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CHAPITRE X

L\ POLITlOUe DE I.'UN'ION ET « LES PERFIDES COMPLOTS DKS PAPISTES. )) DISSOLUTION DE LA LKiUR C VTHOI-IQUE (lOli-1610).

Après rassemblée de Ratishonne, lesUiiisel les membres d'Empire allachés à leur piiti piiblièrenl un loue: mémoire contenant l'examen approfondi de ce qui s'était passé à la Diète. Les membres catboliques étaient rendus responsables de l'insuccès des négociations. Les Unis n'avaient clieicbé que la paix, animés (|u'ils étaient du plus profondamour pour les lois de l'Empire et pour la justice; tandisque les papistes n'avaient qu'un unique désir, l'oppression et la ruine de l'Église Evangéliqu!^. P.ir leur prétendue majorité des voix, ils avaient voulu tout diriger, tout décider, l'emporter sur les Êlecteursévangéliques et sur tous les membres d'Empire '. Le duc Jean- Frédéric de Wurtemberg écrivait en janvier IGli au duc Frédéric- UU'ich de Brunswick qu'il pressait de se joindre à l'Union : « Les membres papistes ne veulent faire aucune concessiou quant à l'aflaire des couvents; ils s'opposent à la réforme de la justice. Aussi est-il à craindre que les Évangéliques ne soient contraints de renoncer non seulement à toutes les abbayes, mais encore à leurs états et à leurs sujets^. » Le landgrave Maurice de Hesse affirmait, que lespjpistes se prépiiaient à la guerre : « Ils sont décidés à risquer le tout pour le tout, » disait-il, u ils exposeront ce (|ui leur reste pour iccouvrer ce qu'ils ont j)erdu ^. )>

ft La plus impérieuse nécessité » commandait done de fortifier l'Union. Daus les premiers mois de 1614, plusieurs princes unis, assemblés à Sluttgard.résolurenldc faire les derniers efforts pour décider Berne et Zuricb à entrer dans leur confédération ^ Maurice de Hesse fut envoyé dans les I^ays-Bas pour solliciter l'intervention

1 «... cum tarnen, maxime in libero inperio, par in parem non liabeat imperium ». Senkenberg, 2' recueil, p. loi.

-Dépêche du 21 déc. 1613 ( v. style), voy. Sattler, t. VI, Do;-.,pp. 90-94.

3 Ro.MMEL, Neuere Gesch., t. III, p. 3i6, note 324.

* Senkenberg, t. XXlil, p. 720, voy. Sugenheim, Fvankreich's Einfluss, t. H, p. 7, noie.

L'UMON et le roi IlE SUÈDE GUSTAVE- ADOLPHE. 1614-1615. TH

des États Généraux relativement à une alliance avec la Suède *. Le jeune roi de Suède Gustave-Adolphe, « qui montrait une si grande ardeur pour la guerre, »semblait destiné à devenir l'un des plus fermes soutiens de l'Évangile. Dès 1613, Maurice lui avait fait parler en faveur de l'Union par le comte palatin Jean-Casimir, frère du comte de Deux-Ponts, qui avait été élevé à Gassel, était entré au service de la Suède, et, l'année suivante, avait épousé la sœur de Gustave-Adolphe. En avril 1614, après que le roi eut conclu avec les États-Généraux « une ligue défensive et amicale », Maurice envoya à Stockholm le conseiller Jean de Zobel 2, dans lequel il avait la plus grande confiance, et qui plus tard joua un rôle important dans de plus grandes ambassades, en France, en Angleterre, dans les Pays-Bas, et près des villes hanséatiques-^. Zobel était chargé de plusieurs importantes négociations. Au mois de septembre, les Unis se réunirent à Heilbronn, signèrent le traité conclu avec les États-Généraux en mai 1613 par l'entremise du Palatinat, et invitèrent fornjcllement le roi de Suède à entrer dans l'Union. ^ Pour mieux faire comprendre à ses sujets l'importance des affaires d'Allemagne, Gustave-Adolphe ordonna des prières publiques pour l'heureuse issue de l'entreprise des Unis ^. Mais en guerre avec la Pologne le roi s'excusa de ne pouvoir, pour le moment, se joindre aux Évangéliques. Au commencement de mai 1613, il répondit aux princes et membres d'Iilmpirequi lui demandaient une seconde fois de leur tendre une main secourable et de les aider à défendre la religion Évangélique et la liberté allemande, « (jue les complots papistes étaient connus de tout le monde, non seulement dans l'Empire, mais dans les royaumes voisins; que les Unis savaient tout ce que lui-même avait eu ;i subir les années précédentes de la part du roi de Pologne, l'un des soutiens de la ligue papiste 0. » <( Le roi de Pologne, rt écrivait-il, « veut dominer et régenter ce royaume boréal, il veut y établir un sc.dem belli, et de là préparer ses coups contre les poleütals, princes et états évangéliques. Mais je prétends déjouer ce complot papiste, et je suis décidé à tenir tête à la Pologne'. Lorsque la campagne sera terminée, préoccupé avant tout de

