ASSEMBLÉE DE LA LIGUE CATHOLIQUE
sormais impossible aux scribes, aux mécontents des deux partis de représenter la paix non comme un contrat perpétuel, mais comme un expédient temporaire. Il sera de plus nécessaire de stipuler dans le recez de la Diète que ce renouvellement ne pourra devenir pour personne un sujet de contestation, ni donner occasion à aucune rupture de la paix.
II. — Selon la tradition constante, rien ne sera décidé aux Diète d'Empire et aux assemblées de députés dans toutes les questions qui intéressent l'état et la religion qu'à la majorité des voix. L'Empereur sera supplié de ne pas céder aux réclamations qui pourront être élevées sur ce sujet par les Protestants. Sur ce point important, il sera nécessaire que l'Empereur et les membres catholiques se tiennent unis et soutiennent avec énergie les louables usages et traditions du passé. En eiïet, si Ton ne devait plus avoir égard aux décisions de la majorité dans les assemblées, il n'y aurait plus aucun moyen de mettre fin aux disputes, et de réconcilier entre eux les membres des diverses religions; l'Empire tomberait dans une confusion toujours plus lamentable, et, au bout de peu de temps, pencherait vers la ruine.
III. — Les détenteurs actuels des évêchés et archevêchés confisqués depuis la paix de religion ne pourront jamais être considérés par les membres catholiques comme des propriétaires légitimes; jamais ils ne leurconcéderont le siège et la voix dans les assemblées. L'Empereur serasupplié de repousser avec fermeté toute proposition contraire.
IV. — Les enquêtes de la Chambre-Impériale, y compris les procès des Quatre Couvents, devront être reprises. On ne concédera rien aux Protestants sur cet article. Ils veulent l'abolition de ces procès, ils entendant annuler d'avance les plaintes légitimes des Catholiques opprimés, se frayer la voie aux charges ecclésiastiques et aux abbayes encore en la possession des Catholiques, et leur ravir ainsi la jouissance de leursdroits et les bénéfices de la paix de religion. Il est impossible de les laisser faire.
V. — Relativement à la juridiction impériale que les Protestants contestent, et à la concurrence du Conseil aulique et de la Chambre Impériale, on ne peut douter que l'Empereur lui-même ne fasse respecter ses droits et ne défende le fondement même de son autorité suprême contre de déraisonnables exigences. 11 importe aussi grandement aux membres catholiques que l'Empereur soit reconnu universellement comme étant la source dont toute justice émane, et que chacun avoue et reconnaisse que son autorité juridique est au-dessus des arrêts et sentences de la Chambre Impériale. Les mem-
ASSE>inLKF. nïï.S MFMHRRS DF LA l.inTK rAlHOMQUE- 1612.
brcs catholiques travailleront de tonte leur force à faire respecter dans leur intégrité ses prérogatives et ses droits.
Mais surtout les Catholiques sont déterminés à délendrc la paix publique et religieuse et la constitution; ils s'uniront rtroiteinent pour éviter la violence qui les menace, ils exposeront pour la bonne cause leurs biens et leurs vies. Pour ce but de défense, tout membre, avant mémo l'ouverture des séances, devra remettre vingt-cinq mois romains aux chefs de la ligue, et dans le cas où, contre toute attente, la guerre deviendrait inévitable avant même l'ouverture de la Diète, ils ajouteront dix mois de plus à leur offrande, afin que ceux auxquels il appartient de décider sur la question militaire soient assurés d'être réellement soutenus. Si la sédition devenait générale et qu'il fallût adopter un plan de guerre, les Catholiques resteraient indissolublement unis, et sacrifieraient tout ce qui leur appartient. Ils s'y engagent sur leur honneur de prince, et leur parole tient lieu de serment «.
Plusieurs délégués des membres d'Empire catholiques qui no faisaient pas partie de la ligue signèrent ces mâles résolutions. Après leur départ, l'assemblée continua 'ses délibérations jusqu'au 15 mars; à celte date, un second recez fut signé. Les membres de la ligue déclaraient s'en remettre entièrement à leurs chefs Equant aux relations à établir en cas de nécessité avec la France, la Lorraine, la Savoie et quelques princes italiens afin d'en obtenir du secours- Ils se promettaient de réclamer de nouveau l'assistance du Pape et du roi d'Espagne. Dans le cas où les confédérés suisses non catholiques se^joindraient à l'Union protestante, ils convinrent de charger l'évêque de Constance de décider les suisses catholiques à attaquer les suisses protestants dans leur propre pays -.
