ACCUSATIOMS PORTÉES CONTRE LES JÉSUITES
le peuple furieux jura de mettre à mort « ces prêtres sanguinaires, pour l'exemple et l'effroi de tous les traîtres de leur espèce ». Environ 3,000 hommes se ruèrent sur le collège; mais la cavalerie des États de Bohême était casernée dans le voisinage; elle était commandée par l'utraquiste Georges de Wratislav, qui avait été élevé chez les Jésuites. Plein de reconnaissance et de respect pour ses anciens maîtres, il résolut de les sauver. L'utraquiste Wenzel de Kinsky, bien qu'hostile aux Catholiques, seconda ses efforts ; une garnison permanente fut placée dans le collège, et les Pères échappèrent au péril qui les menaçait. Un seul fut jeté dans la Moldau ; à tout prix, il avait fallu assouvir la fureur de la populace surexcitée au plus haut point par les prédicants et par les libelles qu'on avait répandus à profusion dans la ville. Espérant calmer le peuple, les membres d'Empire prolestants ordonnèrent que trois perquisitions minutieuses fussent opérées dans le collège ; ils en firent connaître les résultats dans un mémoire signé de Henri-Mathias de Thurn, d'Adam de Sternberg, de Jean de Bubna et d'autres « directeurs ». « Gomme à plusieurs reprises, » disait ce mémoire, « on a répandu d'indignes calomnies contre les dignes Pères et la Compagnie de Jésus, comme on a prétendu que dans leur maison ils avaient caché une très grande quantité de munitions de guerre, un nombre considérable de soldats, préparant, pour un moment donné, des attentats criminels contre notre cité et contre la patrie, nous avons, avec la plus grande diligence, fait visiter trois fois tout le collège et toutes les chambres; voûtes, caves, souterrains, clocher, tout a été inspecté et fouillé par des personnes dignes detoute confiance, choisies par nous à cet efïét dans les trois classes du royaume, seigneurs, chevaliers et bourgeois, ou par les officiers désignés par eux ; mais nous n'avons trouvé ni armes, ni poudre, ni aucun engin de guerre, encore moins de soldats, et [ nous avons constaté d'une manière très certaine que les dignes Pères ont été calomniés par des ennemis acharnés à les perdre, contre toute équité chrétienne; nous déclarons donc que les Jésuites sont entièrement innocents des crimes qu'on leur impute *. »
pamphlet originairement composé en latin et traduit plus tard en allemand par les soins des prédicants d'Augsbourg, voy. t. XI, pp. 8J6-82S.
' Date du 23 sept. 1611. Voy. Londorp, Acla publ., t. I, pp. 4'~î4-485, Gretser, t. XI, p. 862. Voy. dans Gretser (t. XI, pp. 863-864) la lettre du P. Georges Sturm (11 juin 1611) sur lafaçondoiit les perquisitions furent opérées dans le couvent. * Voy. aussi Krebs, Piiblicistik, pp. 57 et suiv. Les calomnies dont nous avons parlé furent répandues dans le peuple au moyen de chansons satiriques. On ht dans le « Chant nouveau et plaisant sur l'année de Passau » (1611) à propos des Jésuites :
Ou a trouvé dans leur couvent
670 CALOMNIES RÉPANDUES CONTIIK LES JÉSUITES. HHi.
Ce document officiel, signé parles « directeurs protestants » servit peu les Jésuites. On lit dans un pamphlet publié peu de temps après : « Ce que Cambilhon a déclaré au sujet du collège de Prague est parfaitement exact; les perquisitions ordonnées par le conseil l'ont bien prouvé. » Bientôt on répandit le bruit <* que dans les nids et repaires que les Jésuites habitaient dans les grandes villes on avait découvert quantité d'armes, d'épées, une quantité prodigieuse de munitions de guerre : « Ce qui a été prouvé avec évidence à Prague après une perquisition consciencieuse, on ne pourrait le nier davantage en d'autres villes, si seulement on voulait fouiller avec soin les repaires de ces démons ^ »
L'Empereur avait d'abord soutenu qu'il était innocent des actes de l'armée de Passau ; mais lorsque les troupes parurent à'^Prague, il déclara qu'elles l'avaient très fidèlement servi, qu'il était leur chef suprême et que le soin de mettre le royaume en sécurité le regardait seul. Au moment des forfaits de Prague, alors que des hordes de brigands jetaient la terreur dans tout le voisinage et que les paysans couraient aux armes pour se venger des seigneurs, qu'ils accusaient d'être la cause de tous leurs maux, lorsque le bruit se répandit que Mathias accourait au secours de la vieille cité avec des forces considérables, Rodolphe changea encore une fois de langage, et, sur la demande des membres d'Empire protestants, il fit enrôler des troupes pour repousser « les envahisseurs de Passau ». Ceux-ci furent licenciés, et se retirèrent le 11 mars après avoir reçu leur solde.
