CCO LA LIGUE CAT11ÜL1QUE SE FORTIFIE
ecclésiastiques, car non seulement les attentats commis par les Protestants depuis de longues années les concernent et leur sautent aux yeux, mais ce qui vient de se passer dans l'évèché de Strasbourg n'est évidemment que le prélude de ce qui se passera bientôt à Wurzbourg et à Bamberg, et montre bien (juc peu à peu les Protestants veulent accaparer et conlisquer tous les évêchés qui nous restent encore; par conséquent, les terres et les gens des évoques^ leurs personnes mômes, leurs charges, leurs dignités, tout ce qui leur appartient, est pour le moment dans le plus extrême péril. » (( Notre bien-aimé Irère l'Électeur de Cologne nous écrit piteusement qu'il craint de perdre son archevêché. Le roi Mathias a réussi, par la menace et la violence, à forcer l'Empereur, à Prague même et dans son propre palais, de souscrire à toutes ses réclamations, et les Protestants espèrent introduire bientôt daiLs tout l'Empire romain leur domination et leur culte. » « Si l'Électeur de Mayence persiste à ne vouloir combattre l'ennemi qu'avec des lettres et du papier, ijcus protestons devant Dieu et devant les hommes qu'en cas de malheur toute la respoiisabilité des faits accomplis ne devra pas retomber sur nous. Jusqu'à ce jour, sans qu'aucun intérêt personnel ait inspiré nos actes^ nous avons déjà beaucoup fait pour la bonne cause, n'épargnant pas nos peines, aidant surtout ceux dont le devoir le plus sacré eût été d'exposer tout ce qui leur appartient pour le salut de l'Église Catholique. L'inconcevable indifférence des princes ecclésiastiques nous force enfin à nous retirer et à déposer le suprême commandement. »
Mais les temps étaient changés, et l'Électeur de Mayence était maintenant prêt à accorder tout ce que le duc jugerait nécessaire à la défense des Catholiques. Aux États de Munich Je 22 août, on prit à l'unanimité la résolution d'enrôler à frais communs une armée de 15.000 hommes de pied et, de 4,000 cavaliers, et de plus, en cas de pressant péril, un régiment de lansquenets. Jean Tserclaes, seigneur de Tilly, fut élu maréchal de camp. Le 7 septembre, les confédérés envoyèrent un message à l'Union pour lui reprocher les attentats commis dans les évêchés catholiques. Ils demandaient le prompt licenciement des troupes, et de fortes indemnités pour les pertes subies *.
C'était la première fois que les Catholiques agissaient avec cette vigueur, réclamaient le respect dû à leur droit, et, par de sérieux préparatifs militaires, donnaient un sens à leurs paroles. En Bavière surtout, on se préparait avec ardeur à la lutte.
i WoLF, t. H, pp. 6ÛJ-630,
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Le résultat fut heureux. L'Union, dont les négociations avec « les potentats étrangers » n'avaient pas encore abouti, se crut sage de remettre à plus tard la réalisation de ses vastes projets. Elle envoya une ambassade à Munich « pour offrir la paix ». Le ü octobre, un accord fut conclu sur la base d'un désarmement mutuel 1. Les troupes des Unis évacuèrent les territoires catholiques. Quant aux indemnités de guerre, il fut décidé qu'on chercherait à les obtenir « plutôt par la douceur que par la violence », et qu'on remettrait à des juges choisis par les plaignants le soin de les fixer. On n'en entendit plus jamais parler.
Maximilien, dans un mémoire adressé à ses collègues, leur exposa les raisons qui Tavaientdécidéà signer cette convention. (f La liguecatholique, » écrivait-il, « n'a été formée que pour la défense, et son but est atteint, puisque les adversaires s'offrent d'eux-mêmes à déposer les armes. Par une guerre offensive, qui démentirait nos premières déclarations, nous mettrions contre nous non seulement les Unis, mais tous les membres protestants de l'Empire, ainsi que leurs confédérés étrangers. » « Le Pape et le roi d'Espagne n'ont pas promis leurs concours pour une guerre offensive, et d'ailleurs nous n'avons pas encore vu leur argent. » « Il faut aussi se rappeler que l'ambassadeur d'Espagne et le nonce ont souvent répété, à Prague, aux ambassadeurs de Cologne et de Bavière, que rien ne serait meilleur ni plus désirable que le rétablissement de la paix et de l'unité par des moyens pacifiques- ».
