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ANALOGIE DE L'ART NATIONAL AVEC L'ART ANTIQUE

cette intense ferveur qui, dans nos églises chrétiennes, réussit à revêtir la matière d'une idéale splendeur, il était construit dans un esprit essentiellement religieux, et témoignait éloquemment du respect profond des artistes pour la Divinité.

L'art, selon les anciens, étant un don des dieux, il ne devait jamais perdre de vue sa céleste origine. Jamais il ne devait s'abaisser jusqu'à servir des fins vulgaires ; sa mission était, au contraire, de porter le regard de l'homme au delà des limites restreintes de sa vie personnelle, et d'être, comme le dit si bien une loi d'Arcadie relative à la musique : « un antidote précieux, offert à Thomme pour contrebalancer les influences pernicieuses qui se rencontrent à chaque pas dans sa laborieuse existence. »

Le même esprit animait les sculpteurs et les peintres, et leur inspirait ces chefs-d'œuvre religieux, exempts de tout alliage impur, qui respirent à la fois la vigueur et la chasteté. Le secret de leur beauté, c'est la sérénité, la noble simplicité qu'ils expriment, et c'est en cela surtout qu'ils rappellent l'art du moyen âge. Les statues grecques, non seulement Junon, Apollon, les muses, les dieux, les déesses, mais Vénus elle-même, la déesse de l'amour, étaient toujours représentées vêtues. Ce ne fut qu'à l'époque de la décadence qu'on vit paraître des Vénus nues.

Sous d'autres rapports encore, la période d'éclat de l'art grec offre de grandes analogies avec l'art du moyen âge à l'époque de son plus riche épanouissement.

En Grèce comme au moyen âge, le cycle des arts formait un tout homogène dont les parties s'enchaînaient logiquement les unes aux autres et jamais ne restaient isolées. Un courant de relations intimes et réciproques circulait à travers les arts. La sculpture et la peinture subissaient la loi de l'architecture, et de cette dépendance, qui ne fut jamais une entrave ni une contrainte, naissait l'harmonie . Les architectes, les sculpteurs et les peintres grecs travaillaient, comme ceux du moyen âge, dans un même esprit, d'après des principes identiques; ils choisissaient, pour exprimer leur pensée, les formes les plus pures et les plus simples, se conformant en cela aux lois fondamentales de l'architecture. Intimement unis à l'art monumental, les arts mineurs et le métier subissaient, eux aussi, l'ascendant d'un idéal plus élevé, et tentaient les plus nobles efforts pour l'atteindre K

' Pour plus de détails sur ce sujet, voy. Curtius. Griecli. Geschichte (Berlin, 1861), t. II, p. 277 et suiv. ; Vischer, t. III, 'p. 260 et suiv. ; Hegel, t. II, p. 409; Springer, Kunsthistor. Briefe, p. 237; Lasavla, Philosophie der schonen Künste, p. 29 et suiv., p. 65 et suiv. Voy. aussi Reichexsperger, Parlementarisckes über ifimst, p. 52; Ydngmann, p. 603.

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Chez les (ilrecs, à Tunion de tous les arts se joignait l'unité extérieure, qui se manifestait en particulier par la polychromie, c'est-àdire par l'emploi des couleurs dans Tornementation des édifices et des statues. Sous ce rapport il y a aussi identité parfaite entre l'art de Phidias et les statues de hois ou de pierre de nos cathédrales gothiques. Les temples de marbre resplendissaient de vives couleurs comme les murailles des églises du moyen âge. Ce ne fut qu'à lavènement de la « barbarie », alors qu'on se crut en possession d'un sens artistique plus raffiné, que les monuments perdirent leur brillante parure ' .

Enfin lart grec et lart du moyen âge se ressemblent encore sous le rapport de la formation des artistes. Les usages de nos anciennes écoles, le fils héritant de son père, les ateliers locaux, les longs stages chez les maîtres célèbres de l'étranger, tout cela existait déjà chez les Grecs -.

Quant aux œuvres en elles-mêmes, lart allemand de la fin du moyen âge n"a pas à redouter la comparaison avec l'art grec au temps de son plus bel épanouissement. Il est à sa hauteur, et ce qui peut lui faire défaut suus le rapport de la perfection des formes, il le rachète amplement par la profondeur de la pensée, la chaleur et la sincérité du sentiment. Pour les Allemands comme pour les Grecs, tout édifice était une œuvre nationale ; non seulement nos monuments gothiques, mais aussi les plus achevés de nos édifices romans, sont en état, par la grandeur et la force de l'inspiration comme par la clarté et la beauté sévère de leur ordonnance, de soutenir la comparaison avec les chefs-d'œuvre antiques. En Grèce comme au moyen âge, la façade et les murs de l'édifice étaient ornés de statues, de sculptures, de peintures. Les plus simples meubles du foyer domestique témoignaient du goût et de l'ingénieuse invention de l'artisan, et par leur forme et leur ornementation, atteignaient un degré de beauté qui les ennoblissaient. Tout talent, toute aptitude était cultivé jusqu'à la maîtrise'. Enfin l'analogie entre les deux

' Voy. KuGLEit, Kleine Schriften, t. I, p. 263-327; Vischer, t. III, p. 248; Semper, Kleine Schriften, p. 232 et suiv., p. 250-231. « Relativement à la polychromie, le fameux art antique d'IIellas s'inspirait de principes identiques à ceux de l'art gotiiique du moyen âge catholique »(Feuerbach, De valicanische Apollo, p. 187). « A toutes les époques de haute culture artistique, les artistes ont été unanimes sur ce principe, maintenant contesté. Qu'il est injuste et dur de jeter à de pareilles époques le reproche de barbarie! » (Semper, p. 236).

- Voy. Vischer, t. III, p. 104-103; Portig, t. I, p. 271.

' Voy. HoTHO, Die Malerschule van Eyck's, p. 13;Rahx, p. 53, 557-538. « Toutes les grandes époques artistiques ont cela de commun que toujours les chefsd'œuvre se produisent sur le sol fécond de la vie populaire, de sorte que les sublimes créations des maîtres ne sont autre chose que la plus noble expression du génie national, dont l'influence est sensible jusque dans les productions du métier. A de semblables époques, le meuble le plus insignifiant, l'ustensile le plus

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