IRAN FISCIÎART SUR LRS JESUITRS
resse, la fausse simplicité, lliypocrisie et la ruse ; ensuite il a inventé la mitre d'évêque à deux pointes; ceux qui s'en parent dévorent les aumônes qu'apportent les riches pour les pauvres, exploitent les sueurs et le sang du peuple pour satisfaire leur ambition et leurs goûts fastueux:
On s'incline devant elle comme devant Dieu lui-même !
Puis on apporte un gros tas de bouse de vache :
C'est pour graisser et consacrer le front des fidèles,
C'est le chrême qui a le pouvoir de donner le Saint-Esprit « !
En troisième lieu, le diable a inventé la tiare du Pape ; elle a trois cornes, et couvre les vices et les crimes les plus abominables: soif de vengeance, envie, luxure, empoisonnements, émeutes, trahisons, insultes à l'autorité, parjures, crimes sodomites, magie, etc. La tiare est portée à Rome par le démon : là, on est en train d'élire un Pape :
Depuis ce temps, le pauvre monde Est persécuté par les trois cornes ; Elles ne lui ont apporté que tribulation.
Enfin l'enfer tout entier se réunit pour travailler au bonnet à quatre pointes du jésuite : a Car il faut qu'il soit quatre fois plus malfaisant que les autres! Ne doit-il pas couvrir la tête des pires scélérats? Je veux qu'ils portent mon nom, dit Satan,, et que désormais ils se nomment Satanites. Je leur donne pour mission de combattre Jésus! Trempez dans le soufre de Sodome et de Gomorrhe le drap qui va servir à faire ce bonnet fatal ! Cousez dedans l'idolâtrie, l'illusion magique, la sorcellerie, la perversité infernale qui fit pécher Adam dans le Paradis, l'art de flatter, la douceur empoisonnée des paroles! »
Alors une foule de démons accourent pour doter le bonnet du jésuite
De mille charmes et sortilèges,
D'abominations sanglantes,
De meurtres, de rébellions,
De péchés honteux, de trahisons, etc.
Lucifer vient lui-même consacrer le bonnet : « Allez quérir dans l'antre sombre de Vulcain la poix de l'enfer, le soufre, les vapeurs funestes, le poison romain de Babylone, les senteurs empestées du Purgatoire 1 Que le bonnet maudit en soit bien imprégné^! »
Une pareille « poésie » n'était pas faite pour élever le niveau
1 Vers 281-284.
2 Vers 317-410.
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moral et intellectuel du peuple. Pendant la conjuration du bonnet, Lucifer s'écrie :
Opère des miracles par ma puissance,
Reçois et retiens tous mes dons !
Trouble les cœurs, provoque l'émeute,
Excite la persécution, la tyrannie,
Aiguise le glaive du Pape,
Multiplie ses excommunications,
Ses malédictions, ses imprécations !
Sois l'animal cornu, grâce auquel
On adore en tous lieux la puissance de la Bêle !
O mon chef-d'œuvre, création de Satan !
O source de toute perversité,
O nouvelle boîte de Pandore,
Abrégé de tous les fléaux.
Arsenal de Vulcain, sac de mensonges
J'ai préparé vos quatre cornes
Pour être comme les pointes de mon glaive !
En vous j'ai mis mon espoir et toute ma confianccl !
Les plus doctes théologiens ne rougissaient pas d'écrire dans ce style. Christophe Pezcl, en 1G99, lit précéder d'une poésie latine sa
' Vers 419 et suiv. La satire eut plusieurs éditions, et trouve encore de nos jours des admirateurs. Mûme Vilmak [Geschichte der deutschen Nationalliteratur, 1" édit., t. I, p. 380) appelle ces rimes ij^nobles « la 'plus mordante spirituelle et excellente satire qui ait jamais été composée contre les .Tésuiles ». Kurz (Fischari's Dichtungen, t. Il, p. XLIII) répète l'éloge de Vilmar sur ce « chef-d'œuvre de la satire ».Wackernagel écrit : (p. 89) « Avec Fischart, la satire revêt pour la première fois son vrai caractère, et cette légende (celle du bonnet carré des .lésuiles) en est un excellent exemple; elle s'élève jusqu'à l'ironie la plus acérée, et V ennoblit ». « Le caractère particulier du talent de Fischart, c'est un enjouement aisé, celui que les Anglais appellent humour. » Or, dans les rimes satiriques inspirées par les haines confessionnelles de Fischart, on ne saurait découvrir nulle part ni l'ironie véritable, ni l'humour. La malédiction de la haine pèse sur la verve inépuisable de l'auteur, cette haine peutdétruire, mais elle ne peut rien édifier. En 1575, pour mieux outrager les juifs, il annonce au public, avec « un enjouement » tout semblable à celui de son pamphlet contre les Jésuites, un a prodige » des plus suggestifs. Il raconte qu'à Einzwängen, le 12 décembre de l'année précédente, une juive a mis au monde, non pas deux petits juifs, mais deux petits cochons vivants. » (Voy. Kurz, t. III, pp. 70-72. Voy. Weller, Annalen, t. 1, pp. 243, n" 223, Weller, Zeilunçfen, n» 443*.)