Mais le même jour les membres protestants de Bohême offraient à Mathias la couronne de Bohême et le suppliaient de les défendre contre Rodolphe, Au moment de l'invasion de l'Autriche par l'armée de Passau, Mathias avait demandé aide et secours à l'Électeur pala-
Dc quoi équipei' des centaines d'hommes !
C'est Leopold qui a fait cacher ces armes
Sur les instances des Jésuites !
On a trouvé également
fjnviron vingt tonneaux de poudre.
Avec lesquelles Jésuites voulaient massacrer
Tous les chrétiens de la ville.
Communiqué par H. Pallmanx dans les Mittheilnnqen des Vereins für Gesch. und Alierskiinde in Francfort am Mein, t. VI, p. 146. Une autre chanson raconte (p. 141) qu'à Prague, en 1611, « un grand nombre de pieux chrétiens ont été perfidement mis à mort ».
Les Jésuites, eux aussi, Sont maîtres dans l'art de l'.issassinat. On peut le prouver à tout le monde Par les ai-raes si nombreuses Qu'on a découvertes dans leurs repaires d'idoles. Aussi se sont-ils hâtés de quitter secrètement la ville. * Aiijenscheinlicher Beweis, f. 3», c. Voy. plus haut, p. .566 et p. 603, note 2, les récits de Lonner et de Riidinger.
MATHIAS PROCLAME HOI EN BOHEME. SITUATION CRUELLE DE L EMPEREUR f.71
tin et à l'Union : sur le conseil de Charles do Zierotin, il avait noué des relations avec les chefs protestants de Bohême, et il avait su les tourncrcontre TEmpereur, qui n'attendait, disait-il, qu'une occasion favorable pour annuler la lettre de Majesté et anéantir toutes les libertésdu royaume; tandisque lui, Mathias, n'avait jamais manqué à sa parole, et mourrait plutôt que de la violer. Parti le 8 mars de Vienne, il arriva le 15 à Iglau, où les délégués des États de Bohême l'acclamèrent. Le général Schönberg lui offrit l'appui de l'Union, et Mathias fut si prodigue de promesses que Zierotin et quelques chefs de parti protestants de son entourage dirent à Schönberg : « Le triomphe du Protestantisme en Autriche est désormais certain. »
Pendant ce temps, l'Empereur était traité en prisonnier par les nobles de Bohême. Les ambassadeurs de Mayencc et de Saxe étant intervenus pour obtenir de meilleurs procédés envers le chef de l'Empire, il leur fut répondu « que, si les Électeurs le désiraient, on était prêt à leur envoyer l'Empereur d'Allemagne et l'Électeur de Bohême dans le même sac. »
Livré à ses propres inspirations, destitué de tout secours, Rodolphe fitsavoiràson frère qu'il verrait sans déplaisir son arrivée en Bohême. Le 24 mars, Mathias entra en triomphateur à Prague, et les États s'assemblèrent pour décréter son élévation au trône. Rodolphe se vit contraint d'abdiquer. On rapporte qu'il ne put retenir un juron énergique lorsqu'il lui fallut signer l'acte d'abdication, et qu'il mordit avec colère la plume dont il allait se servir. Le 23 mai, jour de la Pentecôte, Mathias fut couronné roi de Bohême, et les États prêtèrent serment. ^.