Peu de temps après l'assemblée de Francfort, les Unis se réunirent à Rothenbourg, où, dès le 10 janvier, l'administrateur palatin les avait invités à se rendre. Il s'agissait de s'entendre sur la conduite à tenir pendant la Diète. Il fut décidé à l'unanimité qu'on maintiendrait la confédération, même si les Catholiques s'engageaient à dissoudre la leur. Par l'intermédiaire de Bade et de Strasbourg, on se promit de négocier avec les Suisses touchant une 'alliance plus étroite, d'entretenir une correspondance active avec les membres d'Empire de Bohême et de Moravie, de n'accorder, dans les domaines protestants, aucune permission d'enrôlement ou avantage quelconque à la partie adverse; de continuer « la correspondance » avec Venise, et de prier le roi d'Angleterre, qui déjà s'était déclaré
* Voy. le recez de l'assemblée de Francfort daos Stumpf, Beitrage, pp. 22-39. -Wolf, Ma.vimiUan, t. III, pp, 362-3Ü8.
ASSEMBLÉE PROTESTANTE A ROTHENBOURG. 1613. 69a
en faveur des Unis, de s'employer auprès de la Suède et du Danemark, « afin que la religion évangélique pût s'affermir et se stabiliser davantage, surtout en Allemagne. » Pour obtenir, parmi les Évangéliques« une harmonie plus parfaite,« les Unis invitèrent encore une fois l'Électeur de Saxe, le duc Henri-Jules de Brunswick et le landgrave Louis de Hesse-Darmstadt à se joindre à eux. « Il nous est d'autant plus indispensable de nous fondre en un seul tout,» disaient-ils, « que l:i ligue papiste se fortifie tous les jours, et qu'on n'est que trop averti de ses perfides complots par l'assemblée do Francfort et par l'alliance des Catholiques avec le Pape et l'Espagne, alliance dont on a reçu des nouvelles certaines K » Mais les princes protestants dont on sollicitait l'adhésion ne répondirent point aux avances qui leur étaient faites -. A plusieurs reprises, on pressa la ville libre de Francfort de se joindre à l'Union ; elle persista toujours à garder la neutralité, redoutant, disait-elle, les funestes conséquences des ligues. Le conseil était persuadé ou que les choses pourraient s'arranger de manière à rendre toute confédération inutile, qu'on en reviendrait aux anciennes et équitables lois et constitutions de l'Empire et des cercles, ou qu'aucune paix véritable ne pourrait être obtenue, et qu'on n'en pourrait
• Senkenberg, t. XXIII, pp. 5*7-349.
' Déjà, en 1610, lo landgrave Maurice de Hesse-Cassel avait ençagé le landgrave Louis de Ilesse-Darrnsladt à se joindre à l'Union; mais Louis avait répondu à ses instances par un refus, a Les membres iL'Empire calvinistci», » écrivait Philipjie h. Louis vers le milieu de janvier lull), «aspirent depuis lontytemps à bénéficier de la pai.v civile et reliïïjieuse d'Aug'sbonrg'; ils voudraient voir leurs corelijjionnaires siéger au Conseil aulique, aussi bien qu'à la Chambre Impériale. C'est là un des buts poursuivis par leur Union. Il Faut donc se garder d'augmenter ses ressources, car elle entrave ks [)rogrès de la pure religion. De plus il n'est pas douteu.x que les membres d'Empire catholiques, voyant que cette ligue réunit les luthériens aux calvinistes, refuseront d'accepter plus longtemps la paix de religion d'Augsbourg, conclue cntr'eux et les seuls luthériens, et l'on ne , saurait les en blâmer. Ainsi se trouverait annulée cette paix religieuse que nous avions élablie à perpétuité. De plus, su joindre aux Unis serait préparer de lourdes charges aux terres de Hesse, car il faudra leur fournir des troupes et de l'argent. Ceux qui ont mêlé à nos aflaires l'étranger, qui ont demande secours aux potentats voisins, et se sont alliés à eux, s'en sont toujours très mal trouvés ; l'Allemagne en a fait l'expérience il n'y a que peu d'années, car des amis de ce genre ne veulent pas, comme ou dit, avoir gardé pour rien le saint sépulcre. Outre cela je ne vois pas bien l'avantage que le Saint-Empire pourra retirer de l'Union, si, comme cela parait vraisemblable, elle veut attaquer la Majesté Impériale et l'autorité placée par Dieu même au-dessus des membres d'Empire. N'est -il pas écrit : Rendez à l'Empereur ce qui est à l'Empereur, fùt-il un payen ou un infidèle? en effet, au temps du Sauveur, l'Empereur était payeu. Soyons-en persuadés, la plus grande partie des Unis étant calviniste, les membres de la Confession d'.\ugsbourg non modifiée seront un jour obligés de danser sur l'air delà flùle calviniste, et s'en trouveront fort mal. » Archiv, für hessische Geschichte und AlterÜiumskunde, t.X, pp. 313-316.
