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LE NOUVEL ART ANTIQUE WELCHE » EN ALLEMAGNE

vérité, les corporations subsistaient encore, mais la plupart des artistes se dégageaient peu à peu de liens qui leur devenaient à charge. Bientôt il n'eurent plus de place déterminée, plus de terrain solide dans la société civile.

Beaucoup, il est vrai, pratiquaient encore les vertus des anciens jours : Ihumilité et la simplicité du cœur, la charité, l'amour du travail, le goût dune vie simple et modeste : malgré leur prédilection, leur enthousiasme jiour lantique, beaucoup gardaient au fond de leur âme cet esprit chrétien que Michel-Ange, vieillard de soixantequinze ans, glorifiait un jour dans ces nobles paroles : « L'art, comme tout ce {|ui est terrestre, n'est rien, et ne saurait rassasier notie cœur; il n'y a que l'amour de Jésus crucifié qui puisse le remplir '. ■>

Mais nombreux furent les artistes dont la complète indépendant • causa le naufrage moral. Ne se considérant plus comme de simples bourgeois, ils se prirent pour de grands personnages; ils eurent tous les besoins, toutes les habitudes de la haute société, dans un siècle de luxe et de plaisir. Les lettres de Dürer à Wilibald Piikheimer nous fournissent de curieux renseignements sur la vie que menaient à Venise les artistes de cette époque. Dürer fit un séjour à Venise en 1506. Des amis bien intentionnés lui avaient déconseillé de prendre ses repas avec les peintres de la ville, mais il ne tint aucun compte de leurs recommandations; à Venise, il fit la connaissance « d'agréables compagnons, de savants distingués, d'excellents violonistes et flûtistes, de critiques d'art exercés, de personnages de très haute vertu et de nobles sentiments » ; « mais il faut pourtant que j'avoue, » écrivait-il,« que j'ai cunnu aussi hVbas des mécréants de la pire espèce, fourbes, menteurs, voleurs et vauriens de telbétoffe que jamais je n'aurais imaginé ([uil pût en exister de semblables sur la terre !» « Il savent que leur infamie est notoire, mais ils n'en ont cure. » « A Venise, presque tous les hommes sont atteints du mal français; et je ne crains rien davantage. Ce mal consume ici beaucoup de malheureux, qui finissent par en mourir. » Le ton souvent frivole de ses lettres prouve, malgré les précautions qu'il prend pour dissimuler ses torts, que ce séjour à Venise fut loin d'avoir sur lui une heureuse influence. Il avait pris en Italie des habitudes de grand seigneur, et c'est le cœur serré qu'il reprit le chemin de l'Allemagne. « Oh comme je vais geler, après ce soleil! » écrit-il tristement;« ici je suis un personnage, là-bas un parasite, c'està-dire un mendiant *. »

Après lui, à son exemple, les artistes allemands et hollandais

' GvHL, Kiinsllerbiipfe, t. I, p. 238-239,242. Yoy. Gkaus, p. 12-14. - M. Thausi.ng, Dürers Briefe, TmjebucJter und Reime (Vienne, 1672). p. 5, 7,13. 10,17,21,22.

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