MORT DR FRÉDÉRIC IV
chargea Christian d'Anhalt d'obtenir des ambassadeurs étrangers qu'ils permissent à une bonne partie de leurs troupes de camper quelque temps encore dans les alentours du pays conquis, « pour l'avantage des Électeurs et princes unis, mais toutefois aux frais de leurs seigneuries ^ ».
Deux jours plus tard, la mort rompait brusquement la trame de tous ces complots. L'Électeur Fréd('Tic, le 19 septembre, mourait, victime de sa vie de d('bauche.La mort de Henri IV avait été pleurée par tous les Unis; ils ne pouvaient se consoler « de la perte d'un tel auxiliaire, d'un si généreux ami de la liberté allemande, d'un prince dont on pouvait attendre de si grandes choses ». Christian écrivait maintenant à sa femme : « Je ne puis te dire combien nous sommes affligés delà mort de l'Électeur palatin. Nous sommes trop malheureux d'avoir perdu en l'espace d'une année deux si bons et si illustres patrons et amis! » L'union restait sans chef, et les négociations entamées avec l'Angleterre et les États Généraux n'avaient pas encore abouti. Pour comble d'embarras, un grave dissentement s'était élevé entre le comte palatin Philippe-Louis de Neubourg, qui revendiquait les droits de régence et de tutelle, et le comte palatin Jean de Deux-Ponts qui les exerçait efïectiveinent. En France, un changement de politique allait gravement modifier les relations de l'état avec les ligues étrangères, et dans l'Empire, Ja ligue catholique, dont le chef, Maximilien de Bavière, surpassait tous les princes protestants en énergie et en intelligence, semblait bien résolue « à ne pas laisser s'effectuer sans un combat acharné les plans du parti révolutionnaire. »
^ RiTTEn, t. JII, p. 4i7.
CHAFITUE lY
LlüUE UÉFEMSIVE DES CATHOLIQUES. — LA LIGUE ET l'uNION. —
PROJET D'UiNE LIGUE CATHOLIQUE-LUTHÉRIENNE.
Jusqu'en 1606, leduc Maximilien de Bavière ne s'était senti aucune envie d'organiser la ligue catholique*; mais à cette époque il avait changé d'avis. Témoin des progrès continus du parti révolutionnaire palatin, détesté do tous les princes et membres prolestants depuis l'exécution du ban d'Empire contre Donawerth (ainsi qu'il l'écrivait le 3 octobre 1608 au vice-chancelier Stralendorf), il comprenait enfin la nécessité d'une action commune '^. I.e parti palatin avait dissous la Diète do Uatisbonne en 1603, et peu après il avait fondé, à Ahausen, la ligue dite l'Union. L'Empereur avait perdu toute autorité, tout prestige, et la révolte de Mathias avait eu pour lui les plus graves conséquences. La situation étant telle, Maximilien, avec beaucoup de prudence, d'énergie, de désintéressement, résolut, pour lutter contre le péril, dorganiser une ligue défensive, ayant pour but de mettre un terme à la tyrannie dont les membres catholiques étaient continuellement victimes, et de maintenir et faire respecter la constitution. Mais Rodolphe était hors d'état de protéger ses amis; sa querelle avec Mathias se prolongeait; les princes protestants avaient acquis une puissance alarmante, faisant présager de nouveaux et terribles bouleversements dans les terres héréditaires autrichiennes et la ruine de la Maison de Habsbourg semblait imminente. Aussi Maximilien voulait-il fonder la ligue défensive en dehors de cette Maison. Non qu'il eût aucunement la pensée de la déposséder à son profit de la couronne impériale, mais parce qu'il voyait juste, et se rendait bien compte que, dans les circonstances actuelles, toute ligue dont la cour de Prague prendrait l'initiative serait d'avance déconsidérée, et, en outre, promptement entraînée
' Yoy. plus haut, livre 1", chap. XXI. * WoLF, Maximilian, t. II, p. 340.
