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OPPOSITION PROTESTANTE RN AUTRICHE. 1G

prétexte pour lui refuser le serment d'hommage. Mais les nobles voulaient que la concession fût étendue à tous, afin que le peuple, lui aussi, fût admis « à jouir des bienfaits du pur Evangile ». « Pourquoi, » disaient-ils, « nous serions-nous ligués contre notre maître héréditaire, pourquoi aurions-nous commis l'acte si grave de violer notre serment, si nous n'avions espéré voir enfin nos griefs redressés ? » « Ce que veulent avant tout les chefs de la noblesse, » écrivait de Vienne un luthérien, « c'est l'établissement du maudit Calvinisme, démon beaucoup plus dangereux que le démon papiste. » Mathias ayant refusé de céder aux exigences des nobles, ceux-ci quittèrent brusquement la salle des délibérations, et se retirèrent à Horn. Les États catholiques prêtèrent serment le 8 octobre : leur exemple fut suivi par deux seigneurs non catholiques, et par toutes les villes de la Basse-Autriche *.

« Les mécontents de Horn, » encouragés par l'approbation de leurs coreligionnaires de la Haute-Autriche, demandèrent aide et assistance à la Hongrie, et se tournèrent vers l'Union. Mathias réussit cependant à gagner le chef du parti calviniste, llleshazy, en le nommant palatin et en le comblant de riches dons en argent, prélevés sur les biens de l'Église de Gran. Comme en Moravie, un pouvoir illimité fut accordé à la noblesse. L'archiduc fut couronné en grande pompe le 19 novembre ; mais en réalité il ne fut jamais roi que de nom 2.

Pendant ce temps, Tschernembl, au nom de son parti, s'était rapproché de Christian d'Anhalt, le chef et le fondateur de l'Union, et lui avait promis son appui dans le cas où l'Union songerait à attaquer l'Empereur ; Richard de Starhemberg était venu en Allemagne pour traiter cette importante affaire 3. Christian, nommé lieutenant général et feld-maréchal à l'assemblée de Rothenbourg, voyait s'ouvrir devant lui de magnifiques perspectives \ Il écrivait le 3 septembre: « Dieu offre en ce moment aux Évangéliques une merveilleuse occasion de détruire de fond en comble le siège romain. L'union des princes protestants ne peut manquer de porter un coup mortel à la Maison de Habsbourg et à la cause catholique. » Le 24 septembre, il faisait passer cette note au duc de Bouillon .- « Si nous avons pour nous la Hongrie, la Moravie, l'Autriche et la Silésie, que restera-t-il

« **GiNDELY, Rudolf, 1. 1, p. 278, Klopp, t. I, p. 59.

2 Gesdely, Rudolf, t. I, pp. 262-269. Hammer, t. II, pp. 100 et suiv. Hurter, t. VI, pp. 87 et suiv. Chlumesky, pp. 548-549. Theol. Miscellen, Cahier 1, pp. 29- 30. ** HuBER, t. IV, pp. 529 et suiv.

3 Ritter, Briefe und Acten, t. II, p. 99, n« 38, note I, Gesdely, t. I, pp. 271-

* Ritter, t. II, p. 61.

01/| LE PARTI CALVINISTE TRAVAILLE A LA RUINE DE LA MAISON DE HABSBOURG.

