‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 265 sur 573 · LE MEURTRE DES TYRA.NS · texte numérisé non relu

LE MEURTRE DES TYRA.NS

puisse encore goûter en cette vie quelques heures de sécurité et de joie, puisque personne ne peut savoir à quel moment, de quelle manière les assassins jésuitiques attenteront à la vie des pauvres chrétiens persécutés. Un domesticjue, un marchand, un colporteur, un boulanger, soudoyé par eux, peut tous les jours attentera notre vie K »

La terreur du jésuite allait devenir, avec la peur des sorciers, une des principales maladies de l'époque.

Une des plus graves accusations portées contrôles Jésuites, c'était la doctrine qu'on leur attribuait touchant le meurtre des tyrans.

Drs le ujoyen-àge, quelques théologiens (au xii' siècle l'anglais Jean de Salisbury, au xv% parmi beaucoup d'autres, le français Jean Petit) avaient posé en principe qu'il est permis et légitime de mettre à mort un tyran; mais en 1415 le Concile de Constance avait déclaré hérétique toute proposition soutenant qu'un vassal, un sujet fait un acte légitime, et même méritoire, en mettant à mort, par la ruse ou secrètement, un prince devenu, par ses crimes, indigne de régner 2.

Après la révolution religieuse du xvi^ siècle, la question du meurtre des tyrans avait été agitée de nouveau ; la discussion avait été ardente, du côté catholique comme du côté protestant. Peu de temps après la défaite des paysans (lo26), Luther avait nettement déclaré qu'il est défendu de se révolter contre un tyran et de le mettre à mort, parce que le châtiment est réservé au Seigneur 3; mais plus tard, dans ses Propos de table, il avait soutenu l'opinion contraire. « Quand un souverain agit tyranniquement ou contre le droit, » avait-il dit, « il n'y a plus aucune différence entre lui et l'un de ses sujets, car il a dépouillé la personne supérieure, il a perdu son droit vis-à-vis de ses subordonnés. » « Quand un tyran attaque et persécute un de ses sujets, il attaque et persécute tous les autres. On ne saurait reconnaître à un souverain le droit de dévaster son royaume, de le troubler ou de le ruiner; les lois sont au-dessus du seigneur et du tyran; il s'en suit qu'on est plus tenu de les respecter que d'obéir à un tyran. « A cette question : Peut-on mettre à mort un tyran qui

* Augensscheinlicher Beweis, etc. (1612), f. 2b. Voy. notre k' vol. p. 464.

' Voy. Herge.nröther, pp. 478-481. Sur l'opinion des humanistes italiens du xv^ siècle au sujet du meurtre des tyrans, voy. L. Pastor, Histoire des Papes au siècle de la Renaissance, t. h' et t. II.

3 Samnitl. Werke, t. XXII, pp. 257 et suiv.

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