fi5i FORMATION d'U.NK LIGUE CATHOMOUE DÉFENSIVE. IGOi).
dans des complications funestes à tous les membres catholiques. D'ailleurs on ne pouvait espérer défendre avec succès la cause catholique aussi longtemps que l'Empire resterait à la dynastie de Maximilien II; sous Rodolphe II, les Catholiques n'en avaient que trop fait l'expérience; sous iMathias. ils devaient l'apprendre à leurs dépens plus amèrement encore. « Donner çà et là de bonnes paroles, tantôt à l'un, tantôt à l'autre; ne faire presque rien, ou ne maintenir que pendant cinq jours ordres et défenses, à la mode de Vienne, et jamais j)lus longtemps, se rendre ainsi méprisable à tous les partis, voilà la politique en faveur depuis Maximilien, » lit-on dans un dialogue satirique de 1G17 ^
Une telle politique ne pouvait convenir au duc de Bavière ; il voulait une action « réfléchie, sage et prudente, mais en même temps vive et pleine d'initiative »; il voulait un but nettement déterminé, il voulait les moyens pour l'atleindre. Pour le maintien de la paix, la défense de la justice, aucun sacrifice ne devait, selon lui, paraître excessif à un homme de cœur, encore moins à un prince catholique allemand -. Malheureusement, ce n'était pas seulement à la cour de Prague qu'un courage viril, un labeur constant, une abnégation sincère étaient choses introuvables; parmi les Électeurs ecclésiastiques résolus à se liguer pour se défendre, il y avait fort peu de chance de les rencontrer. Maximilien ne l'apprit que trop tôt, à sa grande colère, à son extrême dépit.
Après qu'il se fût donné mille peines, on finit par se réunir et par se concerter. Un traité fut signé à Munich le 10 juillet 1G09, et les bases de l'Union catholique, plus tard appelée « la ligue », furent posées. Les premiers signataires étaient : les plénipotentiaires de Maximilien, les évêques de Passau, de Constance, d'Augsbourg et de Ralisbonne, le prévôt d'Elhvangen et l'Abbé de Kempten. L'évêque de Wurzbourg avait envoyé ses délégués, mais seulement pour assister aux délibérations préliminaires. Comme motif delà ligue, on annonçait la défense de la foi catholique, le maintien de la paix de religion et de la constitution. Les confédérés promettaient de se venir en aide les uns aux autres en cas d'agression ; ils choisirent Maximilien pour chef, et, pour subvenir aux dépenses, établirent une caisse commune. Mais le pouvoir du duc de Bavière fut restreint par l'élection des députés des trois cercles de l'Oberland, sans l'assentiment desquels il fut convenu qu'il ne pourrait prendre aucune décision importante. La caisse commune ne fut pas
* Ein kartces aninilthliches Gespräch, pp. 3-6.
- * Voy. la Icllrc de l'oflicial de .Mayeiice Hans Wiedcrhopf (13 sept . 1G13).