« Ce qui se passe actuellement, » lit-on dans une lettre adressée à l'archiduc Ferdinand de Styrie, « semble malheureusement avoir plutôt pour but la ruine de la religion catholique que la grandeur de Mathias. L'Empereur est si mal traité par les Bohèmes que même les ennemis de sa Maison ne peuvent s'empêcher de le plaindre. En vérité,on peut dire que ni lui, ni le roi Mathias ne sont ici les maîtres : le premier fauteur de trouble qui se présentera l'emportera sur eux ; une guerre terrible finira par sortir de tout ceci ^ »,
L'Électeur deMayence disait que la manière indigne dont le chef de l'Empire était traité était une honte pour l'Allemagne. On allait jusqu'à refuser à Rodolphe la liberté d'aller et de venir librement, mandait Schweikart le 24 mai à l'archiduc Albert,à Bruxelles; sa vie même n'était pas en sûreté; si l'on gardait plus longtemps le silence
' Pour plus de détails, voy. Gindely, t. JI, pp. 243-309. Chlcmeckt, t. I, pp. 710- 760. HuRTER, t. III, pp. 423, 529.
- HuRTER, t. YI, p. 502.
6-2 l'empereur et LE ROI MATHIAS EN RELATIONS AVEC l'uNION. <611.
sur de semblables iniquités, si l'on ne se méfiait de certains conseils perfides, bientôt il ne s'agirait certainement plus de Sa Majesté seulement, et les complots ourdis dans l'ombre depuis tant d'années feraient explosion avec une telle violence que peut-être alors, quelque désir qu'on en eût, on ne serait plus assez fort pour s'en rendre maître, a Car ainsi que nous en sommes informés, » ajoutait Scliweikart, « ces choses ne sont pas seulement dirigées et poursuivies par les Bohèmes, mais par l'étranger, et l'on prétend que les États-Généraux ont des délégués à Prague, que ce sont eux qui ont préparé ce qui s'est passé, et peut-être plus encore. S'il en est ainsi, les potentats cathohques,dans l'Empire et à l'étranger, feront bien d'être sur leurs gardes i. »
Mais l'Empereur lui-même préparait de nouveaux embarras aux princes catholiques. Peu de temps après avoir abdiqué en Bohême, il s'était empressé de déclarer qu'il regardait comme nul un acte qui lui avait été arraché par la nécessité et la violence. Maintenant, il n'avait plus qu'une pensée, détrôner son frère avec le secours de l'Union. Ses anciens conseillers avaient perdu toute influence sur son esprit; plus que jamais, les courtisans, les peintres, les alchimistes étaient au comble de la faveur. Rucky et Hastal se livraient impunément auprès de lui à de honteuses malversations, ainsi que ses secrétaires Wacker et Härtl, tous deux à la solde de l'Électeur palatin. Mais « le véritable favori de l'Empereur j> c'était l'agent anglais Gunderot, aventurier cupide qui, depuis de longues années, entretenait des relations secrètes avec Christian d'Anhalt et l'union. Par sou entremise, Rodolphe, vers la fin de juin, fit savoir à Christian et au margrave d'Anhalt qu'il désirait l'appui de l'Union; qu'elle lui semblait indispensable à la sécurité et à l'honneur de l'Empire; que la révolution de Bohême avait été provoquée par l'Espagne et par le Pape; que Mathias était sous l'influence de conseillers papistes et voulait renouveler dans l'Empire ce qui se passait àGratz. L'Empereur était si abandonné qu'il priait les deux princes de vouloir bien venir le trouvera Prague; telle était son humiliation qu'il ne pouvait même plus entendre prononcer le nom de sa Maison. En août, Rodolphe envoya une ambassade à Rothenbourg, où les Unis s'étaient rassemblés, implorant de nouveau leur assistance '^.
Mathias, lui aussi, avait envoyé une ambassade à Rothenbourg^, Pour obtenir la couronne impériale, il avait, dès le 3 février, écrit
' Voy. V. llôeLER, Fränkische Stadien, pp. 280-283.