C96 ASSEMBLKE DE l'UNIOX PROTESTANTE A ROTFIENBOURG.
chercher ni obtenir une nouvelle sans tirer l'épée du fourreau *. » Quant « aux p,r\eh des Evangéliqucs », il fut décidé à Rollienl)0urg qu'on maintiendrait avec ('•nerj^ie ceux qui avaient rapport au Conseil auliqne et à l'abolition des procès des Quatre Couvents. L'administrateur de Magdebourg devait obtenir le siège et la voix aux Diètes d'Empire. Donawerth, que le duc de Bavière refusait d'évacuer avant d'avoir reçu des indemnités de guerre pour les frais considérables de l'exécution;, devait être rétabli en son premier état, conformément à la promesse de Rodolphe; car ceux-là seuls devaient payer les frais qui avaient été cause de tout le mal. L'Union s'établissait justicière des griefs de chacun de ses membres, et déclarait sa résolution de ne prendre part à aucune délibération ou vote avant d'avoir obtenu satisfaction. A tout le moins exigeait-elle que les griefs principaux sur lesquels l'Empereur seul pouvait décider fussent redressés. En cas de refus, les Unis se promettaient de ne payer aucune contribution pour la campagne turque et de décider au moyen d'un vote « ou la sécession ou le départ ». S'ils se sentaient suffisamment préparés, s'ils étaient certains de l'alliance et du secours des princes et seigneurs étrangers, ils pourraient sans nul inconvénient dissoudre la Diète, et il allait de soi-même que tout impôt ou contribution serait refusé '^.
En même temps, les Unis demandaient au roi de Danemark aide et assistance contre les papistes. Au mois de mai, grâce à l'intervention du roi d'Angleterre 3, les Etats-Généraux signèrent avec eux un traité de quinze ans, sur la base d'une mutuelle assistance en cas de nécessité. A partir de ce moment, les États-Généraux devinrent les plus fermes soutiens de l'Union et jouèrent le principal rôle dans les événements qui suivirent.
Il était facile de prévoir, même avant l'ouverture de la Diète, que tous les efforts des bien intentionnés allaient être inutiles, et qu'il était devenu impossible de rétablir dans le Saint-Empire la concorde et la paix.
1 Reichstagsacten, t. XCVJ, fol. 27, 37, 41.
* Recez de l'assemblée de Rothenbourç, 28 mars Jül3, communiqué par von Höfler. RiTTEK, Politik der Union, pp. 16iî-167.
^Gardiner, t. II, p, 162. *Voy. Wenzelbuerur, t. II, p. 860.
CHPITRE YIII
La Diùte devait s'ouvrir le 24 avril, mais elle fut retardre jusqu'au mois d'août. Les membres d'Empire allèrent au devant do l'Empereur dans un splendide équipage, suivi de plus de mille chevaux richement caparaçonnés. Mathias s'avançait « avec huit cents chevaux, mais son cortège, comparé à celui des Etats « était comme le soleil comparé à la lune ». Il portait un pourpoint en drap blanc tissé d'or et tout brodé de perles; un chapeau blanc orné de plumes de héron, un manteau de velours orange, doublé de soie blanche et brodé d'or. La selle et le harnais do son cheval étaient couverts de pierres précieuses. L'impératrice suivait dans un carrosse doré, surmonté d'un lion d'argent portant une couronne d'or. Les cochers et valets de pied avaient de splendides livrées. Derrière l'un des trompettes qui ouvraient le cortègeet jouaient de leurs instruments, on remarquait un singe habillé de rouge. « Certaines gens malicieux firent à ce sujet la remarque que tout cet appareil, si brillant au dehors, n'était, après tout, pour ceux qui savaient le fond des choses, que pure singerie, et ce n'était que trop vrai. »
« Ce faste ne s'harmonise guère avec les terribles embarras d'argent dont malheureusement Sa Majesté est affligée S » Klesl écrivait de Ratisbonne au président du conseil de guerre de Mallart : « Ce n'est qu'à grand'peine que l'Empereur a pu emprunter à l'ambassadeur d'Espagne et à un banquier complaisant de quoi couvrir les frais de son séjour à Ratisbonne. Il est certain que nous n'avons pas un liard, et que notre coffre est vide; cependant nous ne faisons autre chose que dépenser. » « En vain nous adressons-nous aux états, aux républiques, aux princes temporels et spirituels, personne n'a pitié de nous; et nous avons épuisé toutes nof ressources.
1 Lettre du conseiller de Mayeiice Charles-Henri Feyrabend, 13 août 1613. Voy. cette relation dans Khevenhilllr, t. VIII, pp. 530-556. Voy. Gumpelz-Haimer, t. II, pp. 1051-1052. Sënken'berg, t. XXIII, pp. 365-367.
