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CHAPITRE XI

f-A QUESTION DE LA « COMPOSITION » ET CELLE DE LA SUCCESSION

A l'ehpiue. attentats de l'union. 1615-1G18. ^

Tandis que la ligue défensive catiioli<|ue se désorganisait peu à peu, les confédérés continuaient à réclamer la convocation d'une « diète de composition » ayant pour but la conclusion d'un nouveau traité, dans le gern'o de celui de l*assau, entre les membres des deux religions. A Ratisbontie Klesl s'était fait l'avocat de ce projet; il avait pressé l'Empereur do l'approuver, espérant par là rendre les membres correspondants plus souples relativement aux subsides indispensables à la campagne tunjue.

Mais dès cette époque les membres catholiques avaient été d'uu autre avis. « Pour nous, w disaient-ils, « tous les contrats précédents ont toujours commencé et fini par des sacrifices. » « Les correspondants ne veulent qu'une chose, ne poursuivent qu'un but : s'établir solidement dans la possession des biens ecclésiastiques confisqués depuis le traité de Passau. Nous ne pourrions les laisser faire sans risquer de perdre encore le peu qui nous reste : de quelque manière que soit rédigé le nouveau traité, il n'excitera pas de moins ardentes convoitises que le traité de Passau. il est donc préférable, bien que ce plan ne soit pas sans péril, d'attendre que le temps et les circonstances nous fournissent l'occasion de recouvrer ce qui nous appartient. Mieux vaut patienter que de signer dès maintenant l'arrêt de notre ruine i. » « On s'occupe beaucoup de savoir, » écrivait le conseiller de Mayence von Essern dans un mémoire adressé à son maître pendant la Diète, « si les membres catholiques doivent et peuvent faire des concessions pour mieux sauvegarder leurs intérêts; nos adversaires, nous dit-on, vont défendre ce qu'ils nous ont pris les armes à la main, et nous ne sommes pas préparés à nous défendre; nous sommes hors d'état de soutenir la lutte; il

1 Schmidt, Neuere Gesch., t. VII, p. 12.

746 DIKTK DE COMPOSITION, 1615.

vaut donc mißux céder (juelque chose quo tout exposer. Mais d'autre part on répond : Les Catholiques, par tant de concessions, c'est-à-dire en abandonnant sans retour les évèchés et les églises confisqués, feraient une irréparable faute, car ils donneraient aux Calvinistes le courage de poussej- plus avant leurs empiétements et de ruiner entièrement l'Église romaine en Allemagne. Essern partageait co dernier avis : « Si les Catholiques, » disait-il, « cédaient à leurs adversaires ce qui leur a été injustement ravi, ils n'auraient pas pour cela la certitude de conserver ce qu'ils possèdentcncore.Car,du côté des correspondants calvinistes, promesses et serments ne signifient absolument rien, comme l'expérience nous en a convaincus. Aussi vaut-il bien mieux procurer la gloire de Dieu et servir l'Église par une courageuse résistance, que de perdre tout par faiblesse. Les empereurs catholiques, les princes, les autorités sont obligés devant Dieu et devant leur conscience, à cause de la mission qu'ils ont reçue de Dieu même, à cause de leurs serments, de s'opposer à la violence qu'on leur veut faire; le plus sacré de leurs devoirs, c'est d'exposer leurs biens, leur corps et leur vie pour la défense de leurs droits ^. »

En février 1615, les correspondants, réunis à Nuremberg, supplièrent de nouveau l'Empereur «de suivre l'exemple du roi Ferdinand, de désigner quelques membres d'Empire pacifiques et éclairés et de les charger d'intervenir entre les membres protestants et les membres catholiques; ces arbitres entendraient les parties avec bonté, se montreraient envers elles « impartiaux et patients )), et, toutes les fois que la chose serait possible, établiraient un accord; on soumettrait les points conciliés à l'Empereur et aux membres d'Empire assemblés, qui leur donneraient une sanction définitive ». Mathias fit part de cette proposition aux Électeurs ecclésiastiques, et ceux-ciré pondirent le 9 juin « qu'instruits par le passé il leur était impossible d'espérer aucun bon résultat du projet qu'on leur présentait; que, du moins, les correspondants devaient désigner clairement les points à discuter, les conditions de l'accord, et leur expliquer comment its comptaient donner aux Catholiques plus de sécurité et d'avantages que par le passé ». Maximilien de Bavière, consulté à ce sujet, avait répondu dès le lo mai « que ce projet, d'un intérêt si capital pour les Catholiques, devait premièrement leur être exposé; qu'ils ne pourraient donner une réponse définitive qu'après avoir délibéré entr'eux, et que, par conséquent, il fallait avant tout se réunir et peser le pour et le contre. » Personnellement,

' Voyez LuNiG, Staatscorisilia, t. I, pp. 787-792.