' RoMMEL, Neuere Geschichte, t. III, p. 3i9, noie 32'.).

ä Au dire de Falkenberg-, leUre à iMaurlce, févr. IIJIG, Rommel, t. III, p. 33 i, note 334.

a RoMMEL, I. III, p. 332. Voy. Brockes, t. II, p. 288.

* ROMMEL, t. Il, p. 47!.

^ Voy. Rrockes, tome II, p. 282, note la. Eq avril 1614, Zobel était venu à Lübeck,« pour se renseigner sur la situation w.

« Lubîok se chargea de présenter la lettre au roi Brockes, t. II, p. 28S.

' Geijer, Gesch. von Schweden, t. III, p. 137.

7.'Î2 ASSEMBLÉE DE NUREMBERG. MAURICE DR HESSE SUR LA LIGUE CATHOLIQUE. 1615.

l'intérêt général, je viendrai au secours des membres d'Empire unis, et je m'emploierai de tout mon pouvoir à les maintenir dans la religion (^vangélique *. » Au mois de septembre de la même année, Maurice envoya de nouveau un plénipotentiaire à Stockholm; sûr de l'appui des ambassadeurs de Hollande, il esprrait mener à bonne fin le mariage projeté depuis longtemps entre le roi de Suède et sa fille aîn(''e2. L'année suivante Gustave-Adolphe réclama les bons offices du landgrave pour hâter la conclusion d'une alliance politique et religieuse entre la Suède et l'Électorat de Brandebourg^.

Tandis que les Unis attendaient encore la réponse du roi de Suède, ils tinrent une assemblée générale à Nuremberg. La France, l'Angleterre, le Danemark, la Hollande y envoyèrent leurs ambassadeurs. « Les menjbres d'Empire évangéliques, » lit-on dans le procès-verbal de cette assemblée, « sont menacés des plus grands malheurs, car on sait, de source certaine, que les membres catholiques romains, impatients de recouvrer les évêchés et couvents confisqués, cherchent jour et nuit comment ils pourraient obtenir la restitution. Par conséquent, il faut agir, et chercher le meilleur moyen d'entraver leurs desseins*. » On discuta longuement sur la manière de conserver, de rendre plus étroite l'alliance contractée avec les États protestants de Bohême; Christian d'Anhalt, animé d'une infatigable ardeur, entretenait le zèle de ses coreligionnaires d'Autriche, de Moravie et de Silésie^. Un des princes unis, dans un mémoire adressé à l'Électeur palatin le 30 janvier, assurait qu'aussitôt que les membres ecclésiastiques auraient compris qu'on était sérieusement résolu à les combattre, ils feraient de sérieuses réflexions et viendraient d'eux-mêmes offrir la paix ^.

