‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 320 sur 573 · QUESTION DE LA SUCCESSION. 161 C · texte numérisé non relu

QUESTION DE LA SUCCESSION. 161 C

ne finiraient pas par s'arranger *? » Ces déclarations de l'habile homme politique expliquent le désir qu'avaient les Protestants de le voir siéger à la Diète. A leurs yeux, Klesl était un homme précieux, que tous ceux de leur parti devaient regarder comme leur protecteur et leur ami ; au contraire, ils eussent voulu voir exclu des assemblées l'Électeur luthérien de Saxe et le landgrave luthérien de Hesse-Darrastadt.

Tandis que l'archiduc Maximilien et l'archevêque de Mayence pressaient l'Empereur de ne plus différer l'élection de son successeur, Klesl, durant l'automne de I6I0, s'efforçait de le convaincre que l'élection était impossible, et que les Électeurs protestants n'en voulaient à aucun prix. « Personne n'ignore, » disait-il, « que les correspondants appellent de tous leurs vœux un interrègne '-. »

C'était précisément pour ce motif que Maximilien et les Électeurs catholiques suppliaient Mathias de hâter l'élection. Ils finirent par obtenir la convocation des Électeurs non pour la « composition », mais uniquement pour la question de succession-^. Dans un mémoire remis à l'Empereur le 18 février, Maximilien lui annonçait que les Électeurs ecclésiastiques étaient prêts à répondre à son appel; il lui conseillait de s'entendre personnellementavec Jean-Georges de Saxe, afin que celui-ci non seulement consentît à la Diète d'élection, mais la fît accepter du Palatinat et du Brandebourg. Il ajoutait: « Quand bien même ces deux princes soulèveraient des difficultés et refuseraient la Diète, l'élection n'en serait pas moins valide puisque, d'après la Bulle d'or, la minorité est obligée de céder à la majorité. Ferdinand I'^'" a été élu sans le consentement de la Saxe. »

Mais ce n'était pas en s'inspirant de la Bulle d'or que Maximilien conseillait à l'Empereur « de se réserver le choix de son successeur quelque fût le vote de la majorité ». Pour lutter contre les résistances qu'il prévoyait, il jugeait indispensable de faire des préparatifs de guerre *, conseil qu'il avait déjà donné dans un premier mémoire : selon lui une armée bien disciplinée devait être levée sans retard sur le sol de l'Empire; Ferdinand de Styrie devait en prendre le commandement, et les cours de Bruxelles et de Madrid venir au secours de l'Empire. De cette manière, les rebelles concevraient un effroi salutaire, les « neutralistes » seraient rappelés au sentiment

' Hammer, t. III, Urkiindenband, ])p. 142-145.

' Hammer, t. III, Urkundenbnnd, pp.i66-267.

3 Dépêche de l'Electeur Ferdinand de Cologae à Maximilien de Bavière, 30 mai 1616. Voyez Breyer, Z)oc., t. I, pp. 4-5.

* Voyez le mémoire de Maximilien dans Khevenhiller, t. VIII, pp. 882-888. LoNDORP, Acta publ., t. I, pp. 350-351. Lumg, Staatsconsilia, t. I, pp. 916-919.

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de leur devoir, et les obéissants reprendraient courage*. Mathias fit savoir à son frère qu'il approuvait ses vues, qu'il irait trouver l'Électeur de Saxe et veillerait lui-mt*me à ce que l'élection fût acceptée dans les pays autrichiens ?. Maximilien crutdonc que la Diète était obtenue, surtout après que Klesl, auquel il avait envoyé son mémoire, lui eût assuré qu'il l'approuvait entièrement, et ferait tout pour maintenir l'Empereur dans ses bonnes résolutions. « .Te ne pourrais lui donner un autre conseil que celui de Votre Grâce, » lui écrivait-il, « sans blesser extrêmement ma conscience ^. »

Mais Klesl, « l'homme aux ruses inextricables ^, » ne voulait, en réalité, ni de la Diète d'élection ni de Ferdinand. Il entretenait l'Empereur dans un état de doute et d'anxiété en lui insinuant que ses frères se jouaient peut être de lui comme lui-même, autrefois, s'étaitjouéde Rodolphe, que très probablement ils conspiraient contre sa personne et que les ennemis de sa Maison, furieux de voir déjà soulevée la question de succession, cherchaient à le renverser-'.

Le mémoire secret de Maximilien l'ut livré à ses adversaires par le fait d'une indigne trahison; la cour palatine en reçut copie, et bientôt toute l'Alleniagn een prit connaissance^. Maximilienne douta pas un moment que le traître ne fût Klesl lui-même. « Je m'étonne, » sécria-t-il avec colère, « que le diable n'ait pas emporté depuis longtemps ce fourbe exécrable ! Cet homme est le mauvais génie de la Maison d'Autriche "! »

L'Électeur Frédéric se servit de ce mémoire comme d'une arme contre tous les princes de Habsbourg. 11 prétendit y voir la preuve que leur dessein bien arrêté était d'anéantir les droits des Électeurs, de rendre l'Empire héréditaire, et d'étoutfer la liberté par la force^.

Très certainement, il ne croyait pas lui-même aux fantômes qu'il évoquait, et ne redoutaitguère« les complots effroyables »des princes de Habsbourg ; mais il se plaisait à jeter l'alarme autour de lui. Il ne réussit pas, cependant, à intimider l'Électeur de Saxe, car deux ambassadeurs, envoyés par ce prince en Bohême au commencement de 1617, l'avaient exactement renseigné sur le véritable état des choses. Le premier, Christophe de Dohna, remit au prince Christian

1 GlNDELY, t. I, p. 40.

* Dépêche de l'Electeur de Cologne. Voyez plus haut p. 750, note 3. ' Gi>DELY, Gesch. des böchmisclien Aufstandes, t. I, p. 36. *^Khevexhiller, t. VIII, ,pp. 891-893, Lü.mg, StaatsconsUia. t. I, pp. 921-9^2. ' Voyez plus haut, p. 637.

8 GiNDELY, Gesch. des boehmischen Aufsfandes, t. I, p. 38. ' HuRTER, t. VII, p. 61. Glxdely, t. I, p. 39. Maximilien de Bavière fut informé du fait par Christian d'Anhalt. Voyez Breyek, t. I, p. 59.

* WoLF, Maximilian, t. III, p. 657, note.

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