Ces paroles ne concordaient guère avec lés bruits que les Protestants ne cessaient de répandre sur les prétendus complots des Catholiques. « A Rome, à Madrid^ » répétaient-ils,« on ne songe qu'à exterminer les Évangéliques; on veut noyer l'Allemagne dans le sang. »
Peu de temps après la convention de Munich (octobre 1610), l'Électeur de Mayence, à l'assemblée de Cologne, où les troubles du Juliers devaient être pacifiés à ramiable,fit tous ses efforts pour persuader aux ambassadeurs de Saxe, de Brunswick, de Hesse- Darmstadt, la nécessité d'une alliance entre les membres d'Empire
1 Ritter, t. III, pp. 473-483. Senkenberg, t. XXIII, pp. 301-324. Wolf, t. II, pp. b33-t)0.5.
* i'rsachen and Bewerf g runden warum auf Aufsachen der Unirten protestantischen Churfurslen, Fürsten und Stande wegen Ablegung der WaJ/en der gesuchten Handlung Statt gethan worden. Wolf, t. ll, pp. t)00-664.
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catholiques et. les membres protestants restés lidèles à l'Empereur.
Déjà, au mois d'avril 1610, l'archiduc Leopold avait envoyé un ambassadeur à Christian de Saxe pour lui reprc-senter combien il serait utile, dans le cas plus queprobable d'une attaque calviniste, de réunir, dans un but commun de défense, les membres des deux religions autorisées dans le Saint-Empire, et de former ainsi une coniédération puissante. Il avait proposé que, du côté catholique, Mayenceet la Bavière, du côté luthérien, la Saxe et le Brunswick se missent à la tête de cette ligue, dont l'Empereur serait l'unique chef 1.
Dans le cours de l'été, à l'assemblée princièrede Prague, les Électeurs de Mayence et de Cologne avaient cherché à rallier à cette pensée ])lusieurs membres d'Empire luthériens -. Le vicaire do Mayence et l'Électeur de Cologne avaient remis aux ambassadeurs présents un projetd'union dont voici la substance: « Considérant les ligues qui se sont formées dans l'Empire en dépit des lois exislantautes, les attentats commis contre des membres d'Empire pacifiques, les envahissements des armées étrangères, le cours de la justice arrêté dans tout lEnipire, et autres actes criminels constituant une véritable rébellion contre la Majesté Impériale, les membres dont les signatures suivent se sont ligués, pour le maintien de la paix religieuse et civile. Leur but est d'empêcher les désordres provenant de l'arrêt delà justice et des didérentes manières d'interpréter la paix de religion. Dans le cas où l'un d'eux serait attaqué, ses alliés l'aideraient à repousser l'ennemi, et surtout les agressions de l'étranger. » Deux directeurs, sur Teleclion desquels « on s'entendra amiablemenl », seront mis à la tête de la ligue. Les membres des deux confessions, en se rapprochant, s'engageront par serment à observer lidèlement les articles de la paix de religion et de la paix civile, et à exclure de leur société quiconque agirait contrairement aux dits articles. De plus, ils n'attaqueront personne sous prétexte de religion, fuiront toute calomnie, tout procédé hostile les uns envers les autres, se montreront conciliants en toute occasion, s'en remettant à Dieu de l'apaisement futur des querelles religieuses ; ils promettront dedoüuer à la jeunesse l'instruction chi'étienne sans exciter injure ou calomnie contre la partie adverse; chaque membre s'engagera à interdire en chaire les injures et les invectives, les auditeurs en étant beaucoup plus scandalisés qu'améliorés; tous étaient aussi résolus à défendre sous des peines sévères la publication des
' Ritter, Sachsen, undder JüUcher Erbfolgestreit, p. 51, note 2. * Voy. la lettre du duc de Brunswick à Christian de Saxe (16 déc. 1610). Moser, Patriot. Archiv, t. VI, pp. 477,482. Voy. Ritter, Politik, p. 88, notai.