698 DIKTR DK RATISBONNF. 1013.
Le train do maison de Sa Majesté exige des dépenses consid(^rables. Que faire? Personne ne vent plus nous prêter, personne ne nous doit rien, et nous n'avons rien en propre. L'Empereur donne ou engage jusqu'à sa chemise. A Prague, les gens de sa maison sont dans la plus piteuse situation : ils meurent littéralement de faim*. )> « Les halcbardiers et les trabans, » écrivait à son maître l'ambassadeur de Brandebourg, Abraham de Dohna, « sont obligés, pour ne pas mourir do faim, de boire le sang des bestiaux assommés à l'abattoir. )> « La misère des grands seigneurs est souvent plus affreuse (jue celle des petites gens-. »
Le 13 août, à l'ouverture de la Diète, un prince luthérien, le comte Louis de Hesse-Darmstadt, prononça, au nom de l'Empereur, une courte harangue pour réclamer l'attention de l'assemblée. L'Empereur allait faire des propositions qu'il espérait voir acceptées ^'.
Mathias demanda la dissolution de l'Union et celle delà ligue catholifjue, réclama les subsides indispensables à la continuation de la guerre contre les Turcs, et s'étendit sur la nécessité de mettre fin « aux ligues dangereuses qui menaçaient la paix civile et religieuse, et risquaient de faire renaître dans l'Empire ces guerres, ces révolutions funestes qui l'avaient déjà mis à deux doigts de sa perte ». II exhorta les membres d'Empire à la concorde, les invitant à travailler à la réorganisation de la justice *. Pour la défense de la Transylvanie et des frontières hongroises, il réclama des sommes si considérables que l'ambassadeur de Lübeck écrivait : « Jamais souverain ne s'est montré plus exigeant! L'Empereur ne demande pas moins de vingt-six millions do thalers. » En réalité, le péril turc justifiait une demande si exorbitante ^.
« Ce qui était un digne sujet de réflexion, » c'est (}u'aucun des princes unis ne parut à Ratisbonne. Tous s'étaient fait représenter. En février, ils avaient donné une réponse favorable à l'ambassadeur Gondecar de Polheim, qui était allé, au nom de l'Empereur, les prier de prendre personnellement part aux discussions; mais plus tard, à Rothenbourg, ils avaient changé d'avis ". (( Mathias a parlé en premier lieu delà question judiciaire, «écrivait Klesl le 31
' Voy. Hammer, t. III, Urltiindenhand,\). 68-69.
* Ritter, Politik der Union, p. 133, note 3. 3 Senkejjberg. t. XXIII, p. 570.
* Voy. le lopte primitif de la proposition impériale dans le Frankfurier Reic/istaqsaclen, t. XIV, p. bS. Voy. Senkexberg, t. XXIII, p. 571. Ritter, Politik der Union, p. 125. Par suite de l'arrêt de la justice, le nombre des procès attcndiint la révision dépassait 400 en 1612. Voy. Lumg, Staatsconcilia, t. I, p. 778.
s Brockes, t. II, p. 273, note 8.
" ** Sur le péril turc, voy. Klopp, t. I, pp. 154 et suiv.
DIÈTR DE RATISBONNE. 1613. 699
août au margrave d' Ansbach, « mais l'Uiiion s'abstient et subtilise; on cherche à créer des malentendus. Les Unis semblaient .tout autrement disposés ù Francfort; ils avaient même fait de bonnes pro:nesses au sire de Polheim; et maintenant, ces mêmes princes se montrent susceptibles et ombrageux en toute rencontre, et à tout propos ^ »
Les délégués des Unis s'efforçaient de réunir tous les membres prctestantsdans le « quartierpalatin » pour les entretenir en particulier, et les amener à une démarchecommune dans le sens des résolutions de Rothenbourg. Ils ne purent rien obtenir de la Saxe ni du landgrave de Hesse-Darmstadt; en revanche, ils gagnèrent le Mecklembourg, Lauenbourg, le Brunswick, la Poméranie, Stettin, les comtes de Veteravie, et un certain nombre de villes libres restées juscjuc-ià dans la neutralité, Lübeck, Ratisbonne, Lindau, d'autres encore. Les Unis prirent de nouveau le titre de « membres dEmpire correspondants ^ ».
Par leur faute, les délibérations do la Diète furent interrompues dès le 17 août, au moment même où allait commencer lu discussion du discours de l'Empereur. Ils déclarèrent que, dans peu de jours, ils comptaient exposer leurs griefs, et que, jusfju'à ce que l'Empereur leur eût fait connaître sa réponse, ils ne prendraient part à aucune discussion. Ils ne niaient pas, d'ailleurs, que cette sorte de « sécession » ne dût paraître à quelques-uns « rude et étrange ^ ».
Ils exigeaient que les juges et assesseurs de la Chambre Impériale ne fussent nommés qu'avec leur agrément, que le siège et la voix fussent accordés aux administrateurs protestants, et que Donawerth fût rétablie dans son premier état ^. Dans le placet qu'ils présentèrent à l'Empereur le 19 août,Malhias était prié de leur donner satisfaction sur tous ces points sans avoir égard aux votes de la majorité, c'est-à-dire en abandonnant les voies constitutioimelles ordinaires.