L'histoire est si merveilleuse Que si je n'en étais bien informé J'aurais honte de la reproduire, etc.
Dieu avait permis ce prodige
Alln que le monde entier romprîl bien Que Jésus-Christ, vi-ai Messie, Veut, avant son second avènement, Livrer à la risée du monde Cette race juive aveuglée
Qui s'obstine <à son talmud !
Dieu veut rendre évident à tous
Que puisqu'elle refuse de le glorifier.
Voilà le cas qu'il en fait !
5o8 VKIUTABLE ÜIUGI.Mi DES JESUITES.
rél'utatiou du catéchisme des Jésuites. Il intitula cette pièce : Véritable origine de Vengeance de Satan, c est-à-dire de la nouvelle secte des arcJiimoines fondée par Ignace de Loyola, gui ose porter le très saint nom de Jésus, et qui renonce au litre de chrétienne. « Le ciel irrité contre nous, w écrit Pczel, « a permis (|ue de hideux esprits de vengeance sortissent de l'enlcr pour nous tourmenter. Avant que Satan ne leur permît de s'élancer hors de rabime, il leur a répété trois ou quatre fois : Tenez-vous loin, bien loin de Jésus! ou, en latin : Procul ah Jesu ite! Ignace, leur père, sortant le premier de l'enfer, s'est emparé de ce mot, et s'est écrié ; Enfants vraiment dignes de moi, retenez bien ce mot : Procul ah Jesu Ite! Depuis ce temps, on les appelle Jésuites, et etïeclivement, parmi tant d'hérétiques et de faux-frères, personne plus qu'eux ne s'est tenu loin de Jésus 1. »
Un livre français traduit en allemand. Le vrai catéchisme ou examen approfondi de la doctrine et des mœurs des Jésuites -, ne découvre dans la perverse société, depuis l'origine, que ruse et tromperie. La bulle de Paul III, qui soi-disant l'autorise et l'approuve, a été, d'après l'auteur, extorquée au Pape, et par conséquent n'a aucune valeur. Les Jésuites sont des hérétiques hypocrites, des monstres d'une nouvelle espèce, des animaux fabuleux, desathéologistes, etc. Leur secte, qui pactise en sous main avecl'anabaptisrae, a été condamnée même à Rome.
Pour mieux ruiner l'apostolat des Pères, on répandait sur eux d'abominables calomnies 3. Dès lo73, le duc de Bavière écrivait : « Depuis que nous sommes au monde, nous avons toujours entendu répéter contre les Pères de la Compagnie de Jésus, non seulement les calomnies les plus noires, mais aussi les fables les plus absurdes. Des gens instruits, occupantde hautes situations,}' ajoutent foi sans
Les Juifs, à ses yeux, sont des pores, Un troupeau grossiei' de pourceaux, etc.
Sur les efforts de Fischart pour détendre les plus atroces persécutions de sorciers, voy. notre &" vol. ** K. Gœdeke (Dichtungen von Johann Flsc/iart (Leipsick, 1880), pp. XVI et suiv.) dit que les écrits polémiques de Fischart contre Jacques Rabe, Jean Nasus et les Jésuites n'ont d'intérêt parce qu'ils sont de lui. Khebs {Puti/icistik,p. 72) est du même avis.
' Jesniticoruni Caiechismovuni rejutaiio, tradita in gyinnasio Breniensi (Bremae, lb99).
2 Imprimé à « Freystadt » 1603, pp. 29, 108, 123-140, 328, 344, 428, 695.
^ La calomnie osa s'attaquer même au vénérable P. Canisius. Ce que Flacius avait écrit en lo65 sur son prétendu « mariage de cliien » avec une abbesse de Mayence(Z)esec7is, disscnsionibas, etc., Pontificioutn li/)er. — Dasileae (1565, p. 77) était encore répété en 1600 parle juriste luthérien Jean WoU (Lectiones, 11, p. 707) et, douze ans plus tard, par le prédicant de Dortumnd Hermann Empsychovius {Apologia orthodoœae doctrinae — Giessae, 1612, pp. 672-673. Voy. la réfutation de cette fable dans Raderus, Vita Canisii, pp. 59-61.