LES JESUITES FAUSSEMENT ACCUSES
examen, et cependant la vérité veut que nous déclarions que toutes ces accusations ne sont que des mensonges inventés à plaisir, comme on s'en convaincra infailliblement en allant au fond des choses. Nous n'avons jamais pu découvrir sur le compte des Jésuites qu'un seul fait incontestable : c'est que dans les temps malheureux où nous vivons, autrefois comme de nos jours, ils n'épargnent ni temps ni peine pour faire régner partout le droit et la justice, pour édifier le peuple chrétien par la doctrine et la prédication, pour le servir dans les hôpitaux, pour témoigner aux pauvres, aux lépreux, une bonté, une compassion touchantes. C'est ce qui saute aux yeux de tout le monde; mais rien ne persuade les adversaires de notre sainte religion *. »
Depuis ce temps la haine contre les Jésuites s'était beaucoup accrue. On avait fait de plus grands efforts d'imagination pour répandre contre eux des mensonges plus capables de les faire exécrer. Pierre Hansonius écrivait de Saxe en 1588 : r On propage contre les Jésuites quantité de rimes ignobles, de caricatures infâmes; on les accuse d'avoir, à Munich, abusé de jeunes garçons. On raconte que quelques-uns d'entr'eux, déguisant leur sexe, ont, à Vienne, entretenu des maîtresses dont ils ont eu des enfants; qu'ils ont persuadé à un pauvre homme de se laisser porter à l'église couché dans une bière atin qu'un jésuite, pour prouver la vérité de sa religion, feignit de le ressusciter; on prétend que ce même homme a été ensuite trouvé réellement mort dans le cercueil. On dit qu'à Augsbourg plusieurs Pères ont pris part à des bouffonneries indécentes et à des mascarades; qu'ils ont passé les nuits dans de honteux plaisirs, et qu'à la suite de ces excès ils ont été assassinés. Quantité d'écrits scandaleuxet d'images indécentes répandues dans le peuple avec une cynique audace portent à son comble la haine populaire. Toutes les fois qu'on examine les choses de près, on découvre non seulement que tout ce qu'on raconte n'est que pure calomnie, mais que dans les villes où soidisant les faits se sont passés, personne, ni magistrat, ni citoyen, n'a jamais entendu parler de pareilles abominations'-. El néanmoins l'esprit de mensonge et de perversité ne cesse d'inspirer aux prédicants charnels et impudiques le désir de forger toujours de nouvelles calomnies, car ces prédicants sont enclins à la luxure, et il leur est naturel de juger les autres d'après eux. ■»
* Voy. notre 4« vol., pp. 462-464.
- Offenbarung der newen erschröc/clichen und teußischcn Landllugen, so diss i586. Yur wider die Socielct Jesu im Reich und anderen Landen hin und wieder ausgesprenfjt wurden. Durch Petruin Hansonium Saa;onem zu Schutj: der Warheit in Druck uerferti'jl (lu^olsladt, 1586], préface, 1-4. Le livre contient la liste des prétendus forfaits, des Jésuites à Cracovie, et la réfutation complète