Les Unis avaient dressé la liste de toutes les questions au sujet desquelles on ne devait plus avoir égard à la majorité : en premier lieu dans les affaires de conscience et de religion, dans la question des impôts, des procès intentés par la Chambre Impériale, desexemptions, privilèges et immunité des membres d'Empire, de tout ce qui
* Sattler . t. VI, p. 72.
- Ritter, Politik der Union, pp. 127, 133, note 3.
^ Frankfurten Reichslajsacten, t. XIV, pp. 140-142.
' Voy. les griefs des correspondants dans Senkenberg, t. II, pp. 153-177. Gol- D.\ST, Polit. Reichshandel, pp. 1050-1035. Londorp, Acta public, pp. 119-123. Voy. Ritter, Politik, p. 129.
700 DIKTF. DE R ATISBONNE. 1613.
touchait de près ou de loin à la paix de religion, aussi bien qu'aux questions concernant la paix, la prospérité et le salut de la patrie. La majorité ne devait non plus exercer aucune intlucnce dans les débats entre Catholiques et Évangéliques; même lorsqu'il s'agissait d'outrages à la magistrature, du respect dû à la constitution, de la loi d'exécution, de la Bulle d'or, des contrats dynastiques, elle ne devait plus compter pour rien *.
Élever de pareilles prétentions, c'était insulterde propos délibéré aux principes vitaux de la constitution. Avec un parti qui annonçait de telles exigences, aucune représentation n'avait chance d'être entendue. 11 n'y avait rien à espérer 2.
Tandis que l'Empereur échangeait d'inutiles messages avec les correspondants, les Catholiques, eux aussi, préparaient leur cahier de doléances; ils le présentèrent à l'Empereur le 10 septembre. « Dans la situation actuelle des esprits, » dirent-ils, « nous aurions volontiers épargné à l'Empereur le déplaisir d'entendre nos plaintes; mais les ambassadeurs des membres d'Empire qui ont pris le nom, inconnu jusque-là dans le Saint-Empiie, de membres correspondants, ont déclaré qu'ils ne prendraient part à aucune discussion intéressant la sécurité générale avant que satisfaction eût été donnée à leurs prétendus griefs. Puisqu'il en est ainsi, nous aussi nous parlerons, mais sans prétendre interrompre le cours des travaux de l'assemblée. Selon le temps et les circonstances, nous espérons que l'Empereur nous fera droit. » Dans les termes les plus amers, comme ils l'avaient déjà fait aux Diètes précédentes, les Catholiques se plaignaient ensuite des procédés des « nouvelles sectes 3 )). « Si l'on pouvait s'en tenir à l'ancienne religion catholique et à la Confession d'Augsbourg, » disaient- ils, « nous arriverions certainement à nous entendre; mais les nouveaux sectaires ont remis en question le texte tout entier de la paix. Les outrages et les calomnies de leurs prédicants sont connus de tout le monde. Le Pape qui, lors de la campagne hongroise et en tant d'autres circonstances, avait mieux mérité d'eux, est insulté parleurs prédicants de la manière la plus sanglante. Les princes catholiques sont tous les jours outragés dans des caricatures^ indécentes et des pamphlets odieux; les membres de la Confession d'Augsbourg, en union et en paix avec nous, sont accablés |d'épithètes injurieuses et d'amers sarcasmes. On cherche à nous enlever tout moyen de re-
1 Voy. LoNDORP, Acta piibl., t. I, p. 138.
»Charles-Auguste Müller [Forschiingan, t. III, p. 35) se demande si la lutte contre une telle faction peut s'appeler guerre de religion. 3 Voy. plus haut, pp. 129-13Ü.
DIÈTE DE RATISBONNK. 1613. 701
courir à la justice. La justice n'a plus son cours, et l'on travaille avec ardeur à anéantir aussi la suprême autorité du Conseil aulique, comme pour nous enlever toute espérance de recouvrer jamais ce qui nous a été ravi par la violence; nous ne pouvons même plus espérer conserver le peu qui nous reste. Non seulement, comme on Tie se gène pas pour le dire, on ne compte pas nous rendre les archevêchés, évêchés, abbayes, propriétés, territoires qui nous ont été enlevés contrairement à la paix de religion, mais on ne rougit pas d'accaparer chaque année d'avantage, d'empiéter toujours plus dès qu'une occasion favorable se présente, et cela tantôt par la ruse, tantôt par la violence. Il n'est pas besoin de citer des exemples, personne n'ignorant les attentats dont nous sommes victimes. » Après avoir exposé tous leurs griels, les Catholiques suppliaient l'Empereur de prendre en main leurs intérêts, afin qu'à l'avenir ils pussent obéir en paix aux lois de l'empire, à la paix civile et religieuse, et ne soient plus victimes de leurs cupides adversaires *.
