PROCLAMATION CALVINISTK CONTRE LES CATHOLIQUES. 1G
l'Eaipereur leurs liberté et privilèges. La chaudière se renversera sur nous,el la victoire sera aussi t'àciieuse pour nous que la défaite. Les généraux se partageront le Ijutiu, et le Calvinisme nous sera imposé. Dès maintenant, les princes, hien (ju'ils en soient encore à quêter notre argent, logent chez nous une l'oule d'étrangers, français ou hollandais, et convoitent déjà les [iroduits, les vivres, les marchandises de nos vieilles cités. Que sera-ce lorsqu'ils seront vainqueurs^? »
Un calviniste écrivait en cette même année : « J'entends dire (|u'ün se demande parmi nous avec anxiété si les Luthériens et les Calvinistes doivent oui ou non s'unir pour combattre l'Antéchrist. Gomment peut-on discuter sur ce point (juand l'Église Évangélique »ist en péril, quand il s'agit de défendre sa vie, ses biens, son honneur contre les sanglants complots des puissances papistes et des Jésuites? Tous ceux qui auraient horreur de retomber sous le joug romain, de revenir à l'idolâtrie et de subir de nouveau la tyrannie des prêtres, ne doivent-ils pas s'unir comme un seul iiomme et s'armer, au lieu de se demander perpétuellement s'ils sont luthériens ou calvinistes? Yeuknt-ils donc être écrasés à l'heure où ils ne s'y attendront pas, et voir tomber sous un odieux esclavage, villes, patrie, maisons, champs, femmes et enfants ? car le péril est plus grand qu'on ne le croit! Nos adversaires n'attendent qu'un signal pour nous attaquer; les grades sont distribués, et les soldats n'attendent que le premier roulement de tambour pour envahir les terres évangéliques et mettre l'Empire à feu et à sang. Aveugle qui ne veut pas le comprendre! Impie et criminel qui refuse de lutter vaillamment pour l'Évangile! Oh! quelle hideuse avarice que celle qui refuse de faire un sacrilice d'argent pour sauver la patrie bien aimée et l'héritage précieux de la liberté! Debout, Allemands ! Préparez vous au combat avec allégresse et vaillance ! Allons chasser ces tonsurés qui ont juré notre perte-! )) On lit dans un Entreùen divertissant publié en celte même année :
Je viens d'apprendre de grandes nouvelles!
On dit que chez nous tous les prêtres vont être réformés.
C'est alors qu'il fera bon vivre sur la terre !
J'espère que celle année même
On se battra bravement contre la g-ent tonsurée !
1 Yoy. Lü>k;, Stautsconsi/ia, i. l, pp. 837-831). Si..nke.nbi.iig, Recueil ill, pp. 293, 303.
- Ein ehrliches deutsches Mahuwort an alle evangelischen Christen, so der Abgötterei und Knechtschaft entrinnen wollen. Feuille volante, lülä.
PROCLAMATION CALVINISTE CONTRE LES CATHOLIQUES. 7â5
Je suis charmé de la voir complotter et s'agiter, Car elle aura bientôt sa récompense i !
