‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 312 sur 573 · MULHEIM TRANSFORMH EN BOULEVARD EVANGELIQUE · texte numérisé non relu

MULHEIM TRANSFORMH EN BOULEVARD EVANGELIQUE

s'ofTrir, et verser jusqu'à la dernière goutte de son sanp^. Mieux vaut mourir au cliamp d'honneur que de se soumettre à un adversaire déloyal, et cela par faiblesse, par une lâcheté criminelle, et pour tomber enfin entre les mains et sous la puissance de l'ennemi ». »

« Le terrible exemple de Mühlheim » était bien fait aussi pour éclairer les Protestants sur le dessein bien arrêté des papistes de ruiner, de saccager sans merci tous les territoires évangéliques.

Voici ce qui s'était passé.

Le 26 août IGIO, peu de jours avant la conquête de Juliers, les princes de Brandebourg et de Neubourg avaient fait savoir au conseil de Cologne qu'il devait désormais les considérer non seulement comme les seuls héritiers légitimes du pays, mais encore comme les patrons et les protecteurs de Cologne. Par conséquent, permission devait leur être accordée d'aller et de venir librement et sans obstacle, le jour comme la nuit, dans la ville et dans tout le territoire; et le conseil était prié de leur envoyer immédiatement 500 hommes de pied et 1000 cavaliers. Les protestants exilésdevaient être rappelés; une large indemnité devait leur être accordée pour les pertes subies; souspcinederigourcux châtiments, les jésuites devaient quitter Cologne dans un délai de huit à dix jours 2. A dater de ce moment, les conseillers avaient surveillé avec une juste anxiété toutes les démarches des princes possédants, et ils avaient été extrêmement troublés lorsqu'en 1612 tous deux avaient annoncé l'intenlion de faire de Mülheim, ville toute proche de Cologne, une place forte, une citadelle de première importance. Grâce à ce nouveau « boulevard évangélique » , ils espéraient diminuer peu à peu l'importance de <( la ville papiste de Cologne » . D'épaisses murailles, onze bastions devaient entourer la cité. On se proposait d'y construire trois nouvelles églises, plusieurs écoles, une bourse, deux marchés. Aussi longtemps que les princes restèrent unis, environ 10,000 ouvriers, la plupart venus des bailliages voisins, travaillèrent sans relâche dans les chantiers de construction. Le conseil de Cologne protesta contre l'illégalité de ces procédés, et se plaignit à l'Empereur. Au commencement de 1612, unédit impérial ordonnait « aux princes possédants )),sous peine d'une amende de 1000 marcs d'or fin, de faire immédiatement cesser les travaux. Ceux-ci prétendirent que leur intention n'avait jamais été de construire une forteresse; que les murailles n'avaient été commencées que pour mettre le pays à l'abri d'agressions certaines, et que pour protéger leurs états^ leurs vies, leur honneur,

' Kartzer Bericht wider die Spanier, voy. v. Friedberg, pp. 43-44. - Soden, Kriegs-und Sittengesch., t. I, p. 96.

720 MEMOIRE POLITIQUE DE lüH).

ils avaient eu. recours à un moyen de défense autorisé par le droit commun de tous les peuples. En dépit d'un second édit, les travaux furent poursuivis avec activité, et dans l'été de lu 13 Mühlhcim comptait plus de cent nouvelles maisons. Il était impossible à Rodolphe de tolérer un tel mépris de ses ordres. Il ordonna que la ville lût rasée, et chargea l'Électeur de Cologne et l'archiduc Albert d'exécuter sa sentence. Le comte de Neubourg,^Yolfgang-Guillaume, alors complètement brouillé avec le Brandebourg, rentra dans l'obéissance, congédia ses ouvriers, et, pour marque de sa soumission, fit ouvrir une large brèche dans les murs d'enceinte de Mühlheim. Mais bien loin d'imiter son exemple, le prince électoral du Brandebourg ordonna aussitôt que cette brèche fût comblée, et pressa les travaux, jusqu'au jour où Spinola, revenant d'Aix, lit abattre les murailles et démolir les nouvelles constructions par les soldats espagnols et par les maçons de Cologne i.