Au conseil do l'Empereur, Klesl et le vice-chancelier Louisd'Ulm, qui se détestaient, gardaient l'un envers l'autre une attitude froide et hostile. Tandis que Klesl continuait à entretenir avec les correspondants d'amicales relations, et cherchait à concilier et à adoucir. Louis traitait les Unis avec hauteur et rudesse. L'Empereur, en recevant le cahier de doléances des I^rotestants, dit que les Catholiques lui avaient aussi communiqué leurs griefs; que les plaintes de l'ur» et de l'autre parti seraient examinées attentivement pendant la Diète ; qu'on s'efforcerait d'y faire droit, mais sans préjudice des questions importantes qui devaient être premièrement discutées. Il exprima l'espoir que les correspondants prendraient part aux délibérations, et il les y exhorta « paternellement et gravement ».
Lorsque, par l'entremise des ambassadeurs palatins, les Unis déclarèrent s'en tenir à leur première déclaration, Ulm leur demanda de qui ils tenaient leurs ordres? Sur leur réponse que l'ordre était venu de leurs commettants : «De quels commettants parlez-vous? » s'écria Ulm; « voilà vraiment un mot nouveau! est-il anglais ou hollandais? » Évidemment il faisait allusion aux relations établies entre l'Union, l'Angleterre et les États-Généraux 2. Dans une allocution prononcée en présence de quelques amis du conseil de Ratisbonne, Ulm s'éleva avec énergie contre les correspondants. «L'Empereur, est venu parmi nous animé des meilleures intentions dans le dessein, » dit-il, « de restaurer la justice, de maintenir avec impartiahté la
' Voy. les griefs des membres catholiques dans Londorp, Acla publ., t. I, pp. 133-137. GoLDAST, Politische Reichshändel, pp. 1055-1Ù59. -Saitler, t. VI, p. 74.
702 DIÈTR DE KATISBO.NNE. 1613.
paix religieuse et civile,d'abolirtoulo méfiance, toute ligue, union ou faction. Mais les correspondants ont refusé de prendre part à la discussion de la déclaration impériale avant que les griefs qu'ils avaient exposés eussent été appréciés comme ils le souhaitent. Ils nient les droits do la majorité, ils refusent de reconnaître au chef suprême de l'Empire le droit déjuger en dernier ressort dans les didérends (|ui surviennent. L'Empereur est d'autant plus contrisléde leur attitude qu'il était venu à la Diète dans la ferme et loyale intention d'éclaircir autant (]u'il le pourrait nos tristes malentendus, et de remettre Donawerlh, aux plaintes de la(iuelle les cités attachent peut-être trop d'importance, dans son ancien état. Les membres catholiques, de leur côté, ont présenté leurs griefs, qui sont bien aurement graves, autrement fondés que ceux des correspondants; cependant, on les a seulement exhortés à prendre patience. Décider les questions au gré des deux partis est chose impossible. Et de plus, Sa Majesté trouve étrange et blessant que les directeurs actuels du conseil de Ratisbonne et de quelques autres villes d'Empire se rangent du côté de ceux qui jusqu'ici n'ont songé qu'à la combattre, et qu'à nuire à la chose publique. Si les cités ont si envie de. correspondre, queue correspondent-elles avec l'Empereur, avec la Saxe, le Brunswick, Darmstadt, et tous ceux qui désirent avec l'Empereur le maintien de la paix publique et religieuse? Il n'est pas de leur intérêt de s'attaclier à ceux qui ne rêvent que le renversement de l'ancienne constitution et qui veulent tout remanier d'après leurs vue et leur volonté; à ceux, qui, sans vouloir rien entendre, rien discuter, abandonnent l'Empereur, l'outragent et refusent de secourir la patrie bien-aimée, et même de repousser l'ennemi héréditaire. Gomment se fait-il que les cités se laissent conduire par ceux qui se vantent des alliances contractées avec de puissants auxiliaires étrangers et, pour inspirer plus d'effroi, menacent ceux qui s'opposent à eux, en présence même de l'Enpereur, de l'agression de la France, de l'Angleterre et des Etats-Généraux? Et pourtant, nous sommes eu étal d'assurer que les rois et pays dont on nous parle tant ne sont pas tous disposés à dire amen à ce qu'on attend d'eux. Mais si, contrairement à nos espérances, les choses en venaient au pire, l'Empereur ne manquerait certes ni de cœur ni de résolution, et dans une telle extrémité, il trouverait du secours à l'extérieur et à l'intérieur; il serait soutenu par tous ceux qui sont résolus, comme lui, à exposer tout ce qu'ils possèdent pour défendre la paix civile et la paix religieuse, les lois de l'Empire, Ihonneur, la grandeur, l'autorité juridique de Sa Majesté. Tout autant que les puissances étrangères que j'ai nommées, c'est-à-dire la France, l'Angleterre et