Le peuple lui pleinement écliiiié siu' les nouveaux complots « des prêtres eu délire » par un écrivain calviniste ([ui se donnait pour « un fidf^le callioli(|ue - » et prétendait être exactement renseigné sur les projets des plus zélés catholiques de l'Allemagne. Soutenus par le roi d'Espagne, les papistes se préparaient à déclarer la guerre à l'Evangile. Tous les non-catlioli(pies, et en premier lieu les Calvinistes et les princes de l'Unioi.', seraient massacrés s";Is refusaient de se conveitir; ainsi en avaient déeidé les Pères du Concile de Trente, car eux et leur religion devaient disparaître enlièreiTientde la terre; ensuite la nation allemande n'aurait plus (juase courber sous le joug de l'Espagne^. Et tandis (|ue les Espagnols et leurs créatures les Jésuistes préparaient tout pour la guerre de religion, les Evangéli(iucs étaient encore sans délense et sans armes ! Lulliériens, Calvinistes, tous ceux (jui aimaient leur patrie devaient s'unir fraternellement pour repousser les Espagnols et les .Jésuites ; de pacifi(jues « interpositions et compositions >) devaient s'établir dans un but de concorde entre les membres d'Empire des différentes religions. Si leurs ellorts échouaient, les potentats étrangers auraient ledevoir d'intervenir amicalement, et, consultant les désirs des deux parties et aussi les leurs, de chercher à d'établir une paix solide entre Catholi(|ues et Protestants. Ils pourraient convenir cntr'eux, dans l'intérêt général, que celle des deux parties (jui refuserait l'union religieuse serait combattue par eux et par la partie obéissante jusfju'à ce(|u'elle se fût entièrement soumise. C'est en ouvrant de pareilles perspectives que « le loyal calviniste allemand » prétendait prouver aux « catholiques romains » toute la sincérité de son dévouement ^.
Un autre calviniste, « Wernerus Albertus Ab Obrinca, » excitait les passions populaires contre les princes d'Empire ecclésiastiques,
' Ein Jcai'LziueUij Gesprech zLolsclieii einem S'jldaten and Pfaffen and ihrer beiden Köchin. 1613.
- Woiniäinender wahrJtaffter Diseurs, warum und wie die Hömisch-Catholischen in TeutcliLand sich billij von Spaniern und Jesuiten absondern, und ihrer Selbsten bei disen itzigen hochge fer liehen Zeiten wohl warnenmen sollen und txunnen... durch einen trcwhertzijen teuf sehen Catholischen gestelll, 1616. La refiitaliou de cet écrit démontre clairement que l'auteur était calviniste. Die Gei/enschrift Dracmicidium, dass i'it, Drachen Mardi, a été citée dans Werxer, Gesch. der apologetischen und fjolemischen Literatur, t. IV, p. 574, note 2. ** Voy. Krebs. Publicislih, pp. 7'J, i03 et suiv. Selon Krebs, la première édition parut en lOl.j. Voy. aussi pp. 80 et suiv., 20 i et sniv. ce ([ui concerne le Draconicidiuni.
*Pp. 4U, 58, 97-13:2 ISli-l'Ji, il^, iiU-2i'l.
736 C0NTH1-: LliS l'UlNCliS liCCLlilSI ASTIQUES. 1617.
les « tonsurés et les roturiers » de Mayence, de Trêves, de Worms, de Spire, etc. <.< Ces plats valets, huches sur des clievaux de parade, » disait-il, « aiment que les vrais princes aillent à pied comme des palefreniers. Ces fous, ces scélérats, ces maudits, ces infâmes, prétendent dominer et diriger l'Empereur lui-même, bien qu'ils ne tiennent leurs dignités (juc du Pape de Rome, c'est-à-dire de la Bête -.Ces petits lioberaux tonsurés sont maintenant tellement bouffis de vanité (|u'ils ont l'audace de s'en prendre auxÉlecteurs évangéliques de l'Union, à leurs terres, à leurs gens, et même à leurs personnes,et, pour parvenir à leurs fins, excitent, pressent, aiguillonnent l'Empereur, lui répétant qu'il n'a qu'un parti à prendre : mettre le couteau sur la i;;orge des Électeurs et princes calvinistes, les humilier, les extirper, les anéantir, et que les choses ne pourront s'arranger autrement. Là-dessus ils oflVent leurs services, leur assistance empressée. Mayence, Trêves, Worms, Spire, parlent de prendre la direction de toutes les aft'aires, et en premier lieu d'attaquer l'Électeur palatin, leur voisin, qu'ils traitent de rebelle, parce qu'il a osé prétendre à la couronne impériale; c'est ainsi que s'expriment ces gens-là, et ils se proposent de mater si bien TElecteur palatin qu'à l'avenir il se souvienne de vénérer et de glorifier la Bête de Rome et toute la troupe huilée. Que les Protestants, s'ils ne prennent pas immédiatement les armes, montrent du moins la pointe de leur pique aux prêtres en jupon qui s'affublent d'une cuirasse; qu'ils leur chantent un bon Requiem, qu'ils les saisissent vigoureusement par les cheveux, et qu'ils les décapuchonnent une bonne fois, comme ils le méritent * ! »
Un autre agitateur populaire, qui s'intitulait « l'ami de la vérité divine », affirmait sa pleine confiance en une victoire prochaine.
