ÉTATS DE MUNICH. IGIO
propriétés des princes souverains; ils allèrent jusqu'à s'emparer d'une voiture qui portait à Munich les contributions en argent de l'évêiue de Wnrzbourg. Le margrave de Bade rançonna les populations de rarclievêclié de Mayence. et les ambassadeurs envoyés par l'Électeur furent jetés en prison *.
A la suite de ces événements, Maximilicn convoqua ses alliés à Munich et les invita à réfléchir sur les moyens à prendre pour secourir les membres d'Empire catholiques opprimés par TUnion.et prévenir de plus grandes catastrophes. Les délégués des Élect(;urs ecclésiastiques, des évoques de Wurzbourg, de Passau, d'Augsbourg et de Spire, et ceux des prélats de Souabe, voulaient d'abord prendre fait et cause pour les opprimés du Juliers; mais ils changèrent d'avis en comprenant que la ligue catholique était trop faible pour se mesurer avec ses adversaires; ils proposèrent donc d'envoyer aux Unis une ambassade chargée de leur faire de sérieuses remontrances sur les faits (jui venaient de se passer; mais « en termes modérés, en prenant bien garde de dépasser la mesure )). La Bavière objecta qu'un tel remède serait peu efficace, et que si l'on se décidait à une ambassade, il faudrait, au contraire, faire savoir aux Unis que la ligue était décidée à repousserla violence par la violence, que si elle n'avait pas d'argent elle suivrait l'exemple donné par les Protestants, et ferait des emprunts; que les Catholiques exposeraient tout ce qu'ils possédaient, car maintenant, sentant l'imminence du péril, ils étaient résolus à faire tout ce qu'exigeait la pressante nécessité. » Mais pour souscrire à un tel message les délégués des princes catholiques prétendirent n'avoir pas reçu d'instructions suffisantes.
Maximilien affirma de nouveau que des sacrifices étaient nécessaires, que, sans quehjue travail, dépense, incommodité, rien ne pourrait réussir; qu'on ne surmonterait jamais celle épreuve, qu'on n'arrêterait pas les attentats des Calvinistes si l'on ne se décidaità faire davantage : «Une fois pour tontes, »dit-il, « les évêqncs doivent se résoudre à donner la moitié de leur revenu, s'ils ne veulent se voir bientôt forcés d'abandonner le tout à l'ennemi ; si l'évêque de Wurzbourg avait employé à sa défense tout l'argent que les troupes du Wurtemberg et d'Ansbach viennent de lui prendre, il aurait depuis longtemps chassé les oppresseurs, et qui sait jusqu'où? Mais malheureusement la plupart de nos évêqucs ne sont pas disj)Osés à agir vigoureusement, et pourtant, en prenant les ' armes, ils ne feraient qu'user du droit de légitime défense. Il faut
• WoLF, t. II, pp. üüO-jol. Schreiber, p. 140.
LA LIGUK CATHOLIQUK SE FORTIFIF.. 1()10. G.jD
se décider pour tout de bon, à enrôler cavaliers et fantassins, et répondre à la force par la force: les nôtres aiment mieux écrire et parlementer que combattre; ils me laissent tout le fardeau, s'imaginaiit que, grâce à mon crédit auprès des Protestants, je pourrai les sauver de tout péril. Si jamais je suis moi-même attaqué, j'aurai peu ou point de secours à attendre de pareils amis 1 ! »
L'apathie des princes catholiques le décida à se retirer. Il fit dire le 22 mai aux délégués de ses « adjoints », réunis à Munich, que comme l'Espagne et le Pape ne promettaient leur appui que dans le cas où la Maison d'Autriche aurait la première autorité dans la ligue, il croyait de son devoir de céder la place aux princes de Habsbourg. C'était, selon lui, l'unique moyen de faire disparaître, les méfiances dont il était l'objet, comme s'il eût été l'ennemi de cette Maison, comme s'il se fût rangé parmi ses adversaires. La France n'avait proposé aux princes protestants d'offrir la couronne impériale aux Wittelsbach de Bavière, que dans l'espoir d'exciter si bien les mutuelles méfiances de la Bavière et de l'Autriche que l'une de ces deux puissances se jetât sur l'autre. Toute pensée de ressentiment était loin de son cœur; en se retirant, il restait prêt à tout sacrifier pour les intérêts catholiques. Au reste, il recommandait à tous de tenir secret son dessein, de peur que les adversaires n'en tirassent profit -.
Ce ne fut que sur les pressantes instances des délégués que Maxiniilien consentit à garder le suprême commandement jusqu'à l'assemblée générale de la ligue, c'est-à-dire pendant six semaines encore. Instruite de sa résolution, l'Espagne se décida à modifier les conditions qu'elle avait d'abord posées. Le 14 août, un accord fut conclu : Philippe II s'engageait à fournir annuellement 30,000 ducats à la seule condition que l'archiduc Ferdinand, avec le titre de co-directeur et de général en chef, représenterait le roi d'Espagne, et prendrait part à toutes les délibérations ^\
L'envahissement du territoire de Strasbourg décida enfin l'Electeur de Mayence à montrer plus d'énergie. Au début.par toutes sortes d'échappatoires, il s'était efforcé de retarder les États de la Ligue. Maximilien avait écrit alors à ses ambassadeurs à Prague : « Nous ne pouvons assez nous étonner de l'extrême apathie des membres
' Instruction de Maximilien pour Joachim de Donnersberg, 26 juin 1610. Voy, WoLF, t. II, pp. 566-568, 571-572.
* WoLF, t. II, pp. 534-557. Schreiber, pp. 147-149.
' Pour plus de détails sur les négociations avec l'Espagne, le Pape et les princes italiens, voy. Cornf.uu:,, pp. 29-35, 42-'t4. Gindely,!. II, pp. 50 et suiv., pp. 62-70.