les États G(^néraiix, les alliés de l'Empereur, sans distinction de religion, en Italie, dans les Pays-Bas, en Pologne, en Danemark, brûlent d'envahir notre bien-airaée patrie, et peut-être non sans raison. Que tous les gens de cœur, que tous les bons Allemands s'unissent pour empêcher l'étranger d'intervenir dans nos afl'aires! Gardons nous bien de lui en fournir le prétexte. Je le jure devant Dieu, ni moi ni nos amis n'aider>)ns et ne conseillerons jamais l'Empcrcur dans ce sens; toutes les fois que la chose sera humainement jmssible, nous veillerons à ce que la concorde règne dans celte assemblée, à ce que la paix de religion subsiste le plus longtemps possible. Mais il faut que les villes et ceux qui se sont séparés de nous changent de sentiment, prennent part, comme à l'ordinaire, aux discussions, et travaillent à l'œuvre urgente dont je parle. S'ils m'écoutent, notre chère patrie sera préservée pour longtemps encore de la ruine, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur *. «
L'allocution du vice-chancelier, qu'on eut soin de répandre, iriila extrêmement les correspondants. Ils écrivirent à Mathias pour l'assurer de leur lidélilé,etlepricr de ne pas souffrir que ses plus fidèles amis fussent en butte à des reproches si graves et si injustes. Si l'Empereur ne prenait leur défense, ils se croiraient en droit d'insister « pour que des personnes mal intentionnées, qui n'étaient préoccupées que de leurs propres intérêts, » fussent éloignées de son conseil -.
Tandis qu'à la Diète « la confusion et la discorde croissaient de jour en jour 3, » les Turcs étaient entrés en campagne avec une armée de 80.000 hommes, et Bethlen Gabor pénétrait en Transylvanie. En présence d'un danger si imminent,on chercha, par l'interrnédiaire do Klesl, à se rapprocher des correspondants. On résolut de décider sur tous leurs griefs non plus par les voies ordinaires et constitutionnelles, mais d'après la libre appréciation des Électeurs et d'une commission composée démembres d'Empire des deux religions. Maximilien, frère de l'Empereur, fut proposé pour arbitre; il se rendit à Ratisbonne vers la tin de septembre. Mais jamais il ne fut possible de s'entendre '*. « Nous étions vis-à-vis les uns des autres, » écrivait le 10 octobre l'ambassadeur du Brandebourg,
• Errnanung an die Stat Rejensbarg, 20/30 août 1613, Frankfurter Reichstajsacien, t. XCVIu, pp. 101-lOi. Voy. Gumpelzii.vinzer. t. II, pp. 10.tG-1058.
- * Frankfurter lîeichstuffsacten, t. XGIb, p/ . lOü-10'J, T6 sept, et o octobre 1G13.
' Voy. la lettre de Klesl, 27 sepl. 1613, dans Hammer, t. III, Urkundenband, p. 70.
* Pour plus de détails, voy. Ritter, Politik der Union, pp. 139 et suiv.
704 DIÈTE DE UATISBONNE. 1G13.
« comme deux béliers furieux, qui ne veulent ccderni l'un ni l'autre*. »
Aussitôt que Klesl eut compris (\ue, pour la campagne turque, il n'y avait rien à espi'-rer des correspondants, il se rapprocha <|uelque peu des Catholiques; ceux-ci s'étaient déclarés prêts, ainsi que quelques membres luthériens, à voter immédiatement trente mois romains. A partir de ce moment, Klesl cessa de se faire l'avocat des correspondants''^.
L'Empereur, convaincu comme lui qu'il ne tirerait rien des princes unis, s'etlorca du moins de gagner les cités. Klesl et quelques membres du conseil privé les exhortèrent à se joindre aux « membres d'Empire obéissants ^ », à ne pas abandonner leur seigneur au moment où le péril intérieur et extérieur était plus grave que jamais. Mathias promettait de travailler avec le zèle le plus sincère au redressement des griefs des deux partis, tout en déclarant une fois encore qu'il lui était impossible de satisfaire les correspondants en ce qui concernait ses droits de soiiverainjusticier. Ainsi que son frère Maximilien leur en avait donné l'assurance en son nom, à plusieurs reprises, l'affaire de Donawerth. disait-il, serait conciliée de telle sorte que personne n'auraitplus aucun motif légitime de plainte. « Il faut maintenant perdre de vue la question religieuse, )) répétait Klesl aux délégués des cités, « toute autre affaire que leperii de la patrie doit pour le moment être ajournée. Il s'agit de savoir si les villes consentiront à voir ruiné, humilié, et réduit à la plus extrême détresse, leur chef suprême, l'Empereur; si elles se résigneront à voir l'Empire, et peut-être la Chrétienté tout entière réduite à la plus extrême détresse, et le Turc mettre à profit une si belle occasion d'envahir l'Allemagne^. » Mais tout fut inutile. Le lendemain, les « villes correspondantes » présentèrent leur résolution définitive. Avant que satisfaction n'eût été donnée à leurs demandes il leur était impossible de rien promettre; elles réclamaient, en premier lieu, l'abolition des « procès d'exécu-
