‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 266 sur 573 · LES PROTESTANTS SUR LE MEURTRE DES TYRANS. 58S · texte numérisé non relu

LES PROTESTANTS SUR LE MEURTRE DES TYRANS. 58S

agit arbitrairement contre le droit et l'équité? Luther répondait : « Cela ne siérait pas à un particulier obscur, qui n'est point revêtu d'un emploi ou d'une charge publique; un particulier ne doit pas faire justice lui-même, quand bien même il le pourrait; mais si les citoyens et les sujets s'assemblent, délibèrent, et déclarent ne pouvoir supporter davantage l'autorité et la tyranie du souverain, ils peuvent le mettre à mort comme un vulgaire assassin, ou comme un voleur de grand chemin * ;).

Mélanchthon allaitplus loin : « Selon le sens humain, » dit-il dans son Explication du psaume LIX, « il est permis de se révolter contre un tyran qui a commis une injustice grave et connue de tous; si, dans un cas de légitime défense, le tyran est mis à mort, on doit juger que le libérateur a bien agi 2. » « Le tyran anglais, » écrivaitil en 1540 en parlant d'Henri VIII, «a fait périr Grom\vell,ct cherche à rompre son mariage avec Anne de Glèvcs. Le poète tragique a raison : aucun sacrifice ne saurait être plus agréable aux dieux que celui d'un tyran. Puisse le Seigneur inspirer cet esprit à quelqu'homme de cœur et d'énergie ^ ! »

Les Jésuites, à cette époque, n'avaient pas encore paru en Allenjagne.

Les théologiens zwingliens et calvinistes les pi us écoutés n'hésitaient pas à se ranger à l'avis de Mélanchthon. Zwingle, en lo28, déclare que si l'on veut le triomphe du pur évangile, il faut nécessairement massacrer tous les évoques '*. « Si les rois, les princes, les autorités, » écrivait-il^ « s'opposent avec perversité aux lois du Christ, on peut les déposer en bonne conscience : « Si les Juifs s'étaient révoltés contre Manassès, le peuple de Dieu n'aurait pas été châtié si rudement : il faut arracher l'œil, il faut couper le pied qui scandalise •''. » Calvin., lui aussi, enseignait que, s'il est juste d'obéir à une autorité, même tyrannique, on ne doit jamais perdre de vue que l'obéissance envers Dieu doit être mise au premier rang : « Si un roi, un prince, un magistrat, s'élève si haut qu'il diminue la gloire et les droits de Dieu, ce n'est plus qu'un homme comme tous les autres. Celui qui outrepasse ses pouvoirs et résiste à Dieu mérite d être dépouillé de l'honneur dont il a été revêtu, et c'est bien agir que de le mettre hors d'état de commettre l'iniquité sous un mas-

« Sàmmtl. Werke, t. LXII, pp. 201-202, 206-207.

'- Corp. Reform., t. XIII, p. H28.

' Corp. Reform, t. III, p. 1Ü76. ** Voy. sur cette question l'opinion des nouveaux réformateurs. Presque tous sont de l'avis de Mélanchthon et de Calvin,* voy. RucHAT. Hisl. de la Réforme en Suisse, t. YI, p. 59.

* Voy. notre 3« vol., pp. 130-131.

5 Gretser cite ce passage et plusieurs autres. Voy. 0pp. VII, p. 55.

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