Au moment où Spinola se disposait à marcher sur Aix, Maurice d'Orange pénétrait dans le pays de Clèves à la tête d'une armée hollandaise. Pour arrêter ses progrès, Spinola, au commencement de septembre, s'empara de Rheiuberg, de Duisbourg et de la citadelle de Wesel, tandis que Maurice élevait à Emmerich et à Wesel de nouveaux ouvrages de fortifications, et renforçait la garnison de Juliers. Les Unis s'étant plaints que l'archiduc Albert eût cantonné ses troupes dans le pays, les Catholiques disaient avec raison : « Qui donc a commencé? Par qui les étrangers ont-ils été appelés en Allemagne? » On lit dans un mémoire politique de 1616 : « Lorsque Rodolphe, inquiet de l'agitation qui, du pays de Clèves, eût rais les duchés sous séquestre, lorsqu'il eut pris possession du Juliers et ouvert aux prétendants la voie de la justice, les Unis enrôlèrent des soldats, appelèrent dans l'Empire Français, Anglais, Écossais, Hollandais, s'emparèrent de Juliers, et pour arbitres de leurs différends préférèrent l'étranger à l'Empereur. De tout cela, ils se glorifient comme s'ils avaient accompli l'acte du monde le plus héroïque. Mais lorsque, par ordre de l'Empereur, l'archiduc Albert vint exécuter contre la cité d'Aix en révolte contre l'Empereur une sentencejuste et nécessaire, lorsqu'après avoir renversé les murs de Muhlheim, il marcha contre les Hollandais qui s'étaient établis dans le Juliers et ne se proposaient rien moins que la conquête de tout le pays, lorsqu'il eut remporté sur eux une éclatante victoire et mis sous la ' puissance de l'Empereur Wesel, Düren et plusieurs autres villes jusqu'à l'accommodement de la principale et première querelle, les

1 E.NNE.N, Gesch. der Stadt Cöln., t. V, pp. 550-565.

ÉMEUTE A FRANCFOIIT SUU LR MEl.N. VliSCENT ^ETlMlLCII. KH't 721

correspondants accusèrent l'archiduc d'avoir con.mis !c plus odieux des forfaits en attirant des troupes étrangères dans l'Empire. Encore aujourd'hui, ils réclament avec force menaces restitution et dédommagements. Ce sont eux qui ont attiré les étrangers en Allemagne; l'Empereur charge un prince d'Empire, son propre frère, de repousser les envahisseurs, et sa conduite passe aux yeux des Unis pour injuste et tyraiini(iue, tandis que la leur est sainte et à leurs yeux digne d'éloges i.»

L'agitation causée par les événements d'Aix et de Mulilheim lut encore accrue par les troubles qui éclatèrent à Francfort sur le Mein, troubles si graves qu'on put craindre un moment pour tout le pays du Rhin.

A Francfort, le gouvernement était entre les mains d'un petit nombre de familles patriciennes qui y exerçaient un pouvoir absolu, et traitaient les bourgeois de la citélibre comme s'ils eussent été leurs sujets. La justice n'y était rendue que d'après la loi du bon plaisir. Dans l'administration des finances, les plus criants abus se produisaient. Les bourgeois accusaient les conseillers de s'entendre sous main avec les usuriers juifs; ceux-ci, au nombre do deux mille à peine, avaient entre les mains toutle capital, tandisque les chrétiens étaient obligés de payer quarante, soixante, quelquefoiscent pour cent d'intérêts, et s'appauvrissaient tous les jours. Lorsque Mathias, en 16l!2, fut couronné dans la vieille cité, les chefs de corporations et les bourgeois, avantde prêter serment, lui présentèrent une supplique dans laquelle ils se plaignaient amèrement des juifs. « Le conseil les protège, » dirent-ils; « les juifs s'engraissent de notre chair et de notre sang. Ils ont accaparé tout notre argent. Nous ne doutons pas que l'Empereur n'incline vers nous son cœur paternel, et qu'il ne nous rende nos droits de citoyens. Il ne tolérera pas que nous, bourgeois de Francfort, nous, hommes libres, nous soyions opprimés plus longtemps par des étrangers, par les restes vils d'un peuple maudit, que Dieu n'a épargné après son déicide que pour être donné en éternel spectacle au monde entier. Les juifs nous prennent nos maisons, nos propriétés. Leur avarice a réduit nos femmes, nos enfants à la plus extrême misère, détresse et servitude. » Le conseil, auquel Mathias