1 Ritter, Politik der Union, p. 146, note 1.
2 * Dépêche d'Henri Feyrabend, 13 oct. 1613. « Les membres catholiques, • écrivait Klesl à l'un de ses intimes amis, « ne veulent entendre parler d'aucun compromis, et restent inébranlables dans les principes qu'ils ont posés, mais ils font ce qu'ils peuvent pour l'Empereur. Les autres maintiennent aussi leurs prétentions, mais au détriment de l'Empereur. Ils en veulent à celui qui ne leur à rien promis. Les deux partis parlent bien haut de leur affection et de leur dévouement, mais l'un le prouve par ses actes et ses paroles, l'autre, jusqu'à présent, par la bonne volonté seulement. » Schmidt, .Veuez-e Gesch., t. VII, pp. 18-19.
3 Ritter, Politik der Union, p. 169.
* * Voy. les négociations avec les cités dans les Frankfurter Reichstagsacten, t. XCVIa, p. 1.
DERNIÈRE HÉCLARATION DES COHRESPOMDANÏS. LE RECEZ. 1613. 705
tion », qui rendaient impossibles les transactions commerciales, et faisaient le plus grand tort à leurs intérêts. Si l'Empereur ne les rassurait sur ce point, les sujets se révolteraient et le sang coulerait infailiblement. Leur intention était droite, elles ne désiraient que la paix, le repos et la sécurité de la patrie, mais elles ne voulaient pas que la postérité eût un jour à maudire leur faiblesse ^.
Le 19 octobre, les délégués des membres correspondants donnèrent leur réponse définitive; ils déclaraient« injuste ettyrannique au plus haut degré » la prétention de leurs adversaires de faire décider les questions à la majorité des suffrages; leurs seigneurs et maîtres, dirent-ils, ne consentiraient jamais à se courber sous un tel joug, et préféreraient exposer à tous les hasards de la guerre leurs terres, leurs gens et tout ce qui leur était cher; il leur était impossible de prendre part à aucune discussion ; ils s'en retournaient chez eux rendre compte à leurs maîtres, « qui n'avaient en vue que la paix de l'Empire et le maintien de la concorde, « de tout ce qui s'était passé ».
Comme en 1608, à l'époque de la dissolution de la Dirte, ils rendaient les Catholiques responsables de tout le mal, et dans le cas oii[ceux-ci publieraient un recez et prétendraient le leur imposer, ils protestaient d'avance contre lui de la manière la plus positive, et juraient do ne jamais s'y soumettre "^.
Le 22 octobre, le recez était signé, et les États convoqués pour le mois de mai de l'année suivante. Trente mois romains furent votés pour la campagne turque, et il fut convenu que les contributions seraient livrées dans un délai de deux ans. Klesl se flattait d'avoir atteint un grand résultat. Il écrivait à Mallart. président du conseil de guerre : « Nous avons remporté une importante victoire, et
* Voy. Senkenberg, Saininliimj, t. II, pp. 254-258.
2 Senkenberg, Samm/a«y, t. II, pp. 239-276. Cari-Adolphe Menzel écrit (t. III, pp. 229-230) : « Ces Unis ou correspondants, qui avaient fait tous leurs efforts pour empêcher les discussions, et cela dés le début, n'étaient point, comme ils le prétendaient, les représentants du parti protestant tout entier ; ils ne représentaient en réalité que le parti palatin-calviniste, et nullement la majorité protestante ; l'Electeur de Saxe, les princes de la liçuc Ernestine et Darmstadt, les plus zélés d'entre les princes luthériens, étaient du côté de l'Empereur avec les Catholiques. On ne peut nier que le procédé des correspondants, leur opposition aux droits delà majorité, ne fussent absolument incompatibles avec les principes du droit commua des états et des peuples. » « Pour rester fidèle à la vérité, l'histoire doit reconnaître que ce que les princes correspondants présentaient sous le nom « de griefs religieux des Evangeliques » n'était pas approuvé par les anciens membres d'Empire protestants, mais provenait purement du parti palatin-calviniste. Dans tous les livres d'histoire allemands ou étrangers, les partis, pendant cette Diète, sont appelés à tort catholique et protestant. Au reste, le véritable but de tant d'intrigues allait bientôt être mis en pleine lumière. »