LA RENAISSANCE DE L'ANTIQUE » EN ITALIE
Laurent le Magnifique ne les blâmait point, et favorisa non moins que son père les tendances naturalistes et licencieuses du nouvel art. Au peuple chrétien, assemblé dans les églises pour prier et s'édifier, on présenta des femmes de mauvaises mœurs sous les noms de la Sainte Vierge, de sainte Madeleine ou de l'évangéliste saint Jean; les saintes femmes étaient souvent représentées parées comme des courtisanes. « Vos peintres, » s'écriait Savoranole indigné, « habillent la Vierge sainte comme une femme publique ' ! « Le Tintoret mêla plus d'une fois le sacré au profane : un de ses tableaux nous montre le Sauveur au milieu de femmes demi-nues -. Aussi le cardinal Contarini écrivait-il en 1536 : « Qui n'approuverait le canon qui interdit aux artistes, sous peine d'excommunication, de placer dans leurs compositions des figures indécentes, par lesquelles les désirs impurs peuvent être facilement excités ? Car de notre temps, sans parler des maisons privées et des édifices publics, nous croyons pouvoir orner les temples de Dieu, les églises dédiés aux saints, les autels même, de formes qui blessent la pudeur, ce qui certainement est une odieuse profanation K »
Le Concile de Trente édicta des lois très sages contre les abus de ce genre. Dans sa vingt-cinquième session, il interdit aux artistes de rien représenter qui d'aucune manière pût nuire à la foi, donner lieu à l'erreur ou à la superstition. Quant aux tableaux ou sculptures rehgieuses, il exigeait que tout y fût grave et élevé, et que ce qui appartient à l'esprit du monde en fût sévèrement exclu *. Les tendances de l'art à cette époque ne prouvent que trop combien ces dispositions étaient nécessaires et sages.
Un autre signe de décadence, c'est que l'art s'adressa de moins en moins à l'ensemble des citoyens, et s'abaissa peu à peu jusqu'à se faire le serviteur très humble des grands et des princes régnants. Devenus courtisans, les artistes consacrèrent toute leur énergie, tout leur talent à construire et à orner de splendides palais, des châteaux, des maisons de plaisance.
En même temps, leur situation extérieure se transformait. A la
' Rio, t. II, p. 60-61, 423-424. On sait qu'à l'instigation de Savonarole, un grand nombre de tableaux indécents furent publiquement brûlés (p. 430-452).
2 Rio, t. IV, p. 235-282.
^DiTTRicH, Gasparo Contarini (Braunsberg, 1883), p. 338-339.
* Jacob, p. 111. Dejob (p. 246 et suiv.) approuve les écrivains italiens qui blâmaient les décrets du concile relatif à l'art religieux. On est surpris de l'entendre dire (p. 240) : « L'art de la Renaissance n'était point licencieux. » Cependant c'est de la prétendue Renaissance que date la licence chez les artistes, et Dejob dit avec raison (p. 2ol), au sujet des théoriciens chrétiens dont il analyse les écrits : « On s'étonne que ces théoriciens, qui voulaient ressusciter l'esprit chrétien dans l'art, aient agi uniquement par précepte, sans jamais proposer l'exemple des artistes antérieurs à la Renaissance proprement dite. »