SITUATION DU PAYS DE JULIERS
ne suffisait même pas à l'entretien de la forteresse de Juliers; on ne pouvait donc songer à expulser les princes possédants des territoires où ils s'étaient établis. L'Empereur, découragé, en proie à de nouveaux accès de son terrible mal, abandonna complètement celui qu'il avait adopté pour fils, et le Pape Paul V, intimidé par les menaces de la France, n'osa pas intervenir et prendre parti pour Leopold *.
Tout dépendait de la France. Les ministres de Henri IV dirent à l'ambassadeur envoyé par l'archiduc à Paris pour demander au moins la neutralité, que leur maître ne voulait ni ne pouvait abandonner le Brandebourg et Neubourg, et qu'il se sentait pleinement autorisé à se mêler des affaires d'Allemagne, « parce que son droit de protéger tout ce qui était juste s'étendait aussi loin que sa puissance 2 >K
Le 23 juillet, le jour même où Leopold pénétrait dans le Juliers, Henri IV écrivait à son ambassadeur Bongars : « Le nom et l'autorité de lIEmpereur n'est plus que fantôme, et vrai épouvantail de chenevières ^. » « Quant à l'Espagne, » écrivait-il quelques jours plus tard, « tout y est déchu et abattu plus qu'il ne fut oncques '\ » Dans les pièces officielles, au contraire, le mot d'ordre étaitde parler sans cesse de la puissance de la Maison de Habsbourg, de ses efforts pour parvenir à la monarchie universelle, et la funeste division de la famille impériale était représentée comme important souverainement à la liberté de l'Europe comme à celle de l'Allemagne.
Sur les ruines de la Maison de Habsbourg et de la monarchie espagnole, Henri voulait édifier la suprématie de la France, et les princes allemands devaient, selon l'expression de Richelieu, «servir d'escabeau aux rois très chrétiens ». Dans ses lettres confidentielles, le roi parlait avec un souverain mépris des princes d'Allemagne, « uniquement occupés à boire et à dormir ^ ». Il raillait aussi les princesses leurs épouses, « qui n'avaient pas moins de goût pour le bon vin 6. » A la fin de juillet, il mit à la disposition des Unis une armée de lo,000 hommes, promettant, en cas de besoin, de fournir vingt-cinq canons, et de venir lui-même combattre avec eux à la
* Grs-DELY, Rudolf, t. II, pp. 62-64.
■ GiîiDELY, t. II, pp. 37-38. Ni les Electeurs ecclésiastiques ni l'ambassade envoyée par l'Empereur ne purent rien obtenir d'Henri IV. Voy. la lettre du roi, 30 août 1609, dans Londorp, Acta public, t. I, p. 83. Ritter, t. II, p. 428.
' Ritter, t. II, p. 300. Bongars assurait aux conseillers du Brandebourg-, qui gardaient encore quelques scrupules par rapport à l'Empereur, « que ce nom n'était plus qu'une illusion et une couverture de fainéantise.» ï. II, p. 364.
* Ritter, t. II. p. 317.
'" Voy. Ritter, t. II, p. 310.
^' Vo}\ les Economies roi/ales, t. III, p. 171 .