LUTHER SUR LA BO LIT ION DES IMAGES
besogne; le peuple n'ose pas agir en dehors de ses chefs, car il est dangereux de permettre au chien de ronger sa laisse, et il faut se garder de peindre le diable sur la porte, de peur qu'il n'accoure. » « On doit s'adresser à l'autorité, et lui demander d'abolir les idoles; si elle s'y refuse, nous aurons toujours la parole de Dieu, grâce à laquelle nous pouvons chasser les images de notre cœur, jusqu'au jour où elles seront détruites par ceux qui ont en main le pouvoir et la force. » « Mais pour parler évangéliquement des images, je dis, et je pose en principe, que personne n'est obligé en conscience de les détruire, que tout est loisible au chrétien à cet égard, et qu'on ne commet aucun péché en ne les brisant pas à coups de poing'. » Néanmoins, les princes ou conseils luthériens imitèrent trop souvent les Zwingliens ou les Calvinistes, dans leur fanatisme brutal. En Prusse, dans les États des chevaliers de l'Ordre teutonique, les saintes images avaient été brisées dès 1525. Avec les trésors d'orfèvrerie enlevés aux églises, le duc avait fait faire des plats ou des hanaps pour son usage personnel; lorsqu'il n'y eut plus de calices, on fondit les cloches*. A Stralsund, en 1525. presque toutes les églises et les couvents furent assaillis et pillés par les briseurs d'images; en présence du conseil, les crucifix et les tableaux furent détruits. A Brunswick, où l'ami et le confesseur de Luther, Bugenhagen, avait introduit la nouvelle doctrine, on abattit les autels, on brûla, on brisa les images, on fondit les calices et tous les vases sacrés (1523). A la même date, des brisements d'images avaient lieu à Hambourg ^ On fit preuve du même vandalisme à Magdebourg *.
' Sâmmst. Worke, t. XXIX, p. 141 et suiv. Expliquant le premier commandement, Luther écrivait en 1528 : « Les ennemis des images se liàtent de les abattre. Jene voudrais pas les voir si vite condamnés; mais d'autres prétendent qu'il faut en finir avec elles, et que c'est faire œuvre pie que de les détruire. A quoi cependant aboutissent leurs efforts? Ils ôtent les images des yeux des gens et les leur enfoncent plus profondément dans le cœur, parce qu'alors le peuple, rempli d'une fausse confiance, s'imas^ine qu'il a été agréable à Dieu en les brisant » (T. XXXVI, p. 34).
* Voy. notre 3« volume, p. 84-85.
^ Voy. t. III, p. 86 et suiv. A Zerbst, en 1524, on se servit des images et de tout le mobilier d'église pour entretenir le feu d"une brasserie (Beckmann, Historie de» Farslenthiims, Anhalt, t. YI, p. 43).
* Voy. FioRiLLO, Gesch. der zeichnenden Künste, t. II, p. 134. Sur la destruction brutale des statues de pierre des apôtres Pierre et Paul, qui ornaient à Hildesheim le porche de l'église de Sainte-Croix, le chroniqueur Oldecop écrit (p. 234-233) : « Le lendemain de la fête du pape saint Damase, deux jeunes bourgeois d'Hildesheim buvaient leur bière, d'abord dans la nouvelle auberge, ensuite devant le porche de l'église. Un vaurien delà rue des Juifs, nommé Sander Bruns, vint les rejoindre. Il coupa un gourdin vert à un arbre de la cour, monta sur le mur qui se trouve contre la porte de l'église de Sainte-Croix, et abattit avec son bâton la tète de saint Paul. La nuit précédente, celle de saint Pierre avait eu le même sort. Le lendemain, le nom de ce mauvais sujet était connu de tous. Mais lui, sans se troubler, alla déterrer deux têtes de mort dans le cimetière, et