Quinze jours auparavant, Maurice avait fait à l'assemblée des États de la Hesse un tableau effrayant des prochaines agressions papistes. « La ligue catholique, » avait-il dit, « soutenue par le Pape, le roi d'Espagne, la cour de Bruxelles et l'Empereur, et récemment fortifiée par l'adhésion des trois Electeurs ecclésiastiques, se prépare à nous combattre; elle a décidé l'expédition d'une armée espagnole; non seulement, comme me l'assurent certaines lettres de France, de Lorraine, et d'Italie, elle veut s'emparer du pays de Juliers, mais elle entend exécuter les décrets du Concile de Trente, détruire la

» Voy. Sattler, t. VI, Doc, pp. 101-^02. 2 Bhockes, t. II, p. 374, note 4.

» RoMMEL, t. III, p. 333, note 334.

* Recez du 12-23 févr. iHlô, Senkenberg, t. XXIV, XIV-XXXVII. Voy. Soden, Kriefjs-und Sitfenfjesch., t. I, pp. 400404.

^ GiNDELY, Gesch. des bf'Innichen Aufslandes, t. 1, p. 180. « Dans Li'NîG, Siaatsconcilia, t. I, pp. 833-834.

PUISSANCE CROISSANTL: de l'union. ALLOGOTIOM AUX VILLKS LIBaiOS. 1615 733

religion évangélique, et faire couronner roi Ferdinand de Styrie. Il faut donc s'armer de courage, se préparer à la lutte et, si la chose est possible, sacrifier à l'intérêt public, d'ici à quelques mois, un demi-million, ou du moins un huitième de million de florins. 11 faut aussi nous tenir inviolablemeiu attachés à l'Union; elle seule est en état de secourir et de sauver la religion évangélique opprimée, et, si nous l'abandonnions, nous serions aussi abandonnés d'elle, et non seulement d'elle, mais encore des puisances qui lui sont alliées : la France, l'Angleterre, les États-Généraux, la Suède, les villes hanséatiques, les Vénitiens, les Suisses^. » Quelques mois plus tard, un arabassadeuranglais confiait à Brockes, le bourgmestre de Lübeck, que les États-Généraux étaient entrés en négociations avec le roi d'Angleterre « au sujet d'une ligue défensive contre les Catholiques ^ ».

Par l'intermédiaire d'Ernest de Mansfcld, l'Union noua des relations avec le duc Charles-Emmanuel de Savoie, qui espérait toujours acquérir le duché de Milan. En 161o, le duc envoya un ambassadeur en Allemagne et fut admis dans l'Union protestante; il promettait de travailler de toutes ses forces dans le sens de ses intérêts 3.

A l'assemblée d'Esslingen, les villes libres, à lagrandejoiedes Unis, se décidèrent à s'associer aux États-Généraux alliés à la confédération protestante, et s'engagèrent à verser tous les ans 4o,000 florins dans la caisse de l'Union pour le but commun^. Un conseiller de Nuremberg s'éleva seul contre cette résolution. « Si nous nous dondons à l'Union », écrivait-il dans un mémoire sur la question, « il est hors de doute que bientôt il nous faudra combattre. Les princes et seigneurs ne font pas grand cas de nous; ils nous regardent comme des paysans qui habitent entre des murs ; ils décideront entr'eux toutes les questions militaires; leurs soldats prendront leurs quartiers dans nos maisons; dans nos coffres, on trouvera leur solde; dans nos greniers, leurs vivres; avec les troupes «nirolées grâce à notre argent, nous serons pillés et opprimés; les Unis brûlent depuis longtemps de s'enrichir à nos dépens; le commerce et l'industrie seront paralysés ; l'Empereur nous fera expier notre sottise, et nos marchandises, à l'étranger, auront à subir l'embargo; si nous sommes vaincus, qui protégera les villes? Elles ne tiennent ([ue de

' RoMMEL, Neuere Gesch., t. Ilf, pp, 3i et suiv., pp. 122-l2o.

- Druckes, t. H, p. 409.

^ "... ceste union, laquelle je scrviray, fomenteray et forlifieray de tout mon pouvoir, me faisant l'Iiouueur de m'y admettre. » lustructioa pour l'ambassadeur Biandra. 1tJl3. Erdmannsduiiffeii, pp. 149-131. Voy. pp. 93 et suiv.

' Se.nke.nbüug, t. XXIV, p. 2'.).

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