SUR LA PARTICIPATION DES JESUITES AUX AFFAIRES PUBLIQUES
magne, mit le même zèle que son prédécesseur à éloigner les religieux de son ordre de toute participation aux affaires. « Notre Père Ignace, de sainte mémoire, » dit-il dans une lettre adressée aux jésuites de Munich, « prévoyait bien que la Compagnie aurait mille embarras aussitôt qu'elle se laisserait entraîner dans les affaires de ce monde ; car non seulement ces sortes de préoccupations nous dissipent extrêmement et nous empêchent de bien remplir les devoirs de notre vocation, mais elles nous font haïr, et nous ravissent, par conséquent, tous les fruits de notre apostolat. Maints exemples frappants, une expérience anière nous ont appris que Dieu n'est pas avec nous dès que nous nous engageons dans les intérêts d'ici-bas; en effetj toutes les l'ois que les nôtres ont été priés, et [quelquefois contraints, non seulement par les potentats, mais aussi par les souverains-pontifes, de prendre part aux affaires publiques, nous avons eu à nous en repentir. Notre condescendance a été cause que beaucoup de calomnies ont été répandues contre nous. Catholiques et hérétiques nous ont sévèrement blâmés, et jamais notre intervention n'a été heureuse. 'Même le Pape actuel, par la bouche duquel, comme on le croit pieusement, Dieu nous l'ait connaître sa volonté, et qui est son représentant sur la terre, nous a fait publiquement le reproche de trop nous mêler de politique, et de vouloir gouverner les hommes selon nos vues. C'est pourquoi la dernière congrégation générale a publié les décrets les plus sévères sur ce point, afin que nous fussions bien avertis de nous tenir éloignés de semblables préoccupations. Si nous ne sommes pas suffisamment éclairés et persuadés par les malheurs arrivés jusqu'à ce jour par notre faute, il est à craindre que nous n'ayons un jour à répondre de notre conduite au tribunal de Dieu ^. y
Les règlements d'Hotfaiis relativement à cette question ne laissaient certainement rien à désirer comme sévérité. Ils furent publiés en 1593 pendant la cinquième assemblée générale de l'ordre. En voici les passages les plus saillants :
« Notre Compagnie a été inspirée de Dieu pour la propagation de la foi, et pour gagner des âmes à notre sainte religion. Les exercices pieux qui lui sont propres sont pour nous une sorte d'armure spirituelle, qui nous rend capables d'atteindre heureusement, sous l'étendard de la Croix, la lin que notre fondateur s'est proposée, c'està-dire notre propre sanctification, Futilité de l'Eglise et l'édification du prochain. Or ce serait compromettre un si beau plan et s'exposer aux plus grands périls que de vouloir nous mêler des affaires de ce
*HuBER, Der Jesuilen-Orden, p. Od, uote. Voy. encore A. vox DKUi-tEi-, Ignatius uuii Loyola und die rönilscha Curie (Muuicli, 1879;, p. 54, ûote lûo.
576 SÜU LA I'AUTICIPAIIOM DES JKSUITES AUX AFFAIRES PUBLIQUES.
monde, de nous occuper de politique et du gouvernement des états. C'est pourquoi nos prédécesseurs ont sagement déclaré qu'étant les chevaliers du Dieu sur la terre nous ne pouvions nous embarrasser dans des choses qui sont entièrement éloignées de notre vocation. Dans les temps si difficiles que nous traversons, et par la faute de (juelques-uns des nôtres, peut-être entraînés par l'ambition, peutêtre égarés par un zèle inconsidéré, les choses en sont venues à un tel point ({ue notre ordre a acquis un renom d'ambition en beaucoup de pays et chez plusieurs princes ; dun autre côté, notre Père Ignace, de sainte mémoire, était d'avis que quiconque veut bien servir Dieu doit garder son cœur dégagé de l'atYcction des grands, et que notre zèle ne pourrait être fécond si nous ne répandions autour de nous, par une vie exemplaire, ia bonne odeur de Jésus-Christ. C'est pourquoi la Compagnie a résolu d'éviter toute apparence de mal, et, autant que possible, de ne plus jamais donner lieu à aucune des accusations portées contre nous. Elle ordonne donc à tous ses membres par le présent décret, sévèrement et irrévocablement, de ne se mêler en rien des affaires publiques, même si on les y invitait, ou si on les en pressait instamment. Aucune prière, aucun argument ne devra jamais les détourner de l'obéissance à leur règle; outre cela, la Compagnie a chargé les déliniteurs de fixer etde publier les moyens énergiques qu'il faudrait employer en cas de nécessité pour porter remède au mal ^. »
Paul Y donna une sanction toute spéciale à ce décret.
Avant la clôture de l'assemblée générale, les déliniteurs s'entendirent pour la fixation des punitions à employer en cas de désobéissance, et ce qui suit fut ajouté au décret : « La Compagnie ordonne expressément à tous ses membres, au nom de la sainte obéissance, et sous peine d'incapacité à tous lesemplois et dignités et à la perte du droit de voter actif et passif, d'obéir à ce qui vient de leur être prescrit. Par conséquent, aucun d'eux ne pourra et n'aura la hardiesse de s'immiscer d'une manière quelcon([ue dans la politique des princes, dans ce qu'on appelle les affaires d'état, quelles que soient les instances que l'on fasse pour les y décider, et les supérieurs sont instamment priés de ne jamais permettre que leurs subordonnés s'embarrassent de semblables soins. Si un supérieur s'aperçoit qu'un religieux court quelque danger d'oublier son devoir, il devra aussitôt en donner avis au Père provincial^ afin que celui-ci déplace le religieux qui, dans sa résidence ou dans l'emploi dont il s'acquitte, se mêle aux affaires du siècle'-.»
' Congreç. 5 Décret. Instilu/nin Societatis, i. I, pp. 2o4-23o.
■■' Coagreij. 5 Dccrcl. Instilutum Sucictatis, t. 1, ]>. 265. Eu lOUi le provincial