à la Maison d'Autriche ? la Bohême, la Bavière, et un très petit nombre d'évôchés. » « Non seulement, à parler selon le sens humain, nous sommes maintenant assez forts pour résister à nos adversaires, mais nous sommes en état. de soumettre à notre religion tout le clergé, et de le réformer entièrement. Si la Bavière s'armait pour combattre l'Autriche dans le cas où celle-ci se joindrait à l'Union, il faudrait commencer par elle, l'envahir, reprendre Donawerth, et occuper deux ou trois évêchés pour couvrir les frais de la campagne. L'Italie seule esta redouter, et la question est de savoir si la France sera disposée à nous mettre à l'abri de ses attaques.» « Certes, il semble qu'en agissant avec dextérité, nous puissions espérer l'aire bientôt la loi à tous, et installer partout des chefs tels quenous en désirons*.» On ne faisait briller des perspectives si séduisantes aux yeux de ceux dont on souhaitait l'appui que pour exciter les convoitises, et montrer les résultats magnifiques qu'on pourrait obtenir dans le cas oiJ l'Union, soutenue par laFrance, sedécideraitenfin àattaquer franchement la Maison de Habsbourg. Mais Christian ne parvint pas à faire goûter cette politique aux Unis ^. Mécontent de leurs hésitations, il alla trouver, au mois de novembre, Pierre Wock de Rosenberg '^ en son château de Wittengau. 11 y avait donné rendez-vous à Tschernembl, le chargé de pouvoirs des conjurés de Horn. Là, il fut un moment question de marcher droit sur Vienne; les Turcs avaient oöert leur appui ; avec 10,000 hommes, il était facile de s'emparer de la ville, mais il n'y avait pas dix jours à perdre; la prise de Vienne porterait un coup mortel au papisme, et les Unis verraient leur puissance et leur fortune croître de jour en jour ^. Tschernembl fit tout pour décider l'adoption de ce plan. 11 disait aux délégués de Moravie : « Nous nous etïorçons de nouer des relations avec le monde entier. Partout nous avons des agents; si la guerre éclate, les prélats et les prêtres seront notre première proie. Tout finira parla ruine complète des membres ecclésiastiques ^. » Christian, de son côté, pressait les conjurés de Horn de pousser les généraux de Mathias à la trahison. Déjà il se voyait eu esprit généralissime des troupes autrichieunes *^. Tschernembl lui avait

1 Insiructioa d'Aahalt pour Christophe de Dohna, le 24 sept. 1608, voyez Ritter, Briefe und Acten, t. II, p. 104. ** Pour l'appréciatioD de ce document et surtout sur le rôle de Christian d'Anhalt, voyez Huber, t. IV, pp. 525 et suiv., Bek.nd, p. 24, a» 2.

-** Bernd, Gesc/i. der oesterreischischen Unruhen, p. 25.

3 Voyez plus haut, pp. 330 et suiv.

* Mémoires de Christian, voy. Ritter, Briefe und Acten, t. II, pp. 138-141. ** Voyez Ber>d, p. 28.

i Stultz, pp. 189-198.

" CiiLUMESKY, l. I, pp. 555 et suiv.

LE PARTI CALVINISTE Tf.AVAÎLLE A LA RUINE DE LA MAISON DE HABSBOURG. 615

dit en confidence, au commencement de février 1609, qu'il avait l'intention de demander aux princes unis qu'un gouverneur de confession réformée fût élu pour les défendre et les conduire^. «Sans un chef élu dans l'Empire, » disait-il, « les États autrichiens feront peu de chose; ils ne resteront même pas longtemps attachés à l'Union, car aucun d'eux ne consentirajamaisà reconnaître une autoritéau-dessus delà sienne. Dieu se prépare à châtier non seulement le souverain héréditaire, mais encore tous les pays qui lui appartiennent; ces pays seront séparés du tronc qui les portait, et deviendront la proie des princes étrangers -. »

(( Ne sachant que résoudre, à qui avoir recours, » Mathias ne découvrait aucun moyen de salut. Pour sauver son trône ébranlé, il signa, le 19 mars, une convention connue sous le nom de « capitulation»,et promit de satisfaire aux principales exigences des conjurés de Horn ^. « 0 Mathias, Mathias! » écrivait l'archiduc Leopold, « vous serez cause de la ruine de votre et de notre Maison*! » L'évêque de Vienne, Melchior Klesl, l'évêque de Passau et les membres catholiques des États protestèrent solennellement contre un acte signé sans leur aveu. Klesl écrivait ; « Le roi a beaucoup cédé relativement à la religion, ce qui n'est pas excusable ; il a été intimidé par le soulèvement de la Moravie, de la Hongrie et de l'Autriche, il a eu peur, en comprenant que tous les sectaires de l'Empire s'étaient ligués pour le perdre. Déjà les Bohèmes se révoltent, et l'Empereur est contre lui. Au reste, il m'a dit lui-même qu'il ne comprenait pas comment il s'était décidé à signer 3. »

