LES PROTESTANTS SUR LE MEURTRE DES TYRANS
que. » Plus loin, il s'exprime avec plus de force encore : « Les princes temporels qui s'ûlèvent contre Dieu ne sont plus dignes d'être comptés au nombre des hommes; il vaudrait mieux leur cracher au visage que de leur obéir. » Or, selon Calvin, tous ceux qui résistaient au Calvinisme, « seule forme vraie, seule forme acceptable de la doctrine chrétienne, » résistaient à Dieu, outrageaient sa gloire, étaient« les ennemis de la vérité divine et les instruments de Satan, des chiens impurs, des serpents venimeux, des brutes sauvages, des cœurs endurcis, agissant contre la lumière de leur conscience, et dignes de tous les châtiments. » « A la vérité, » disait-il, « le droit de s'élever contre un pouvoir tyrannique et d'attenter à la majesté du trône ne convient en aucune manière à un particulier; mais il n'est pas rare que Dieu permette à l'un de ses serviteursde revêtir parfois sa force pour punir les crimes d'un despote et délivrer son peuple opprimé. Ensuite le Seigneur complète l'œuvre : il brise le sceptre sanglant des rois orgueilleux en renversant un pouvoir exécré; que les rois se pénètrent de cette vérité, et qu'ils frémissent *.» Ainsi conseillés, les fanatiques qui s'imaginaient être choisis par Dieu « pour délivrer les vrais croyants, pour écarter du chemin des bons les persécuteurs de la véritable Église, » avaient de quoi justifier leurs attentats. A Genève, la légitimité du meurtre d'un tyran fut publiquement enseignée. En lo63, après l'assassinat « du plus exécrable des tyrans et des ennemis de Dieu», le duc de Guise, le huguenot Hubert Langiiet célébra l'action glorieuse de Pollrot. Le meurtrier, aprè< avoir expié son forfait, fut inscrit dans le martyrologe de l'Église de Genève, et le théologien calviniste Théodore de Bèze déclara qu'on ne devait voir dans son action que l'accomplissement d'une sentence divine.« Jene me sentirais pas coupable, » ajoutait-il, « bien plus, je croirais avoir bien agi si, par une embûche ou par un acte public de courage, j'avais délivré la terre d'un tel ennemi. « Longtemps auparavant le juriste calviniste François Holoman avait exprimé l'espoir, en s'appuyant sur un texte de l'Écriture, de voir périr prochainement tous les membres des Maisons de Lorraine et de Guise^.
' Voy. Kampschülte, Calvin^ t.|I, pp. 272-278. « Si rex aut princeps aut magistralus eo usque se extollat, ut Dei honorem ac jus diminuât, non nisi homo est. Id;m et de pasloribus senliendum. Oui enim munus suum transgreditur, quia Deo se opponit, spoliandus est honoris sui litulo, ne sub larva decipiat. » Comment, in Acta Apostol. 0pp. VI, p. 44a. „ Abdicant se polestale terreni principes, cum insurçunt contra Deum ; indigni sunt, qui in numéro hominum censeaolur, ideoque in capila potius eorum exspuere opportet, quam ilhs parère. » Comm. in Daniel, c. vi.
- Yoy. notre 4° vol. pp. 262-263. ** SurLanguet voy. Waddi.ngto.n, ZJe Huberti