FORMATION d'uNE LIGUE CATHOLIQUE DÉFENSIVE. 1609. GÖ3
laissée à sa seule disposition; quanta l'organisation intérieure de la ligue, au plan de défense à adopter, à la concentration des armées futures, rien de précis ne fut décidé *. C'était rendre d'avance impossible une action intelligente et prompte. Christian d'Anhalt, après avoir pris sur la ligue catholique d'exactes informations, écrivait, non sans bon sens, le 12 décembre 1609 : « L'Union des papistes n'est à comparer avec la nôtre ni pour le matériel, ni pour la forme; ils font voir, dans toute cette affaire, leur impuissance et leur faiblesse 2. »
.laloux de leur autorité et de leur indépendance, les membres de la ligue n'étaient pas plus disposés à obéir au chef qu'ils s'étaient donné qu'àl'Empereur. Leurs effortsn'allaientqu'àéluderautantque possible toute action militaire pouvant leur imposer dépense ou embarras. Les Électeurs ecclésiastiques, dont Jean Schweikart de Mayence était le chef, étaient bien obligés d'avouer qu'un péril imminent et toujours plus grave les menaçait du côté des Unis ; Maximilien n'épargnait ni les exhortations ni les encouragements ; mais rien ne les tirait de leur apathie et de leurs hésitations, et le 2i mai 1609, le duc se plaignait encore de l'indifférence et de la torpeur de l'Électeur de Mayence. « Il semble, » disait-il, « n'attacher aucune importance à ce qui se passe; il cherchée éviter toute fatigue, et remet toujours les affaires au lendemain. Jamais, malgré nos instances et nos appels, il ne paraît prendre vraiment à cœur la cause catholique. » « Mais nous sommes persuadés, » écrivait-il à l'Électeur de Cologne, « que Vos Grâces ouvriront enfin les yeux en apprenant les violences inouïes jusqu'à ce jour dont le Palatinat vient de se rendre coupable dans l'évcché de Spire. » «Les mêmes faits pourraient tout aussi bien se passer du côté de Mayence, c'est pourquoi il faut espérer que l'Électeur montrera enfin quelque zèle, et nous aidera à mettre un terme à de de si odieux attentats. » « La conduite du Palatinat prouve clairement que si, du côté catholique, on ne change d'attitude, les Protestants suivront l'impulsion donnée, attaqueront les évêchés les uns après les autres, jusqu'à ce qu'ils les aient tous mis sous leur autorité ^. »
Les agressions du Palatinat firent sur les princes spirituels l'impression que Maximilien avait attendue. Le 30 août, ils adhérèrent au traité de Munich, mais à la condition que l'Électeur de Mayence dirigerait en second, le duc conservant le titre de généralissime. Les Électeurs se chargèrent d'attirer dans la ligue leurs sutfragants
1 Voy. Cornelius, Gründung der Liga, pp. 18-23. ' Ritter, t. II, p. 517, note.
•* GoioiEuus, Gründung, p. 24.
CÜC ÉTATS DE LA HGUE CATHOLIQUE A WURZBOURG. IGIO.
et les collégiales placées sous leur autorité, taudis que Maximilien presserait les (''vêques, les chevaliers et les villes d'Empire de rOberland de se joindre à la ligue. Mais lorsque le duc parla de lixer le jour d'une assemblée prochaine pour .s'entendre sur les points qui n'avaient pas encore été fixés, l'ancienne hésitation reparut chez Schweikart. Il fallut les vives instances des Électeuis de Cologne et de Trêves pour le décider à consentir aux Etats de Wurzbourg. Ils s'ouvrirent au mois de février 1610. Les délégués des membres d'Empire catholiques les plus inlluenls s'y rendirent ; l'Autriche et Strasbourg s'abstinrent seules. On convint de fixer les contributions de chaque membre d'après les chiffres de la matricule d'Empire. Dans le cours de l'année, quarante-deux mois romains devaient être déposés; chaque membre prit l'engagement de fournir eu cas de besoin des munitions de guerre et un certain nombre d'armes. « Pour plusieurs raisons, inutiles à rapporter, » on ne put encore, pour celte fois, recevoir toute la Maison d'Autriche; mais on se promit d'y attirer les archiducs Ferdinand de Styrie, Maximilien, gouverneur du Tyrol et des pays de la Haute-Autriche, et Albert, gouverneur des Pays-Bas. Les évêques du Rhin eussent voulu voir la ligue intervenir dans l'affaire du Julicrs : mais le duc de Bavière soutint avec énergie l'opinion contraire. « Par cette intervention, » dit-il, « la ligue pourrait être entraînée dans une lutte grosse de périls avec les puissances étrangères qui soutiennent les princes possédants et les Unis. »