QUESTION DE LA SUCCESSION DE l'eMPIRE. 1614. 747

le duc était convaincu que « la Diète de composition » n'aurait aucun bon résultat, et deviendrait, au contraire, le prétexte d'un malentendu plus irrémédiable; il disait que les parties ne parviendraient même pas à s'entendre sur le choix d'un seul arbitre, et que, s'il s'élevait un différend, personne ne serait en état de le trancher, puisque tout serait basé sur un accord à l'amiable, et que l'Empereur, en autorisant la Diète de Composition, aurait implicitement renoncé à ses droits d'arbitrage suprême; de plus il semblait impossible d'espérer que, dans un si grave débat, les arbitres eux-mêmes se missent d'accord ; et quand bien même la chose serait possible, il était encore plus douteux que les parties se montrassent satisfaites des résolutions adoptées; d'autant plus qu'au fond la Diète, par le seul fait de son existence, supprimait la suprématie de l'Empereur, et que, par conséquent, en admettant qu'un accord fût possible sur plusieurs points, la difficulté serait toujours de concilier les autres au contentement de tous, et cela nonplus au moyen d'un vote, mais uniquement par la voie de la persuasion. Au demeurant, le duc se déclarait incapable de comprendre comment la Diète, qui serait une premit-re et grave atteinte portée aux prérogatives de Sa Majesté Impériale et à la constitution, pourrait servir les intérêts de l'Empire '. Presque généralement, les Catholiques étaient persuadés que par cette « proposition » les correspondants n'avaient eu qu'un but : se faire légalement autoriser à garder ce qu'ils possédaient, et dans le cas où ils n'y réussiraient pas, obtenir par la violence ce qui leur serait refusé, comme déjà ils menaçaient de le faire. D'ailleurs, sur quel sujet serait-il possible de s'entendre à l'amiable ? Toute « composition » semblait impossible, puisque les correspondants ne consentiraient pas à s'en remettre à la décision d'un arbitre impartiallorsque, sur une question, les voix se partageraient également'^.

Au conseil de l'Empereur, Klesl s'était fait l'avocat des Protestants et soutenait chaleureusement la nécessité de la Diète de composition, dans l'espoir d'ajourner le plus longtemps possible une décision relative à la succession à l'Empire.

' Breyer, t. I, pp. 39-52. Gindely {Geschichte des böhmischen Aufstandes), dit, en s'appuyaiit sur de nombreuses correspondances conservées aux archives de Vienne, que les Catholiques aussi bien que les correspondants ne voulaient de la Dicte de composition que dans le cas où on leur ferait d'avance certaines concessions ; or les concessions réclamées par les deux partis s'excluaient réciproquement. 11 était donc impossible d'espérer que la Diète pût jamais se réunir.

- LÜMG, Staatsconsilia, t. I, pp. 934-935. Tout ce mémoire met dans une vive lumière le triste désarroi de la politique impériale à cette date. *** Voyez sur le même écrit les détails fournis par Krebs, Pablicistish, pp. 208 et suiv.

748 LA DIKTE DE COMPOSITION. iGIo.

A l'époque même de l'élection de Mathias, couronne à l'âge de cinquante-cinq ans, la question de succession avait clé posée par l'ambassadeur d'Espagne et vivement appuyée par les Électeurs ecclésiastiques et par le nonce, car les Catholiques craignaient avec raison que les correspondants ne profitassent d'un interrègne pour faire élire un empereur protestant. L'archiduc Maximilien soutenait de tout son pouvoir les prétentions de son cousin Ferdinand de Styrie,parce qu'il lui semblait qu'étant déjà roi de Bohême et de Hongrie et maître des pays héréditaires, Ferdinand serait plus en état que tout autre de relever la puissance de la Maison de Habsbourg. Les Électeurs ecclésiastiques semblaient bien disposés pour lui, et, dès 1614, avaient parlé de fixer la date de la Diète d'élection « . Mais Klesl ne voulait à aucun prix que le choix prématuré d'un Empereur compromît sa haute situation politique. Il exerçait toujours un tel ascendant sur Mathias que l'ambassadeur de Mayence, Brömser, écrivait avec humeur à son maître le 28 février 1614 : « Impossible de rien obtenir sans l'intervention de ce diable d'homme - ! « Quand il s'entretenait avec l'archiduc Maximilien, Klesl affectait de désirer ardemment la Diète d'élection; « mais il est impossible d'y songer, » écrivait-il à l'archiduc vers la fin d'octobre 1614, « avant de s'être entendu (avec les Catholiques et sans concéder la Diète de composition tant réclamée par les correspondants; avant que la conciliation n'ait été obtenue, le Palatinat et le Brandebourg ne voudront pas entendre parler d'élection; peutêtre même protesteraient-ils contre le choix qu'on pourrait faire, éliraient-ils un autre Empereur, et. dans ce cas, la Maison d'Autriche, l'Empire tout entier et la religion catholique seraient perdus sans retour. » « Il est du devoir des Catholiques d'accepter la Diète de composition ; car ce qu'ils réclament n'est que d'intérêt privé, au lieu que l'affaire de la succession est d'un intérêt général; elle importe à la patrie tout entière, et doit par conséquent l'emporter sur tout autre. Est-ce donc une chose nouvelle qu'en vue d'un plus grand bien on cède à un ennemi un léger avantage? Bien souvent la nécessité nous contraint de mordre dans une pomme que nous trouvons d'abord aigre et dure et qui finit par nous sembler douce et savoureuse. Quand bien même les Catholiques ne céderaient sur aucun point pendant la Diète de composition, ils feraient beaucoup en donnant une preuve de condescendance; on apprend à se connaître en se rapprochant; ils apprécieraient avec plus d'équité les motifs et les intentions de leurs adversaires, et qui sait si les choses

* GiNDELY. Gesch. des bö/irniscJiew Aufstandes, t. I, pp. 7-21.

* Kerschbaumer, p. 198, note.

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