' Voy. Lü.Niü, SlaatscuiLiilia, t. I, [», 'J-9.

722 liMKUTE A FUANCFOHT-SLK-LK-AIKl.N. 1Ü14.

cotnmuni(|ua cette .suppli(Hic, déclura les plaintes des bourgeois sans nul loiidement, et engagea l'Empereur à sévir.

Alors une terrible émeute éclata à Fratict'ort et dans tous les villages environnants. « Le jour de la liberté est venu! » enlendait-on répéter de tous côtés; « c'est à notre tour, maintenant! imus sommes les maîtres! » Un pâtissier nommé ViriceiitFetlmilcIi, calviniste liessois se mit à la lête des insurgés. 11 disait avoir supporté longtemps, avec impatience le joug lyrannique qui pesait sur ses coreligionnaires. Les réformés, pour la plupart hollandais, étaient en continuelle dispute avec les prédicanls luthériens, et malgré leurs instances réitérées, ils n'avaient pas encore obtenu du conseille libreexercice de leur culte. Maintenant ils réclamaient non seulement « d'urgentes réformes civiles », mais encore justice égale pour les réformés et les luthériens, et le droit pour tous de siéger au conseil et d'être admis aux emplois civils. Fettmilch, démagogue fougueux et hardi, entendait necéder sur aucun point, et déclarait au mois d'août 1614 à un délégué de l'Electeur de Mayence, ([u'il serait de la partie le jour où le peuple des travailleurs se lèverait en masse pour secouer le joug des tyrans. Ses amis et lui, ajoutait-il, avaient déjà miné le sol; les Hollandais accourraient au premier signal, dès (|ue le complot serait mûr; aussi engageait-il le conseil à se hâter d'opérer les réformes; la détresse des pauvres travailleurs était atlreuse, et le peuple était écrasé sans pitié. Si le jour de la justice tardait à venir, on verrait bientôt commencer le règne du peuple, comme dans les Pays-Bas et en Suisse ^.

Les nombreux artisans étrangers toujours mêlés, à Franclort, aux émeutes populaires, prirent parti pour Fettmilch. Lorsqu'il s'agit de K courir sus aux juifs usuriers et impies », ils devinrent les auxiliaires les plus ardents du parti révolutionnaire. Le 11 août, la rue des juifs fut pillée '^.

L'Electeur de Mayence et le margrave de Hesse-Darmstadt avertirent Mathias de ce qui se passait. « Le péril est; grand et menace tout l'Empire, » écrivaient-ils, « mais surtout les pays du Rhin; il importe de dompter au plus vite la sédition. L'esprit populaire est surexcité au plus haut degré par les derniers événements. 11 est très important de rendre la vie au commerce par le rétablissement des anciennes foires. » iVlais lorsque les commissai-

'* [lelation de Charles Henri Feyrabeud, 12 août Klli.

- Les juifs rceureiit l'ordre de iiuilter la ville. « Ûa en ;i eompto envirou 1.380 jeunes et vieux, au monieal où ils franchissaient les portes d«; la cité. » Dhugulin, 112, n" 1277. Voy. 1278 et 1279. Ce ne fut qu'en octobre 1616 que les juils, en vertu d'un rescrit impérial, furent autorisés à rentrer a Francfort.

