OPPOSITION PROTESTANTE EN AUTRICHE
veulent une république, ils aspirent à être libres '. » Leur chef et leur organe habituel, « le tribun évangélique » Georges Érasme de Tschernembl, calviniste exalté, ne dissimulait point sa pensée; selon lui, le droit était toujours du côté de la force, et la plus haute autorité résidait dans le peuple, auquel il appartenait seul de choisir ou de déposer ses souverains; mais par « peuple » Tschernembl entendait la majorité des membres nobles des États. « La noblesse a tout le jeu entre ses mains, » avait-il dit un jour dans un discours prononcé au présidial de Vienne; « dès qu'elle aura obtenu gain de cause, les prêtres et les princes ecclésiastiques n'auront plus rien à dire. Les prêtres ont l'œil droit fixé sur Rome et l'œil gauche sur leur patrie. La plus grande partie des villes est pour nous; sur trois cents nobles, quatre-vingts, au plus, sont catholiques. Comme les évêques ne peuvent être mis dans la même balance que les villes, et que la plupart des nobles sont de notre côté, nous aurons la majorité dans les assemblées ', par conséquent nous sommes les seuls puissants, comme nous sommes les seuls vrais amis de la patrie. » Déjà, quelques gentilshommes affectaient de ne donner aux archiducs d'autre titre que celui de comtes de Habsbourg, et se vantaient d'être déplus haute noblesse qu'eux. D'autres disaient tout haut qu'un pays peut très bien se passer de prince, au lieu qu'un prince ne peut se passer de domaines ^.
Les États protestants de la Basse-Autriche exprimèrent les mêmes sentiments. Mathias se rendit en premier lieu en Moravie, et, vers la fin d'août, il reçut à Brunn le serment dhommage de la noblesse, maisaprès lui avoir accordé la pleine liberté de conscience ainsi qu'un pouvoir pour ainsi dire illimité, au grand préjudice du peuple. Désormais, dans les différends entre les vassaux et leurs oppresseurs, les paysans n'allaient plus avoir la ressource d'en appeler au roi. Quant aux villes, elles perdirent toute influence à dater du jour où leur royal protecteur se fut le premier dépouillé de ses droits ^.
Dans la Haute et la Basse-Autriche, Mathias, sur la base de la « concession » accordée par Maximilien II, garantit à la noblesse la complète liberté du culte protestant. Aussi, comme il le déclara à rassemblée de Vienne, les États n'avaient-ils plus aucun
* Hammer, Urkundenbiich, t. II, p. 139.
- Stültz, p. 174. « Attaché à la reliçion réformée. Tschernembl avait adopté les plus extrêmes doctrines du droit politique calviniste ; il joig-nait à un fanatisme sombre et froid l'obstination propre à ses coreligionnaires, et marchait droit à son but sans être embarrassé par aucun scrupule. » Chlumesky, 1. 1, p. 541.
s HCRTER, t. VI, p. 194.
* Chlumesky, t. I, pp. 514-317, 524.