1 Kurt:e Erinnerung, pp. 7-8, 12-13. 21. Le conseiller de Mayence von Essern, attaqué dans cet écrit avec la dernière violence, {mblia des 1S17 « contre le caloni. niateur pervers qui signe ses pamphlets du faux nom de Wernerum Albertum ab Abrinca )i,une réponse qu'il était contraint de publier, disait-il,« pour sauver son honneur». II déclare n'avoir compose aucun des écrits qu'on lui attribue, et n'en pas même connaître l'auteur. On l'accusait d'avoir dit que les princes ecclésiastiques ne devaient pas tenir les promesses qu'ils avaient faites aux Protestants : et c'était un odieux meusong:e:.< Dans tout le cours de ma vie je n'ai jamais adressé iamoindre injure au rci, aux Electeurs ou princes évans^éliques, et je sais, Dieu merci, mieu.x que toi, comment il convient d'honorer les pouvoirs établis par Dieu sans avoir é^•ard à la relii^ion dout ils font profession. » «J'affirme devant Dieu, que pendant tout le temps que j'ai été en charge (près de l'Electeur de Mayence) je n'ai jamais trempé dans aucun Cousilia de gjerre, si ce n'est quand il a été nécessaire de le faire ou de penser à le faire pour la défense des membres princes et Electeurs catholiques, comme Dieu lui-même et le droit naturel m')- autorisaient. » En finissanl, Essern cite son adver.saiie devant rEmpcrciir, ou devant la Chambre Imperiale, ou devant l'Electeur de Saxe, et se dit tout prct à s'expliquer en leur préseuce.et à se soumettre à leur jugement, pp. G, 7,9.
EXHORTATION GAÏUOLIQUE AUX LUTIHÎRIENS. 1G17. 737
« Le jour où les Luthériens et les Calvinistes s'uniront contre les papistes, » disait-il, « leur triomphe est certain. »
Les Welches et les Espagnols
Sont pleins de ruse et d'astuce,
Mais au fond du cœur ce sont des lâches !
Dès qu'un allemand saisit, en les raillant, ses armes.
Ils ne peuvent soutenir la plaisanterie,
Et, comme des lièvres peureux, ils se sauvent *.
« 0 vous, princes et peuple luthériens ,» s'écriait un catholique, « gardez-vous de vous laisser séduire par le calviniste menteur! H ne respire que la guerre, il ne désire que verser le sang. Vous n'avez rien à craindre des Catholiques! Pourvu que vous les laissiez en repos eux et les leurs, ils ne vous feront aucun mal. Mais ceux qui, depuis qu'ils ont pénétré dans le Saint-Empire ne nous ont attiré qu'émeutes, que dévastations et pillages, voilà ceux que vous devez craindre 1 Ne comprenez-vous pas l'esprit qui les fait agir,et ce que vous-mêmes auriez à attendre d'eux si leurs complots venaient à réussir? Le passé, par de trop nombreux exemples, ne nous ditt-il pas ce qu'ils valent, ce qu'ils veulent^?» Ailleurs, le même auteur dépeint « l'esprit calviniste aux sept têtes » : « Il est atïable et bon il semble le plus compatissant des hommes, » dit-il, « il est débonnaire et bienfaisant, mais seulement jusqu'au jour où il en est venu à ses fins; il est humble et doux comme un agneau; mais aussi, rusé comme un renard, goulu comme un loup, qui plus il avale, plus il veut avaler; il est altéré de sang comme un léopard; il jette des flammes par la gueule comme un dragon. Enfin, pour tout dire en un mot, il est pervers comme le démon. »
Ne voyons-nous pas tous les jours.