TROUBLES A WORMS ET DANS LE DUCHÉ DE BRUNSWICK. Itilo Ifi

res impériaux voulment, pour pacifier la ville, réintégrer les anciens magistrats dans leurs fonctions, ils furent insultés par la populace. Un édit de l'Empereur, revêtu de sa signature et alTiclié au Homer, fut mis en pièces; le héraut impérial menacé de mort Ce ne fut qu'avec les plus grandes difficultés, et lorsque Fettmilcli eut été jeté en prison et mis au ban, que le calme se rétablit. Les principaux meneurs furent exécutés *.

A la même date, une émeute éclatait à Worms; là aussi l'usure des juifs lui avait servi de prétexte. Gomme à Francfort, « au grand préjudice et scandale des honnêtes gens, lesjuifs étaient protégés et soutenus en secret par le conseil ».Le i*"" octobre 1614, la bourgeoisie avait obtenu de la Chambre Impériale un arrêt sévère contre la municipalité.Ordre lui avait été donné de ne plus tolérer l'usure illégale des juifs, qui ne devaient plus prendre que oO; 0 d'intérêts « et s'entendre avec les bourgeois au sujet de ce «lu'ils avaient exigé de trop jusque-là. » Mais voyant que les conseillers semblaient n'attaclier aucune importance à cet arrêt, les bourgeois s'assemblèrent, formèrent un comité, chassèrent les Juifs, et, le 10 avril 16lo, saccagèrent leurs synagogues et leurs cimetières, sous prétexte rpie tout vestip;e de l'idolâtrie judaïque devait disparaître. Le conseil fut impuissant à réprimer le désordre; il fallut cjuc l'Électeur palatin vint à son secours. Le 25 avril, 4,000 soldais et six canons entraient dans la ville, où bientôt la tran([uillité fut rétablie '-. « Les princes et les puissants, » lit-on dans un pamphlet de cette époque, « sont pour la plupart les amis et les compères des juifs blasphémateurs; et il en sera ainsi jusqu'au jour où les princes eu.x-mèmes seront engloutis et dévorés par la guerre formidable ({ui, par la permission de Dieu, semble maintenant à notre porte -^ >

Uaus le duché de Brunswick, « le feu qui couvait sous la cendre et menaçait à tout moment d'incendier tout l'Empire, » constituait un danger autrement grave ([ue les émeutes de Francfort ou de Worms.

Brunswick était depuis longtemps en querelle avec ses ducs, et avait encouru le ban d'Empire, Frédéric-Ulrich, qui avait succédé

' Pour plus de détails sur l'émeute et ses suites, voy.KuiEGK, Gesch. um Frankfurt, pp. 237-417.

- Senkenberg, t. XXIV, pp. 37 44.

ï Gerechte Strafe fjerjen die wucherische Judenschaf t su Wornis.Feaïlle \oIaale. 1Ô17.