Pendant les délibérations de Wurzbourg, Maximilien apprit que le roi d'Espagne et le Pape, dont on avait sollicité l'appui, ne consentiraient à faire partie de la ligue qu'à la condition que les princes de la Maison d'Autriche y auraient le premier rang. Dans une longue missive datée du 2i juin 1609, le duc avait exposé au Saint- Père les dangers auxquels les attentats couronnés de succès des membres protestants exposaient la religion catholique, non seulement en Allemagne, écrivait-il, mais en Italie. Il s'était donné mille peines, pour réunir les membres catholiques; il avait déjà obtenu quelques bons résultats; il en attendait de plus importants. Mais les Protestants étaient bien supérieurs aux Catholiques en nombre et en force, et ces derniers ne pouvaient compter, pour les soutenir, sur aucun auxiliaire étranger, tandis que le Danemark, la Suède, l'Angleterre, la Hollande, malheureusement d'autres puissances encore, s'étaient rangés du côté de l'Union. Le devoir du Pape était de prêter son assistance à la ligue, de la secourir de son argent et, s'il se pouvait, de ses troupes. Son exemple entraînerait l'Espagne, la Toscane, d'autres princes de
NOUVEAUX ATTENTATS DE l'uNION. 1610. 657
l'étranger; sans ces appuis, on ne pouvait espérer sauver la religion. Mais Paul V, intimidé par la France, s'était borné à de vagues promesses; bien du temps devait s'écouler avant qu'il ne consentit à verser tous les mois 8,000 llorins dans la caisse de la ligue. Quant à l'Espagne, elle ne promit son secours qu'à la condition que l'archiduc Ferdinand serait nommé co-directeur et général en chef de la bgue.
L'existence même de la confédération était de nouveau en question. Au mois d'avril 1610, personne encore, malgré les promesses données, n'avait fourni la moindre contribution, et Maximilien,daris une lettre à son vieux père, qu'il tient au courant de toutes ses difficultés, parle de se retirer et de se démettre de sa charge. « J'ai lu avec surprise et avec un sensible déplaisir, » lui répondit Guillaume, « ce que vous me communiquez. La réponse du Pape me surprend plus encore que celle de l'Espagne; la cour d'Espagne veut que le monde entier lui soit soumis, mais elle entend ne rien faire, ou fort peu de chose, pour les autres. La branche autrichienne maximilienne n'a jamais été sincèrement attachée à la Bavière, bien qu'elle en ait reçu beaucoup de bienfaits. Les archiducs ont toujours redouté que la maison de Bavière ne devînt trop puissante; la ligne de Styrie est, je crois, mieux disposée pour nous, bien ([u'elle soit obligée de ménager l'Espagne, des conseils de laquelle la cour de Graetz dépend presque entièrement, ainsi que votre sœur (l'épouse de l'archiduc Ferdinand) me l'a maintes foisdit en confidence. Quant à votre démission, je vous conseille d'attendre encore quel(|ue temps, jusqu'à ce que vous puissiez mieux voir la tournure que prendront les choses, et particulièrement l'attitude que va prendre la France. Il faut avouer qu'on serait tenté de laisser tous ces insensés se tirer d'affaire comme ils l'entendent, puisqu'ils veulent si furieusement se perdre; mais avant de vous décider, observez encore quelque temps; peut-être un événement inattendu se produira -t-il. Je m'étonne que l'Électeur de Cologne, votre oncle, ne mette pas plus d'empressement et de zèle à servir une cause qui intéresse tant la Bavière, et jene puis comprendre qu'il demeure presque inactif *. »
Cependant les actes de violence se multipliaient dans les évèchés de Wurzbourg et de Bamberg; les troupes d'Ansbach et du Wurtemberg, après avoir envahi ces évêchésen pleine paix, s'étaient emparés de plus de cinquante localités, et se faisaient exécrer chaque jour davantage. Les pillages, les incendies, les viols étaient des faits quotidiens; les soldats ne respectaient même pas les*
• WoLF Maximilian, t. II, pp. 549-550.