‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 313 sur 573 · UN PRINCE DE L UVIOV SUR LA POLITIQUE DES ETATS-GENERAUX · texte numérisé non relu

UN PRINCE DE L UVIOV SUR LA POLITIQUE DES ETATS-GENERAUX

Les Éfats-Géiiér;ujx pouvaient, en etïet, se considérer à bon droit comme « les maîtres de l'Empire. » Sous prétexte d'établir en tous lieux « le gouvernement populaire » ils mettaient « la main dans le jeu » aussitôt qu'un sujet se révoltait contre son prince. « Que pouvez -vous dire pour justifier votre conduite, vous autres Hollandais?» écrivait l'auteur de la Dhcordista ; « pourquoi avez-vous pris parti contre le duc? r>e duc n'est-il pas le beau-frère du Brandebourg, votre allié? il ne s'agit guère de religion dans toute cette alï'aire, puisque nulle part le Calvinisme n'est plus détesté qu'à Brunswick! Quelle raison pouvez-vous donc alléguer, si ce n'est votre haine pour le gouvernement des princes, votre passion pour le gouvernement populaire'^ Magdebourg a sollicité votre alliance. Je voudrais bien savoir pourquoi une ville si éloignée de vous veut devenir votre alliée! Je sais bien ce que vous pourriez me répondre : c'est parce que vous défendez toutes les villes contre tous les princes! Vous vous souciez fort peu du prétexte de la guerre. Vous ne vous intéressez qu'aux combattants ^ »

Même parmi les Unis, la politique ambitieuse des Étals-Généraux excitait de vives alarmes. « Un prince très considérable de l'Oberland, » (probablement le duc de Wurtemberg), écrivant à un conseiller du Brandeboug, recommandait instamment de ne pas entretenir avec les Hollandais des rapports trop confiants et trop intimes : « Ils se préoccupent fort peu de religion, » écrit-il, « mais beaucoup de dominer et de gouverner. Quand bien niême, avec leur secours, on parviendrait à l'uiner tous les membres d'Empire papistes et à mellie tous leurs territoires entre nos mains, il est certain qu'ils s'arrangeraient de façon à garder les meilleurs morceaux pour eux, et qu'ils ne tarderaient pas à convoiter les états des princes temporels. Ils ne rêvent que d'établir en tous lieux le gouvernement démocratique, et, dans l'Empire même, ils ont des jiartisans, et trouvent de bons amis pour les aider. Dans le Palalinat et dans quelques villes libres, une foule d'intrus, français, écossais, hollandais, anglais, entretiennent avec eux d'activés relations, et leur ouvriraient volontiers les portes. Celui qui refuse de me croire n'a (ju'à se rappeler ce qui vient de se passer à Worms et à Francfort; non seulement la sédition de ces deux villes a été de longue inain préparée par les intrigues hollandaises, mais ce sont les Hollandais qui ont prolongé la crise, de sorte qu'il a fallu beaucoup de

* Discordista, sive secunc/us Sciopjjius, etc. \o\. Haagen, Zur pulittschen Gesch. Deutschlands, pp. 309-3 M.

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temps, d'efforts et de sacrifices pour réparer tout le mal qu'ils ont fait. Plusieurs craionent avec raison que l'incendie ne se rallume; ils viennent de s'allier aux villes hanséatiques, et l'exemple de Brunswick suffit à nous convaincre qu'il en coûte beaucoup pour soumettre une seule de ces villes. -» « Les Hollandais ont encore une autre prétention, c'est d'établir le gouvernement démocratique dans toutes les villes libres, où, sinon le conseil, du moins la bourgeoisie, ne désire rien tant que do voir s'établir une démocratie universelle et de se débarrasserde tout ce qui y met obstacle. Les villes ont donc le plus grand intérêt à se rapprocher des États-Généraux. car ils partagent leurs idées, et peuvent leur fournir l'occasion qu'elles cherchent. De plus, nombre de princes et de seigneurs ont contracté des dettes, des engagements vis-à-vis des cités; elles sont parfaitement au courant de l'état de leurs finances; aussi n'ont-elles pas une haute idée de leurs ressources, et ne les craignent-elles pas. Or si un jour les États-Généraux, les villes libres et celles de la hanse réunissaient leurs forces et attaquaient les princes et comtes, qui serait en état de leur résister, surtout si les biens et propriétés du clergé étaient déjà en leur pouvoir? Et si un pareil mouvement se produisait dans l'Empire, nous pouvons être certains que le peuple des campagnes et les populations urbaines s'y joindraient aussitôt, car le peuple attend avec impatience une révolution, et il en espère sa délivrance. Depuis longtemps, les paysans se plaignent des charges, des impôts ordinaires et extraordinaires dont ils sont accablés. Ils se joindraient avec empressement à leurs hôtes étrangers, et d'euxmêmes prendraient les armes contre leurs gouvernants; dans certains pays, ils sont devenus très habiles à les manier. Tout au moins défendraient-ils faiblement leurs maîtres. Pour tous ces motifs, les membres d'Empire et les princes auraient le dessous si la lutte s'engageait. »

Cette lettre confidentielle jette une vive lumière sur les secrètes intentions de l'Union, qui prétendait toujours ne s'être armée que pour la défense. « Si l'on se mettait avec cœur à la besogne, » disait encore le prince de l'Oberland « nous pourrions espérer en venir h nos fins, et nous débarrasser des papistes sans le secours des Etats Généraux. Le mieux serait de rester quelque temps tranquilles, nous bornant à demander que le traité de paix d'Augsbourg soit corrigé et expliqué comme nous le désirons, temporisant et patientant jusqu'à ce qu'une bonne occasion se présente *. »

' Arr/iiriuin l'nilo-Prolestantium. App. 43-251. Höfler,' Fi'i'inkisdie Sfudien, pp. 28o-2'.tO, sous ce titre : Vertrautes Schreiben an einem cliurfürstlich bran-

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C'est dans cette« temporisation » que consista, pendant les années qui suivirent, toute la politique de l'Union.

denhurgischen Rath von einem fürnehmen oberländischen Fürsten, 3ß noo. (anc. style) iCi.j. Voy. t'i.AFF, Gesch. vnii Wurfend/er;/, t. II, p. 6S, et Klopp, l. I, pp. 185 et suiv., p. 188.

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