^GixDELY, t. II, pp. 310 et suiv. « Chlumecky,!. I, pp. 778 et suiv. Ritter, Poli, tik nnd Geschichte der Union, pp. lUiî, 147-140. * Ritter, Politik, pp. 14ü-lo0.
ASSEMBLÉE DE NUREMBERG. l6ll. 673
au duc de Wurtemberg « qu'il était disposé à faire tout ce qui semblerait utile aux Électeurs et princes unis pour maintenir la paix et la prospérité dans le Saint-Empire; ce qu'il avait encore à leur dire, ajoutait-il, il ne pouvait le confier au papier. L'Électeur de Mayence disait le 2 avril : « On m'assure que le roi Mathias et l'Union font maintenant cause commune; il sera plaisantde voir qui des deux dupera l'autre! » Au mois de juillet, les conseillers du duc de Wurtemberg déclaraient qu'à leur avis Mathias était le prétendant le mieux qualifie pour succéder à Rodolphe sur le trône impérial *.
La question de la succession au trône allait être discutée à Nuremberg où les Électeurs devaient se réunir.
(( L'assemblée de Nuremberg fut très fraternelle et cordiale; les seigneurs Électeurs et princes oublièrent un moment peines et soucis, délibérèrent beaucoup, et se réjouirent bravement, parmi de grands banquets et de vaillantes orgies. »
Les trois Électeurs ecclésiasti(|ues et le nouvel Électeur de Saxe, Jean-Georges, frère et successeur de Christian II, mort au mois do juillet précédent, étaient présents. Jean-Sigismond de Brandebourg s'était fait représenter, et, grâce aux elï'orts do Jean Schweikart, le duc Jean de Deux-Ponts, administrateui' du Palatinat, avait été admis au collège électoral. Mathias, en sa (jualité de roi de Bohême, ht solliciter son admission par une brillante ambassade, chargée de travailler en même temps à sa future élection. A la tête de cette ambassade était l'évêque Melchoir Klesl, qui soutint les intérêts de son maître « avec tant d'atlabilité et de bonne grâce que tous en furent émerveillés )>. « Ce prêtre a la langue bien déliée, » dit un jour Jean-Georges de Saxe; « une langue de ce genre happe facilement les morceaux qu'elle convoite. »
Le jour où Klesl fit son entrée à Nuremberg, et toutes les fois qu'il sortit en voiture, il fut hué et bafoué par la populace. Comme il était fils d'un boulanger, on ne l'appelait que « le mitron » ; un jour, quelques compagnons chaudronniers dirent tout haut que « s'ils rencontraient ce mitron dans les rues, ils lui moudraient proprement sa farine ». Un moine qui faisait partie de sa suite était l'objet de l'exécration publique; on le regardait comme un
Ritter, Politik, p. 103, note 1, p. 111 et note 1.
fi74 ASSEMBLÉE KLRCTORALR DE NUREMBERG. 1611.
monstre. Le conseil ayant ordonné à un arquebusier nommé Wolf Teufel * de se tenir constamment devant la porto de Klesl en claquant son fouet pour empêcher les attroupements, un chroniqueur écrivait : « Le diable en personne a été le protecteur et Je père spirituel de l'évéque et de son moine aussi longtemps qu'ils ontété parmi nous. » L'Électeur de Mayence, vieillard vénérable, fut un jour insulté en pleine rue. Sur son passage, on entendait dire tout haut : « Race de prêtres, puisse le diable l'emporter! » Luthériens et Calvinistes s'insultaient dans les rues, « et c'était une vie vraiment sauvage, d'autant plus que les princes et leur suite formaient un total de plus de 2.000 personnes^ et que les habitants de Nuremberg se souciaient tout aussi peu que les étrangers des sages ordonnances du conseil». Un prédicant qui avait coutume « de donner au diable dans le même paquet papistes et calvinistes reçut du Conseil l'ordre de s'abstenir « de toute parole sarcastique ou insolente ', de ne plus traiter ses adversaires d'hérétiques, et de ne pas les damner à tout propos ».Les sacristains furent chargés « de veiller sur les étrangers dans les églises, de chasser les chiens et de tenir les chaises propres ». Le cantique :
Maintiens-nous, Seiçneur, dans ta sainte parole Et délivre-nous du Pape et du turc homicide,
fut interdit pendant la session. Mais on ne put empêcher les prédicants de parler sans cesse de massacres, d'impudicité calviniste ou papiste, d'hérésie ou de damnation. « Pendant que les princes prenaient part à de fraternels banquets, leurs prédicants s'évertuaient à défendre la pure doctrine ». Le chapelain de l'Électeur de Saxe, Daniel Hanisch, entreprit en chaire une campagne vigoureuse contre les papistes et les Calvinistes. « Aussi voyait-on se presser autour de sa chaire une grande affluence de personnes de toute condition, avides d'entendre sa parole. » « 11 fallait souvent venir à Féglise deux heures à l'avance pour être assuré de bien entendre; mais aussi, on s'en retournait tout consolé chez soi. » « Et comme le Palatinat et la Saxe étaient assis tout proches l'un de l'autre, de temps en temps, le prédicateur s'enhardissait, et lançait quelque flèche au Palatinat, disant par
' Teufel, signifie démon en allemand.