Tschernembl se posa aussitôt en dictateur. Au nom des États protestants, il exigea que Mathias donnât l'ordre à Klesl, dont les intrigues troublaient, prétendait-il, la paix et la sécurité publiques, de quitter immédiatement le royaume. Le général en che fde l'armée des États envahit et ravagea les terres de l'évêque. Tschernembl avait dit au roi sans aucun ménagement après la signature de la capitulation : « Les États sont en relations et bonne correspondance avec les Électeurs et princes de l'Union, et resteront leurs alliés; si quelque événement fâcheux se produisait, personne ne pourrait nous accuser d'avoir dissimulé la vérité à \otre Majesté **. »

L'agitateur calviniste Duplessis-Mornay écrivait en avril 1609 :

' Chlumesky, t. I, pp. 553-550.

* Ritter, Briefe und Acten, t. II, pp. 186-188.

ä Stültz, pp. 190 et suiv. ** Huber, t. IV, pp. 541 et suiv.

* Chlumesky, t. I, p. 560.

^ Voyez Hammer, Urkunden Sammlung, n" 256, pp. 267-268.

« Hammer, t. II, pp. 139-140. Stültz, p. 190. ** Huber, t, IV, p. 544.

6J6 SITUATION POUTIOÜE DANS LES PAYS HÉRÉDITAIRES DE l'eMPEREÜR. 1609.

« J'apprends par des lettres d'Heidelberg que les Autrichiens ont obtenu la complète liberté de religion, que les Bohèmes sont en instance pour obtenir les mêmes garanties, et qu'ils se sont unis dans ce but. » « Le roi d'Angleterre a écrit contre le Pape et, dans la préface de son livre, il exhorte tous les princes chrétiens à secouer ouvertement le joug de Rome. » « Seul, l'archiduc Ferdinand de Styrie, » mandait Duplessis en juillet à l'ambassadeur d'Angleterre, à Venise, « refuse encore la liberté religieuse; mais on saura bien l'y contraindre. L'Union des princes se fortifie de jour en jour*.» Avant six ans, on attendait « l'infaillible chute de l'Antéchrist romain 2 » .

Le 21 mars 1609, le comte Ambroise de ïhurn, écrivant à l'archiduc Ferdinand, lui exposait comme il suit la situation que Mathias avait créée : « Mathias n'a rien fait pour mériter la reconnaissance des Catholiques; il ne s'est pas réconcilié avec son frère; dans l'Empire, il est détesté; il a perdu beaucoup de son prestige; lui-même a fourni aux nobles des armes contre la royauté. Si l'Autriche, la Hongrie, la Bohême, la Moravie et la Silésie se sont unies à l'Empire, à l'Angleterre, au Danemark et à la Hollande, la faute en est à lui. Du côté de la Hongrie, on ne peut s'attendre qu'à la perte de nos frontières et à la dévastation de l'Autriche; déjà nous sommes menacés d'une invasion. Toutes nos forteresses sont au pouvoir de nos ennemis ; partout ils expulsent les Allemands, et leur conduite présente faitassez devinera quoi ils se porteront dès qu'ils seront maîtres des pays frontières. L'Empereur, il est vrai, semble encore fermement attaché à la vraie religion, mais il est menacé de tous côtés. S'il ne concède rien, et si les Bohèmes et les Silésiens se liguent contre lui, ils suivront exactement la même voie que les Autrichiens. La Bohême est déchirée entre divers partis politiques. A la fin, il pourra bien se faire que le peuple, las de tant de disputes, se soulève et massacre les seigneurs, cause de tous ses maux. Les nobles ont saisi avec trop de passion le sceptre que Mathias leur abandonnait; ils veulent gouverner, mais chacun d'eux a un plan ditïérent. Us destituent les hauts fonctionnaires; ils casernent des troupes dans les villes, ils accablent les sujets d'impôts. Avant six mois, il se peut que le secret de singulières intrigues nous soit révélé. Dieu veuille que d'ici là une réconciliation sincère ait rapproché le roi Mathias de son frère ^ ! »

Mais bien loin de se rapprocher, les deux frères semblaient cher-

1 Dupi.Essis-MoRNAY, t. X, pp. 322, 323, 356. ä DupLEssis-MoRNAY, t. X, pp. 249, 326. i HuRTER,t. YI, pp. 132-134.

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