LA RENAISSANCE DE L'ANTIQUE » EX ITALIE
beaucoup d'artistes un grand péril. Leur goût se porta avec prédilection vers le sensualisme hardi et le matérialisme obscène de lantique dégénéré. Le titan Michel-Ange ne se croyait tenu d'obéir ni aux lois de Tarchitecture antique ni à une loi architectonique moderne. Son ambition ne se bornait pas à imiter parfaitement l'antique: il rêvait de le dépasser, d'atteindre, s'il se pouvait, de plus puissants effets au moyen de nouveaux procédés . Dans les différents domaines de l'art, il outrepassa les bornes qui jusque-là leur avaient été tracées, et confondit ainsi tous les genres '. Au bout de peu de temps, on vit se former ce qu'on a appelé depuis le « style baroque ». A la sévère discipline du passé, à la tradition partout obéie, il substitua la liberté sans restriction et le caprice individuel; ce fut, naturellement, le signal d'une décadence rapide, et le jour vint enfm où il n'y eut plus d'art en Italie. Michel-Ange, avant de mourir (f 4363). put pressentir cette décadence, déjà sensible dans les tableaux des premiers élèves de Raphaël (f 4320).
Dans ses tableaux religieux, l'immortel peintre d'Urbino incarne les pensées les plus sublimes: son fécond génie, son dessin aux formes si nobles, son splendide coloris relèvent à de merveilleuses hauteurs; mais plus d'une de ses toiles (par exemple la Fornari/ia, ou les peintures exécutées pour la salle de bain du cardinal Bibbiena) ne saurait obtenir sans restriction l'admiration d'un critique chrétien. Ses élèves, incapables de comprendre autre chose qu'une imitation toute de surface, tombèrent dans l'exagération, l'afféterie, plus bas encore^, et bientôt la peinture, comme la sculpture, fut
' Sulpice Boissurée écrivait de Rome à son frère, le26 juia 1837: « On apeino à comprendre le violent génie de Michel-Ange quand on le compare à celui do ses contemporains ou de ses précurseurs, dont l'art irréprochable témoigne d'un sens artistique aussi profond que celui des précurseurs de Raphaël. Un Phidias chrétien aurait très bien pu naître après ces grands artistes. 5lais voici venir cet italien, ce titan, ce Michel-Ange. Il dépasse les limites jusque-là prescrites à tous les arts, déconcertant ainsi sculpteurs, peintres, architectes, et jetant l'art tout entier dans un complet désarroi. » Carstens écrit : « Michel-Ange est le père du mauvais goût dans l'architecture. Depuis ses premiers disciples jusqu'à nos jours, ce mauvais goût n'a fait qu'empirer. Dans les œuvres de l'architecture gothique, on aperçoit le génie ; dans les créations modernes, rien que des règles •• (Springer, Bilder, t. II, p. 313). Parlant du style « buonarotique », Reumont écrit : « Emprisonné dans l'imitation de l'art antique, imitation qui le plus souvent s'arrête à l'écorce, et qui, préoccupée exclusivement de conquérir une prétendue indépendance, s'écarte toujours davantage des modèles reçus, l'art, incapable de produire des formes nouvelles . créa ce style dont le manque d'àme était d'autant plus évident que la forme accuse plus de prétentions. Plus le temps marche, plus la décadence éclate à tous les veux » (Reumont, Gesch. der Sladl Rome, t. III, p. 723).
- Rio (L'Art chrétien, t. IV, p. 361) dit, à propos des élèves de Raphaël : « Telle fut leur décadence au point de vue des inspirations, que l'appréciation de leurs œuvres n'appartient plus à l'histoire de l'art chrétien. » « L'idéal religieux du Cliristianii^me fut, dans uncertain sens, représenté païennement »(Voy. Springer, Bilder, t. II, p. 182).