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pamphlets et des caricatures. Comme la ligue avait pour seul et unique but le maintien de l'autorité impériale, de la paix de religion, des lois et de la justice, et la défense légitime contre des agressions iniques, ses membres suppliaient l'Empereur de l'approuver et de lui donner sa sanction^.
« Si cette ligue eût été organisé« plus tôt, »disait avec amertume l'Électeur de Mayence au milieu des horreurs de la guerre de Trente ans, « bien des crimes eussent été évités, et les potentats de l'étranger n'auraient pas acquis dans l'Empire tant de territoires et tant de puissances ^. »
Les ambassadeurs de Saxe appuyèrent près de l'Électeur Christian le projet d'une ligue des membres des deux religions. Les plénipotentiaires de Saxe-Cobourg, du Brunswick et de Hesse-Darmstadt déclarèrent n'y avoir aucune objection. On parlait beaucoup, dirent-ils, des complots du Pape et des Jésuites : mais ici on n'avait affaire qu'à des princes allemands qui, depuis la paix d'Augsbourg, n'avaient jamais attaqué aucun membre d'Empire sous prétexte de religion, et s'engageaient de nouveau par serment à vivre paciliquement; on pouvait donc leur témoigner une entière confiance^. Le landgrave de Hesse-Darmstadt voulait donner de suite son adhésion ; après s'être entretenu avec Jean Schweikart, il chargea l'un de ses agents diplomatiques de décider Francfort à suivre son exemple^. Christian II remit ses pleins pouvoirs à son frère Jean- Casimir, duc de Saxe-Cobourg, pour de plus amples pourparlers avec Mayence. Il était impossible, écrivait-il, de rester dans la neutralité dans les temps périlleux que traversait l'Empire; si l'on ne voulait s'exposer aux plus irrémédiables maux, il fallait chercher autour de soi de bons amis, et ces amis, on avait surtout chance de les trouver parmi ceux auxquels le maintien de l'autorité impériale, le respect des lois et la paix de l'Empire étaient chers. Mieux valait s'associera ceux-là qu'avec les ambitieux qui ne rêvaient que l'abolition de la constitution, qui n'honoraient l'Empereur que des lèvres, qui l'insultaient par leurs actes, et prétendaient s'affranchir envers lui de toute obéissance. En vertu des pleins pouvoirs qui lui avaientété confiés, Jean-Casimir déclara à l'Électeur de Mayence que toute la Maison de Saxe était prête à entrer dans la ligue projetée, ajoutant que lorsqu'on se déciderait à réunir tous ceux qui désiraient en faire partie, il faudrait en prévenir à temps les princes
* Senkenberg, t. XXIII, pp. 338-345.
* Etliche Legationen bei Maine und Trier. (1625), p. 17.
* Senkenberg, t. XXIIl, p. 338.
* Senkenberg, t. XXIU, p. 346.
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de Saxe, afin qu'ils pussent y envoyer leurs ambassadeurs ^ Mais en mars 4611, au moment oîi les organisateurs de la ligue se disposaient à envoyer des lettres de convocaticn, l'Electeur de Saxe, influencé par le duc Henri-Jules de Brunswick -, redevint hésitant, et fit dire à Mayence qu'il approuvait toujours comme précédemment la ligue catholique, mais qu'il trouvait que la neutralité observée jusque-là par la Maison de Saxe avait été, en résumé, aussi avantageuse à l'Empire qu'aux Catholiques, et que, pour cette raison, il trouvait plus sage de ne pas se hâter 3.
Au moment où la Saxe, le 9 avril 1611, donnait cette réponse, les événements de Bohême décidaient Rodolphe à se joindre à l'Union protestante. M
» WoLF, t. III, pp. 21-24.
* Voy. la lettre citée p. 662, note 2.
3 Senkenberg, t. XXIII, pp. 347-349.