Les coups sanglants qu'il frappe ?
Ne savons-nous pas les incendies qu'il ordonne?
L'esprit calviniste dévaste royaumes et pays.
L'incendie qu'il allume.
Elève jusqu'au ciel ses flammes irritées!
Pareil à linfernal Satan
Qui n'a jamais fait de bien
Depuis le commencement du monde.
Mais a semé partout le péché.
C'est ainsi que procède le calviniste perfide!
Il ne cherche qu'à nuire 1
Paroles, actes, pensées,
* VentUaiio... E rie ut erring .. der B'ïpstiacJien Gloss. (l6iG), pp. 47-48. ' Ernsthafte Vermahnanj wider die Calvinisten Mordyeist and Blatpraktiken, Feuille volante, Itill.
738 POURQUOI LA LKJUK C.VTIIOLIOUü; l'IAir FAIUm.
11 se sert de tout pour nous perdre ! IMéllc-toi de lui, ù pieux chrétien, Si tu tieüs à tuu corps et à ta vie * !
« La ligue des papistes, » qui menaçait, au dire des Protestants, lexistence même do la religion ^«Wangéiique, » était en réalité, pas redoutable, et les Catholiques ne songeaient guère à attaquer leurs ennemis. « Les membres de la ligue, » disaitMaximilien de Ikvièro en janvier 1613 àun délégué de l'ÉIectoratde Mayence, « ontpresque tous aux lèvres des paroles d'ardente foi, mais dès qu'il s'agit d'apporter leur argent, pa3er leur est dur, payer semble à la plupart d'entre eux une fort mauvaise manière de prier! » Les contributions pour la défense n'avaient pas été fournies par la plupart d'entr'eux. Les prélats d'Empire et les comtes de Souaba avaient avoué « la totale impossibilité où ils étaient de remplir leurs [engagements ». Lorsque Maximilien invita Gaspard de Hohenembs à verser la somme convenue, celui-ci réponiit : « J'h:ibite une terre éloignée où je n'entends jamais parler de rien ; d'ailleurs je m'intéresse peu à tout ce qui se passcdansl'Empire, et jene me regarde pas comme obligé à faire quelque chose pour la ligue; n'est-ce pas l'affaire de l'Empire romain de nous protéger de tout péril et de tout mal? » L'abbesse d'Empire Catherine de Buchau, refusa toute offrande, sous prétexte qu'un grand nombre de princes et d'évêchés ne faisaient pas encore partie de la ligue, et que son adhésion pourrait tourner à sa honte et confusion 2. En 1613, au moment des généreuses résolutions de Francfort ^, l'évêque de Spire avait cherché à excuser ses délais en alléguant les lenteurs de ses collègues, « qui n'étaientpas plus que lui pressés de s'exécuter >). L'évêque de Ratisbonne était « tout prêt à exposer son corps et sa vie pour la religion catholique, mais il lui était absolument impossible de donner de l'argent comptant». L'archiduc Leopold, aiministrateurdesévêchés de Passau et de Strasbourg, déclara la totale impossibilité où il se trouvait de payer ce qu'il devait. Le nouvel archevêque de Salzbourg s'excusa sur les sommes énormes qu'il était forcé de verser pour la construction d'une nouvelle cathédrale. L'Abbé de Saint-Emmeran, près Ratisbonne, ne pouvait rien faire, à cause de l'hospitalité que
* ScHEiDLE, Fließende lilütter, pp. 209-211 ; feuille volante imprimée en 1619. - WoLF, Maximilian, t. III, pp. 314-317. ^ Voy. plus haut, p. 692.