LES JÉSUITES CONFESSEURS DES PRINCES
Dès 1592, avant que ces résolutions n'eussent été adoptées, Sinjon Hendl, recteur du collège des Jésuites à Munich, nvait refusé d'accéder au désir du duc Guillaume qui l'avait supplié de l'aider pur ses avis à la bonne administration de ses états, disant que, s'il commençait à s'occuper de ces sortes d'affaires, ilser.iit tenté de continuer, et qu'absorbé dans la politique il négligerait infailliblement les devoirs de sa vocation *. Après la publication du décret, le recteur et le P. Grégoire de Valence refusèrent également d'aider le duc de leurs conseils; celui-ci s'en montra blessé, et s'en plaignit au P. Aquaviva, Général de l'ordre 2. Canisius s'efforça de l'apaiser et lui dit qu'il devait bien se garder de faire supposer que, dans le gouvernement de ses sujets, il subissait l'influence de n'importe quel jésuite en faveur, parce que cela porterait gr.ind préjudice à sa dignité de prince et à son autorité ^.
Les fonctions de confesseur, que quelques Pères exerçaient auprès des princes ecclésiastiques et temporels, étaient, pour les Jésuites, une source de difdcultés et de désagréments sans nombre. Leurs ennemis ne manquaientpas, à ce propos, de les accabler d'injures, de reproches et d'outrages. Canisius eût désiré qu'il fijt interdit aux Pères de diriger la conscience des grands; il craignait mille périls pour les confesseurs ; il redoutait les haines que de semblables emplois devaient infailliblement provoquer''; mais s'il lui semblait impossible de répondre toujours par un refus al)solu aux princes qui réclamaient avec instance les conseils des Jésuites dans les choses qui regardent la conscience, il voulait du moins que « les règles de la plus extrême prudence fussent observées en des questions si délicates ».La seconde assemblée générale de l'ordre décida, en 1565, que « ni chez les princes, ni chez les grand seigneurs ecclésiastiques ou laïques, un jésuite ne pourrait séjourner pour y occuper la charge de confesseur, de théologien, ou pour exercer tout autre emploi, si ce n'est pendant un temps fort court, un mois.
des Jésuites, Bernard Olivarius, publia pour les Pères de la mission hollandaise un directoire plus tard amplifié par les Pères provinciaux F^lorentin et Verannemann et sous cette forme porté en 1612 à la connaissance de tous les religieux de l'ordre. On lit dans la cinquième règle : a Nos Pères doivent être très attentifs (et ce sera au supérieur d'y veiller) à ne se mêler en aucune façon des affaires de d'Etat (rebus statuum) ; ils ne s'occuperont que de ce qui intéresse le salut des âmes et se trouve en harmonie avec les fins de notre ordre ».Voy. le livre peu favorableaux Jésuites intitulé Jesuiiica negoliatio, p. 9.
' v. Aretin, Maximilian der Erste, p. 403, note 4.
* Voy. la réponse d' Aquaviva dans Sïieve, Ursprung, Anmerkungen, p. 37.
^ Sacchinus. Vila Canisii, pp. 296-303.
*» * Mémoire pour Aquaviva.
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deux mois tout au plus*. En 1(500, Aquaviva adressa aux supérieurs de toutes les maisons de la Compagnie une instruction détaillée« sur la manière do guérir les maladies spirituelles des religieux placés sous leur obéissance. » Parmi ces maladies, il nomme « l'esprit du monde, l'esprit de courtisan ».et consacre au traitement de ce mal funeste un chapitre tout spécial. « Ce vice, » écrit-il, « s'insinue lentement dans les âmes. Il passe longtemps inaperçu. On se le dissimule à soi-même, en se persuadant qu'on aidera les princes, les prélats, les grands seigneurs à mieux servir Dieu, et qu'on les rendra plus affectionnés à notre institut; mais, au fond, on se recherche soi-même, et l'on est de plus en plus envahi par l'esprit mondain. Si un supérieur soupçonne une disposition de ce genre dans l'âme du Prre spirituel d'un grand, il devra immédiatement le rappeler "2. » Deux ans plus tard, Aquaviva publiait un directoire particulier pour les confesseurs des princes. « Dans le cas, » dit-il, « où l'on se croirait absolument obligé d'accepter cette charge, il conviendra de s'interroger longtemps, et de se demander si, en accédant au désir d'im grand, on espère rendre de réels services, édifier le peuple et n'exposer en rien notre Compagnie. Les confesseurs ne devront Jamais habiter les cours, mais se rendre dans une maison de notre ordre; même quand ils accompagneront les princes dans un voyage, ils ne devront jamais passer la nuit dans l'hôtellerie où ils logent, mais dans un couvent, ou chez quelque digne prêtre. Un de leurs frères les accompagnera toujours ; ils n'accepteront ni argent, ni présent quelconque. Dans la maison de notre ordre où ils iront habiter, ils se soumettront au genre de vie de leurs frères et à la règle commune, sans demander jamais ni exceptions ni privilèges. Toute participation aux affaires de l'état leur est sévèrement interdite. De plus, ils n'iront jamais chez le prince sans avoir été appelés, ou sans qu'une nécessité pressante ne les y contraigne. En aucun cas, ils ne se mêleront de procurer à quelqu'un de leurs amis, par leur intervention, une grâce, une faveur, une charge quelconque, car même en des choses innocentes et permises, le scandale peut aisément se produire lorsqu'on voit qu'un confesseur, et surtout un religieux, se mêle de semblables intérêts. » « Le confesseur doit aussi se garder de recommander aux fonctionnaires du prince telle ou telle affaire qui l'intéresse, ou de leur adresser, comme en son propre nom, des conseils ou des remontrances. Si le prince l'y invitait, le confesseur devrait se montrer
' Congr. 2 Décret. Inslitatum Socletatis, 1,1, p. 188.
2 « Induslriae ad curandos animae morbos « cap. 15, Institutum Societalis, t. II.