MAXIMILIEN DE BAVIÈRE ET I.A LIGUE DÉFENSIVE CATHOLIQUE
son couvent pratiquait sans relâche, comme tout le monde le savait*. « Ces lenteurs, cette pitoyable apathie, »expliquent sulTisamraent ledépit de Maximilienct le parti qu'il crut devoir prendre. Ilfit dire aux membres de la ligue, assemblés à Francfort. « que pour des raisons très légitimes il se voyait obligé de renoncer pour la seconde fois à les diriger. Redevenu simple membre de leur confédération, il ne songeait point à abandonner ses amis ; il était prêt à porter leurs fardeaux, à partager leurs périls: mais il ne reviendrait pas sur sa résolution. Les délégués des princes alliés le supplièrent de réfléchir encore ; leurs maîtres, dirent-ils, « conjuraient Sa Grâce affectueusement, fraternellement, humblement, de ne pas abandonner les Catholiques dans l'imminent péril où ils se trouvaient, dans la détresse extrême à laquelle ils étaient réduits ». Mais pour toute consolation, les ambassadeurs de Bavière se contentèrent de répondre : « Nous rapporterons vos paroles à notre maître ^. »
Pour le faire changer de résolution, les membres de l'Oberland envoyèrent à Munich l'évêque Henri d'Augsbourg, qui fît tous ses efforts pour lui persuader que son devoir était de rester à son poste. Le duc fut longtemps inflexible. « Plusieurs membres de la ligue, » dit-il, « n'ont pas même envoyé jusqu'à ce jour les sommes consenties en 1010! Gomment pourrions-nous, avec le petit nombre de membres fidèles qui ont suivi notre exemple, réussir dans notre entreprise? Il semble qu'on ait juré de me laisser sans secours; aucune des contributions plus récemment votées n'a été versée. » oc Dieu ne fait point de miracles pour les téméraires qui refusent de s'aider eux-mêmes, qui se croisent tranquillement les bras et n'agissent point ; ce n'est que lorsqu'on dépense toutes ses forces, toutes ses énergies à son service qu'on peut attendre sa bénédiction! » Ges reproches ne s'adressaient pas à l'évêque lui-même, qui était l'un des membres les plus zélés de la ligue et partageait toutes les manières de voir de Maximilien. «11 est vrai, » écrivait un évêque, «r que la question nous touche de plus près que personne, car nous sommes prêtres, et c'est surtout à nous, à nos biens, à nos propriétés qu'on en veut. La religion dont nous sommes les ministres est en péril; par conséquent nous sommes tenus de faire plus pour la bonne cause que les laïques. » Après beaucoup de discussions et d'efforts, l'évêque d'Augsbourg obtint de Maximilien qu'il resterait à la tête de la ligue jusqu'à la prochaine assemblée générale, mais à la condition que tous ses alliés, sans exception
1 Stumpf, p. Tfi. Wolf. t. III, pp. 361-362.
- Voy. ce recez dans Wolf, t. III, pp. 362-368.
740 NOUVELLE CONSTITUTION DONNKE A LA LIGUE CAIHOLIQUR. 1G13.
et sans délai, rempliraient les engagements pris à Francfort *.
Les points qui étaient restés douteux devaient être nettement fixés à Ratisboniie pendant la Diète qui allait prochainement s'y tenir et durant laquelle les membres de la ligue catholique devaient se réunir. Maxirailien ne crut pas nécessaire, comme on l'avait proposé, d'envoyer « une ambassade solennelle à Paris »; car Yilleroi, le ministre alors au pouvoir, avait confié récemment à un délégué de l'Electeur de Mayence que le « roi n'était pas avec les princes protestants du Saint-Empire, ni avec les calvinistes ligués C(mtre les catholiques; mais qu'il était tout disposé à se montrer le véritable ami des Électeurs, princes et conseils catholiques dans le cas où ils seraient attaqués par les Protestants. » Le roi d'Espagne, comme Maximilien le fit savoir à ceux de son parti le l«"" avril, avait promis de s'employer avec zMe pour les intérêts de la ligue et de la foi catholique. Mais le duc déclara de nouveau qu'il ne garderait le suprême commandement que dans le cas où ses alliés cesseraient de se montrer « indécis, froids et apathiques ». Si les princes ecclésiastiques voulaient pour tout ;de bon défendre leurs intérêts et sauver l'Église, ils devaient, disait-il, sacrifier sans hésiter le dixième de leurs revenus, car le péril les regardait plus que les autres. Ils pouvaient aussi, sans aucun inconvénient, et jusqu'à ce que le danger se fût un peu éloigné, appliquer aux besoins présents les revenus considérables attachés à quelques bénéfices vacants, ne comportant aucune charge d'àmcs -.
Mais aucune sérieuse résolution ne fut prise à Ratisbonne. Klesl fit tant et si bien que le prestige de la ligue catholique fut considérablement affaibli. Sans l'assentiment de Maximilien, on lui donna une nouvelle constitution, en vertu de laquelle la Maison d'Autriche devait non seulement partager avec Maximilien la direction générale, mais encore avoir une influence prépondérante. La première constitution reconnaissait au duc de Bavière, du moins dans les questions militaires, un pouvoir sans restriction. La seconde donnait trois chefs à la ligue : un chef pour la Bavière, un chef pour les pays du Rhin, l'archiduc Albert, un chef pour l'Autriche, Maximilien de Tyrol. Ces changements, ainsi que les conseillers du duc de Bavière le firent remarquer, étaient faits pour mettre le désordre et la confusion, l'hésitation et les retards dans toutes les résolutions; les trois directeurs, revêtus du même pouvoir, n'auraient pas, au moment décisif, le temps de se concerter sur les mesures à prendre,
' Stumpf, pp. 76-78.
2 Woi.F, t. III, pp. 456-458 .