‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 337 sur 573 · LUTHER SUR L'ABOLITION DES IMAGES · texte numérisé non relu

LUTHER SUR L'ABOLITION DES IMAGES

ment, ils ont attelé des chevaux à des cordes et à des chaînes, et enfin l'orgue splendide a été arraché de l'église et jeté dehors '. *

Partout où se propageait cette brutale fureur, les saintes images, les plus précieux trésors d'orfèvrerie, ostensoirs, calices, vases sacrés, etc., furent brisés, vendus, ou bien envoyés à la monnaie -.

C'est ainsi que furent anéantis, dans le duché de Wurtemberg, dans la Hesse et le Palatinat, d'innombrables chefs-d'œuvre. A diverses reprises, l'Electeur Frédéric III ordonna lui-même les brisements d'images : on détruisait en sa présence tableaux et statues. Comme Théodore de Bèze, le prince était persuadé que non seulement les autels et les fonts baptismaux, mais encore les crucifix, encourageaient et servaient l'idolâtrie, et que tous ces vestiges du paganisme devaient être jetés hors des temples et brisés, quïl s'agît d'objets précieux ou d'ouvrages vulgaires-. Plus d'un prince crut faire œuvre pie « en détruisant de sa propre main les idoles comme un vaillant soldat du Seigneur » . A Diez, le comte Jean d'Orange-Nassau brisa d'un coup d'épée une statue en or de la Sainte Vierge, statue très artistement travaillée *. « Nos iconoclastes de la nouvelle secte, i écrivait Georges Wizel, « haïssent et rejettent les saintes images; ils les abattent, les brisent ou les brûlent. On dirait qu'ils veulent gagner leur épée de chevalier par de si glorieux faits d'armes, tant leur mâle courage s'acharne contre des images muettes ^ «

Luther n'approuvait point ces actes sauvages, qu'encourageaient, au contraire, Carlstadt et d'autres prédicants fanatiques. A Wittenberg et ailleurs, il reprenait sévèrement le peuple toutes les fois qu'il brisait ou profanait les images saintes sans la permission des autorités. Il ne croyait pas que tant de violence fût nécessaire; selon lui, il était loisible aux chrétiens de garder ou de détruire les images ; il approuvait même qu'on suspendit dans les maisons particulières celles qui rappelaient les grands actes de la vie chrétienne. Que si certains docteurs trouvaient utile de les détruire, ce à quoi il ne s'opposait pas formellement, la chose, selon lui, * devait se faire sans passion et sans violence, et l'autorité constituée pouvait seule prendre l'initiative en cette matière. » « Nous voyons dans l'Ancien Testament, » écrivait-il, « que toutes les fois que les images ou idoles ont été détruites, ce n'est pas le peuple, mais l'autorité qui s'est chargée de la

' Voy. notre Z' volume, p. 243 et suiv. Liibke semble ignorer toutes ces abominations {Btmte Blätter, p. 94), car il met la cathédrale d'ülm au nombre des églises « qui ont gardé intacts les monuments de l'art du moyen âge ».

- Voy. notre premier volume, p. 160, note 3 ; t. III, p. 95 et suiv., 245 et 6uiv.

^ Voy. notre 4" volume, p. 205 et suiv.

* Voy. notre 4« volume, p. 515.

5 Voy. DùLLiNGER, Reformation, t. I (2« éd.), p. 107.

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