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BRISEMENTS D'IMAGES

Selon lui, représenter^ à l'aide du ciseau ou du pinceau, les faits de l'histoire sainte, était également répréhensible. Mais le zèle de Théodore de Bèze s'élevait surtout contre les crucifix qu'il avait en abomination;, et dont il eût voulu que les autorités chrétiennes ordonnassent la destruction.

En proscrivant les images, on espérait effacer de l'âme du peuple tout souvenir du passé catholique, et prévenir les retours à l'ancienne foi : 1 Qu'on enlève les images des temples chrétiens, » s'écriait Zwingle, « car elles servent les criminels desseins des papistes ! Quand on détruit leurs nids^ les cigognes ne reviennent plus '. »

D'effroyables brisements d'images furent la conséquence toute naturelle d'un semblable enseignement. Ils commencèrent à Zurich, Berne, Saint-Gall, Bàle, et en d'autres villes suisses ^. A Saint-Gall, en 1329, tous les autels furent détruits, les images brisées à coups de hache ou de marteau. « Ce fut un merveilleux tumulte! » écrivait un contemporain ; « on a rempli quarante chariots des débris jetés hors de l'église; puis un grand feu a été allumé, et tout a été consumé par les flammes, n A propos de ces actes de vandalisme, Érasme, qui en avait été le témoin, écrivait à Pirkheimer : « On a profané les images, et jusqu'aux crucifix, d'une façon si ignoble qu'en vérité on ne pouvait s'empêcher de craindre que le Seigneur irrité ne fît un miracle pour châtier les coupables. Rien n'est resté debout : aucune statue n'a été respectée, ni au portail ni dans les cloîtres; les fresques ont été recouvertes de badigeon; ce qui ne pouvait brûler a été mis en pièces : ni la richesse des objets d'orfèvrerie, ni leur valeur artistique n'a pu les sauver. » A propos de

' Gaupp, p. 691-708. Le professeur protestant Zanchi prétendait que tous les autels, crucifix, tableaux et images, ornements sacerdotaux, calices d'or, encensoirs et autres objets du même genre, devaient être détruits sans pitié. Selon lui, les statues surtout devaient être proscrites; il fallait les briser ou les brûler. Pierre Martyr Yermigli, prêtre apostat, plus tard professeur de théologie protestante, était d'avis qu'il ne suffisait pas d'enlever les images des églises, qu'on devait avoir grand soin de les détruire et qu'il était dangereux de les reléguer dans quelque endroit caché, d'où plus tard elles pourraient être tirées (Voy. Paulus, dans le Kalholik, 1891, t. I,p. 210). Paulus fait ici cette judicieuse remarque:« Quand on entend des professeurs d'Université très considérés donner de tels conseils, ne faut-il pas s'étonner que tant de précieux monuments de fart du moyen âge aient échappé au vandalisme de la prétendue réforme? Au lieu de s'élever avec tant de violence contre le culte des saints, les novateurs eussent beaucoup mieux fait de combattre la vraie superstition de ce temps, la terreur inspirée par les sorcières. Mais au contraire ils fortifiaient les haines de leurs contemporains. » En 1574, le prédicant d'Arfeld ayant consulté Zanchi, sui- la question de savoir si l'on devait brûler les sorcières : « Très certainement, » répondit le professeur de Heidelberg (22 octobre). Zanchi fit la même réponse au médecin Thomas Eraslus.

' Voy. notre 3« volume, p. 95-102.

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faits analogues, le gouverneur de Neuenbourg écrivait : « Ils ont détruit toutes les statues; ils ont crevé les toiles des tableaux à l'endroit des yeux ou du nez des saints personnages représentés; même les images de la Mère de Dieu ont été traitées de cette manière, ï Zwingle écrivait quelques jours plus tard : » Il n'y a que des esprits pusillanimes ou querelleurs qui puissent déplorer la destruction des idoles '. »

En Allemagne, longtemps auparavant, d'innombrables œuvres d'art avaient péri; pendant la guerre des paysans^, « des brutes ivres et sauvages » avaient pris un plaisir stupide à les mettre en pièces. Plus tard, les conseils municipaux prescrivirent les brisements dimages dans les cités libres du sud, où le Zwinglianisme avait prévalu. « Tout ce que nos ancêtres avaient donné avec grande révérence et amour pour le bénéfice de nobles artistes et pour la gloire de Dieu et de sa Mère bénie, tout ce qu'ils avaient offert à la dévotion du peuple, » écrivait un chroniqueur, « a été abattu, profané, maudit, au grand scandale des bons chrétiens, par cette génération brutale. i> Les mêmes faits se renouvelèrent à Strasbourg, Constance, Lindau, Reutlingen, Ulm, Memmingen, Biberach, Geislingen, Esslingen, Isny, Augsbourg, etc. Les prédicants présidaient eux-mêmes à cette triste besogne, et quelquefois mettaient la main à l'œuvre. A Memmingen, par exemple, « le prédicant Schenk. » lit-on dans une relation du temps, « a fait descendre les tableaux qui surmontaient les autels; après avoir trépigné sur eux, ses gens les ont a chargés sur des chariots, puis portés chez le prédicant Schenk, où ils ont été brûlés-. » A Ulm, en juin 1531, les prédicants Bucer, Blarer et OEcolampade tinrent à honneur de se faire les apôtres « de la purification des temples et de la destruction de l'idolâtrie ". Plus de cinquante autels, toutes les statues de saints, encastrées dans les piliers ou dans les murs, furent arrachées de leurs niches et brisées. Ce qui ne pouvait s'emporter fut haché, lacéré à coups de pique, et cela d'une façon si brutale qu'un protestant, témoin de ces scènes lamentables, ne pouvait s'empêcher d'écrire : « Notre splendide cathédrale a été ignoblement souillée, tellement qu'elle portera à jamais la trace de ces abominations. » On n'a pas même épargné les deux magnifiques orgues de l'église, considérées, elles aussi, comme œuvres du démon. » Un siècle plus tard, le surintendant luthérien Dieterich parlait encore avec indignation de ces actes de fanatisme sauvage : « Ils ont jeté les orgues de la cathédrale sur un monceau de débris. » écrivait-il. « et comme ils ne parvenaient point à soulever le corps de l'instru-

' G.-iUPP, p. 699-703.

' Pour plus de détails, voy. Gaupp, p. 729 et suiv.

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