724 CUIUSTIA.N IV Dli UA.MiMAllCK ET LKS EJATS GE.NKKAUX.

à son père dans l'élé de 1G13, n'avait pu obtenir des bourgeois le serment d'usage. A l'intérieur, les partis s'eutre-déchiraicnt. En J614, les bourgeois, « las des vexations et des persécutions auxquelles ils étaient tous les jours eu butte, » se soulevèrent contre leurs magistrats. De Wolfenbütlel, les conseillers du duc « attisaient le feu », donnaient au peuple « de bonnes paroles et de douces consolations », lui répétaient qu'il était indignement trahi par ses gouvernants; qu'il manquait de pain, et supportait cependant d'écrasants impôts; la commune devait donc se sépai-er du conseil et conclure un traité avec le duc. Gomme le conseil négociait alors une alliance avec les Etats-Géuéraux calvinistes les prédicanls prétendirent qu'on voulait imposer à la ville une religion nouvelle. La bourgeoisie élut un comité composé de vingt membres et entra en relations avec le duc, mais « tout se perdit dans le sable». Pendant l'été de 1G15, Frédéric-Ulrich, à la tète d'une armée considérable, vint mettre le siège devant Brunswick, et somma la cité de se rendre. Mais les villes qu'on appelait alors « villes correspondantes j>, I^ubeck, Brème, Magdebourg et Lunébourg, vinrent au secours des assiégés, tandis que de eon côté le duc trouvait aide et assistance près du roi Christian de Danemark. Sur les instances des villes hanséatiques, les États-Généraux dirigèrent sur Brunswick trente-deux compagnies de cavaliers et 4,000 fantassins sous le commandement d'Henri de Nassau. Les ambassadeurs des Élats-Généraux informèrent Lübeck, le 3 novembre, que le prince avait déjà pénétré dans le comté de Ravensberg, et qu'il commandait l'armée la mieux disciplinée du monde, conduite par les meilleurs capitaines. « A cette nouvelle, » écrivait de Lübeck le bourgmestre Brockes, « nous nous sommes tous extrêmement réjouis; à Hambourg, le peuple a fait éclater sa joie: à la bourse, on était plus content que si vingt navires chargés de marchandises étaient entrés dans le port. » Le roi de Danemark, au contraire, versa des larmes amères en apprenant l'arrivée des Hollandais, et ne songea plus qu'à battre en retraite. Frédéric-Ulrich disait : « Les villes voudraient se débarrasser de tous les princes. Elles rêvent une nouvelle Suisse; aussi est-il grand temps que les princes s'unissent pour anéantir leurs projets. » Mais les demandes de secours qu'il en voyait de tous côtés ne furent pas exaucées. Le landgrave Maurice de Hesse se contenta de l'exhorter à la prudence, v Si cette agitation continue, » écrivait-il, « d'autres s'en mêleront, et les potentats étrangers et leurs alliés mettront tout le voisinage et peut-être même tout l'Empire à feu et à sang. » « On a pu se convaincre durant toute cette guerre, >> s'écriait Brockes avec une sorte de iriomplie, « du peu de dévouement (]u'en cas

LE ROI DE DANEMARCK ET LES VILLES H ANSÉATIQUES. PLA.N DU Hul. 725

de péril un prince rencontre parmi ses plus pioches amis. Le duc est apparenté avec presque tous les princes évangéliques; cependant aucun d'eux ne bouge, personne ne prend à cœur ses intérêts, et pourtant le péril est grand, et les villes sont pour ainsi dire sur ses talons. Ce que le roi de Danemark a fait pour lui n'a pas été inspiré par l'affection, mais par la haine qu'il ressent pour les villes, et par son ambition déçue, car il espérait bien que la conquête de Brunswick le mettrait en état de parler en maître à Lübeck et ailleurs. »

Mais ce ne fut pas la puissance des cités allemandes, ce fut l'approche de l'armée hollandaise qui contraignitleduc àleverle siège, qui avait déjà coûté la vie à 10.000 de ses soldats. Il dut se résigner à conclure avec Brunswick un traité très désavantageux. « Désormais, » écrivait Gaspard Schoppe, « les Hollandais peuvent se vanter d'être maîtres absolus sur le Rhin et au nord de l'Empire. La Hesse ne peut pour ainsi dire faire aucun mouvement sans leur agrément. » Au rapport de Brockesjorsqiie les villes hanséatiqiies tenaient leurs assemblées, les ambassadeurs de « messieurs des États, » y avaient le premier rang.

Après que l'affaire de Brunswick eut été ainsi (c accommodée«, la plupart des villes hanséatiques, malgré toutes les représentations de l'Empereur, firent alliance avec les États-Généraux (décembre 1615) dans l'espoir d'obtenir « un appui temporaire contre le Danemark 1 ^).

