‹ L'Allemagne et la réforme (volume 5)Chapitre 347 sur 573 · LA RENAISSANCE DE L'ANTIQUE » EN ITALIE · texte numérisé non relu

LA RENAISSANCE DE L'ANTIQUE » EN ITALIE

envahie par la manière et le mauvais goût. Or c'étaient précisément ces défauts que les artistes allemands et hollandais, venus pour chercher leurs modèles au delà des Alpes, trouvaient dignes d'être imités et reproduits.

Le t culte du nu », qui avait joué un si grand rôle au temps de l'antique dégénéré, excita, même chez les grands maîtres italiens, le plus vif enthousiasme. Michel-Ange, dans une de ses compositions les plus grandioses, h Jugement dernier ^ a poussé cette prédilection à l'extrême'. Le Corrège fit un triomphe à la « beauté de la chair », et le Titien glorifia, dans de trop nombreux tableaux, l'obscénité que son intime ami, Pierre Arétin, un des hommes les plus corrompus de son temps, étalait dans ses écrits -.

Au temps où florissait l'art de la Renaissance, les artistes italiens étaient tombés dans « ce goût étrange pour la vulgarité » que Pline reprochait au peintre Arelius à l'époque de la décadence de l'art grec. « Arelius, » écrivait Pline, « était célèbre peu de temps avant que ne s'ouvrît le siècle d'Auguste; mais il déshonora son art par une étrange vulgarité. Toujours occupé de quelque nouvelle passion, il donnait à ses déesses les traits de ses maîtresses, de sorte qu'il était facile de compter ses amours en regardant ses tableaux ^ » C'est l'histoire de Fra Philippo Lippi, de Florence. Ce grand peintre, comblé des faveurs de Cosrne de Médicis et de ses fils, avait séduit une jeune novice nommée Lucrèce Buti; la cour s'amusa beaucoup de cette passion, et le duc permit à l'artiste de suspendre dans le lieu saint et d'exposer à tous les regards un tableau où les traits de sa maîtresse, transformée en Hérodiade, immortalisaient le souvenir de sa scandaleuse conduite. Plus tard, la Buti reparut encore dans un tableau représentant la Madone *. Lippi eut de nombreux imitateurs dans ce genre de profanation.

'" Relativement aux nudités du Jugement dernier, P. Kepler remarque avec raison {Histor. pol. Blätter, t. XGI, p. 755) qu'il faut bien se garder de confondre Michel-Ange avec les artistes qui, plus tard, ont abaissé l'art jusqu'à en faire le complaisant servile des passions basses, qui ont peint la chair pour la chair dans un but inavouable.

- Voy. Springer, Bilder, t. I, p. 349. « Nous ne confondons pas l'idéaliste conception de l'artiste avec le cynisme de Técrivain, et pourtant la note dominante reste, en somme, la même » (Voy. Molmenti, cii. v, Die Kunst, ein Spiegelbild der Sitten, p. 241 et suiv).

^ Hist. natur., lib. XXXV, cap. xxxvii.

* Voy. Rio, VArt chrétien, t. I, p. 361-364; éd. Reumoxt, Lorenzo de' Medici, t. II (2" éd.), p. 129, 134 et suiv. ; Jungmann, p. 412. Ceci se passait peu d'années après la mort de Fra Angelico de Fiesole, ce génie presque unique au monde, dont l'intense ferveur et la pureté angélique ont réalisé l'union la plus parfaite de l'art chrétien avec la sainteté chrétienne. Dans un grand nombre de ses compositions, l'influence de l'antique est incontestable.- mais toujours la pensée chrétienne reste intacte, et même exprimée avec perfection (Voy. P.\stor, Gesch. der Papste, t. I, p. 435-436).

Page 1