigismond, et ne se soumirent que lorsqu'un chambellan de l'Électeur fut venu les avertir " que le prince était résolu à traiter sévèrement les rebelles, et à faire un exemple dont jeunes et vieux se souviendraient longtemps. » A Stendal, les mécontents parcoururent les rues pendant la nuit portant des torches allumées, et parodiant les cérémonies de la cène calviniste 2. A Brandebourg aussi, les innovations de Jean-Sigismond excitèrent de vifs murmures. On lui reprochait surtout d'avoir prescrit une prière dans laquelle Dieu était supplié « de fortifier les âmes par la force de son Saint-Esprit et de sa parole. afin qu'avec un cœur pur tous les chrétiens puissent combattre pour la foi et pour l'Kvangile ». Au sujet de cette prière, les prédicants de Brandebourg présentèrent une supplique au prince (1616); une dangereuse confusion, dirent-ils, allait naître dans les esprits; il semblerait qu'on priait le Seigneur de fortifier l'une et l'autre religion, la vraie foi devait être plus clairement indiquée, car il serait impie de faire prier les fidèles les uns contre les autres. Dans la confusion actuelle des croyances, écrivirent-ils au Conseil, leur conscience leur défendait de prescrire une prière ainsi conçue; il leur était aussi impossible d'obéir « qu'il est impossible à un bon pasteur d'exécuter l'ordre du loup ». En présence de la congrégation réunie, l'archidiacre Ulric Vogel refusa la communion à Joachim Garcaüs, qui voulait la recevoir sans confession préalable. Vogel fut destitué; mais ses confrères soutinrent comme lui la nécessité de l'absolution privée, et il fallut que Jean- Sigismond les menaçât des châtiments les plus rigoureux pour les résoudre à l'obéissance. « Luther lui-même, » assurait le prince, « ne s'est jamais confessé avant d'aller à la communion 3. x
« Éclairé par la lumière de la vérité divine, » écrivait l'Électeur en 1616, « je hais de toute mou âme le dogme de l'ubiquité, l'ordure papiste de la manducation du corps du Christ, et j'ai décidé que ces doctrines ne seraientplus tolérées ni dans les églises ni dans
1 Pour plus de détails, voy. Herin(;, pp. 279-299.
2 Hering, pp. 275, 320. Voy. pp. 310-311. ^ Hering, pp. 313-320.