* Voy. Steitz, Konigstein's Tagebuch. (Francfort. J876), p. 42, note.
ASSEMBLÉE ÉLECTORALE^ DE NUREMBERG. IGll. 675
exemple : « La j doctrine mainteDant toute proche de nous, etc. » L'administrateur du Palatinat se plaignit, et Jean-Georges voulut modérer le zèle de son prédicant; mais celui-ci ne s'en montra que plus hardi. Le délégué de Brème se plaignit à son tour, aflirmant que Hanisch avait accusé un prédicant de Brème d'avoir dit en pleine chaire que le jour de l'institution de TEucharistie, Jésus- Christ en prononçant ces paroles : Ceci est mon corps, n'avait pas su au juste ce qu'il disait, n'étant pas entièrement dans son bon sens. De son côté, Barthélemi Pétiscus, prédicant de la cour palatine, ne se faisait pas laute de calomnier et d'injurier. « il distribuait de petits livres, » écrit un chroniqueur de Nuremberg, « dans le but d'introduire chez nous la perverse doctrine de Calvin, et pour se l'aire un parti ». Le conseil ht saisir le petit livre cliez les habitants. Les haines religieuses pénétraient jusque dans les salles de banquet. Deux pages, l'un saxon, l'autre palatin, se querellèrent un jour pendant un repas où tous deux servaient, à propos de la manière dont on doit réciter le Pater. ;( Ils en vinrent aux niains sous les yeux des Électeurs et seigneurs; ceux-ci se contentèrent d'en rire, ne hrent point cesser le combat, et les pages ne unirent la bataille que lorsqu'ils furent à bout do forces. »
'( Les seigneurs passaient la plus grande partie du jour à table; leurs repas étaient en général trop abondants et fort dispendieux. » Chez l'Electeur de Saxe, on resta un jour à lal)le sept heures de suite. Joachim-Ernest d'Ansbach lit servir dans un banquet jus({u'à cent quatre plats, sans compter les pièces d'apparat,d'un prix exorbitant, qu'il avait fait venir d'Augsbourg. Plus fastueuse encore fut la réception de l'Électeur de Cologne, liien que pour une collation, il avait fait venir d'Anvers cent vingt-quatre plats de pâtisseries, qui ne lui coûteraient pas moins de loOÛ couronnes. A un banquet donné par l'administrateur palatin, les vins de première cuvée des précieux crus du Rhin produisirent leur plein ettet sur les convives, et le lendemain les Électeurs, retenus par les suites de leur intempérance, furent incapables de paraître au conseil. « De tels excès, » écrit un chroniqueur, « sont en complet désaccord avec la Bulle d'or, qui défend sous les peines les plus sévères des festins si extravagants ».
Avant les séances, les seigneurs, pour se donner des forces, se faisaient servir du Malvoisie, des vins du Rhin, des gâteaux, des confitures, etc. Cette « soupe matinale » ne coûtait pas moins de 2U0 florins par jour.
L'assemblée électorale dura quatre semaines. Il fut décidé qu'au mois de mai suivant la Diète d'élection aurait lieu à Francfort, et