Christian n'avait jamais considéré les villes que comme une dépendance de ses états; il se posait, vis-à-vis d'elles, en maître de la mer, et prétendait leur prescrire l'usage qu'elles devaient faire de leur puissance maritime dans la mer du Nord et dans la Baltique. L'Empereur, en 1613, lui ayant écrit qu'il lui était impossible de tolérer plus longtemps les violences dont Lübeck était l'objet, puisque la Baltique faisait partie intégrante de l'Empire, Christian répondit que ce n'était pas l'Empire, mais le Danemark qui de tout temps avait dominé sur la Baltique. L'année suivante lorsque les villes envoyèrent une ambassade à Copenhague pour se plaindre des entraves apportées à leur commerce à Bergen, on se contenta de leur répondre que le roi avait le d»'oit de confisquer tous leurs établissements et comptoirs. « En vertu de ma toute-puissance royale, » écrivait Christian au roi d'Angleterre, « les anciens privilèges des villes hanséatiques ont été abolis, et je ne leur reconnais plus aucun droit commercial dans mon royaume. » Un jour, à table

' ** Klopp, t. I, p. 198. Dès le mois de mai 1613, Lübeck avait sioné ua traité HA-ec les Etats-Généraux, voy. p. 197.

720 IFS ÉTATS-GF.NÉRAUX MAITRES SOUVERAINS DANS l'f.MPIRE. 1614.

à Wolfenbutlel, il lui éolinppa de dire : « Au temps où nous vivons, chacun liappe le morceau qui lui convient. Le Danemark, lui aussi saura se faire sa part. »

Aussi rêvait-il de s'emparer de rarclievêché dp Brème, et s'elforçait-il de faire nommer son fils coadjuteur et successeur de l'archevêque protestant de cette ville. A la cour de l'Empereur, il prétendait, pour expliquer sa conduite, que les Calvinistes convoitaient l'évêché et voulaient y interdire la Gonlession d'Augsbourg; mais à la même date, il réclamait l'assistance des États-Généraux calvinistes et leur ariinnait que les Espagnols et les papistes voulaient, au préjudice des Evangéliijues, s'emparer de tous les évêchés d'Allemagne. A Brème, o>i sut qu'il avait dit un jour c qu'il se soucinit Met) moins d'humilier la prêlraille et de s'emparer de l'évêché (]ue de dominer sur le Weser, sur l'Elbe et dans les villes riveraines ». Il recrutait activement cavalieis et lansquenets, lorsqu'il fut informé des préparatifs de guerre des « villes correspondantes » et de la résolution prise par les États Généraux de prendre contre lui la défense de Brème. Ces nouvelles le décidèrent à renoncer pour le moment à ses plans ambitieux ^ « Personne n'ignore, et la chose saule aux yeux de tout le monde, » dit l'Empereur aux membres d'Empire, le 21 mars lülO, « que les États- Généraux onlpoussé à l'extrême leur audace, et qu'iU exercent dans lEmpire un pouvoir immense depuis qu'ils se sont enqtarés de l'important port de Emden. On n'entend parler depuis ce jour que de leurs contiiuiels attentats et violences dans les évêchés et archevêchés, à Cologne, à Munster, à Paderborn, à Hildesheim, dans les principautés de Juliers, Clèves et Berg, dans les comtés et seigneuries de Mors et de Ravensberg. Ils sont maîtres des principaux passages du Bhin, de la Moselle, de l'Euns, du Weser. Grâce à leur nouveau traité avec les villes hanséatiques, ils disposent maintenant de l'Elbe et de l'Oder, par conséquent de presque tous nos passages. Aujourd'hui, ils osent menacer le cœur même du Saint-Empire. Récemment, sous prétexte de secourir Brunswvick, ils ont fait subir des pertes incalculables aux membres d'Empire obéissants, dont ils ont traversé les domaines et rançonné les sujets. Dans le Juliers ils ont reconquis plusieurs territoires, et, non contents de tout cela, ils encouragent le sultan à reprendre la guerre 2. »

» Sur ce sujet voy. «rockes, t. Il, pp. 31, 2S4, 288-294, 367, 414-410, 417-420, 422. Voy. Braunschtveijische Handel (1616), pp. 8-11. SE>KENBEHG,t. XXIII, pp. 666-657, et t. XXIV, p. 81.

s Arrhiviam Unilo- Protesfantiiim, pp. 42-43.

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