‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 268 sur 573 · LES PROTESTANTS SUR LE MEURTRE DES TYRANS · texte numérisé non relu

LES PROTESTANTS SUR LE MEURTRE DES TYRANS

Le calviniste Jean Bodin, conseiller au parlement de Paris, énumérait, en lo76, dans un ouvrage souvent réimprimé, les raisons pour lesquelles, d'après le droit, le meurtre des tyrans est permis. Le sujet d'un prince légitime et tout-puissant, par exemple le sujet du sultan ou du roi de France, que les vrais chrétiens regardaient comme des tyrans, ne devait pas, il est vrai, porlerla main sur son légitime maître; mais un étranger, quel qu'il lut, pouvait très bien, soit en public soit en secret, se charger d'en délivrer les serviteurs de Dieu. S'il s'agissait d'un chef d'état dont le pouvoir fût limité dans le sens démocratique ou aristocratique, comme par exemple le doge de Venise ou l'Empereurd'Allemagne, rien n'empêchait qu'un simple citoyen le mît à mort, soit sur un ordre du sénat*, soit par un acte de courage, publiquement ou en secret. Le livre de Bodin fut imprimé à Ursel en 1601 avec priviirge de l'Empereur 2.

Le calviniste Charles Dumoulin, surnommé le Papinien français, « citoyen intègre, animé d'un ardent amour pour sa patrie, » au témoignage d'Auguste de Thou.nc faisait point diflicuté de dire qu'il était glorieux de mettre à mort les tyrans''.

Duplessis-Mornaix, sous le pseudonyme d'Étienue Junius Brutus, avait examiné la question sous toutes ses faces dans un livre publié en 1379, et intitulé: Sentence des tyrans : (i Si un roi opprime la véritable religion, » écrivait-il, « le peuple a le devoir de lui résister et de le châtier, car Dieu a dit : Que celui qui n invoque pas le nom du Seigneur soit puni de mort *•.

En Ecosse, Jean Knox et son collègue Goodman professaient les mêmes doctrines. « La noblesse^ les magistrats, le peuple, ^> enseignait Knox, « ont le devoir non seulement de résister à la reine Marie Stuart, cette nouvelle Jézabel,à ses prêtres et à ses partisans, mais ont le droit de la mettre à mort, puisqu'elle persécute le véritable Évangile. Aucun serviteur d'idoles (nul catholique) ne doit être admis à régner; nul serment n'a le pouvoir de contraindre le peuple chrétien (les Calvinistes) à obéir aux tyrans (les princes catholiques) puisqu'obéir serait résister à Dieu et à sa vérité révélée. »

Langueti Vita. Paris. 4888. Voy. aussi Revue historique (1890), t. XLII, pp. 243^ et suiv.

^ J. BoDiNi A>DEaAVENsis De Republica libri seœ, latine ab auctore reddili, inulto quam antea locajdetiores. Editio quarta. Ursellis, IGOI.

^ Sur la page du titre : Cum priveligio S. Caes. Maiest. ad decennium. 11 est important de relever ce fait, puisqu'on a attaché tant d'importance à ce que le livre de Marianaait paru avec le permis d'imprimer du roi d'Espagne et l'approbation du censeur espagnol de son ordre.

'^ Annotationes ad Clsnientinas, lib. III, tit. 15. Citation empruntée à Créti>-eau- JoLY, t. II. pp. 238-239.

* Vindiciae contra tijrannos. Voy. Hcber, Der Jesuiten Orc/e«, p.269,**. Thieme

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