LE NOUVEL ART ANTIQUE WELCHE » EN ALLEMAGNE
qui affluèrent à Venise, se complurent dans la vie licencieuse de la ville des lagunes, parée d'un si séduisant éclat.
Le « nouvel art antique welche » s'implanta en Allemagne, et l'art national, dont le règne avait été si glorieux, qui avait produit dïncomparables chefs-d'œuvre, lui fut sacrifié. En Italie, la préférence donnée à l'antique pouvait invoquer la vieille tradition populaire; l'histoire, à certain égard, justifiait l'enthousiasme universel; mais en Allemagne, toute base nationale faisait défaut à la prétendue Renaissance; elle était absolument étrangère au génie allemand. — En Italie, pendant sa courte période d'épanouissement, la Renaissance eut pour interprètes des artistes de génie, elle produisit des œuvres de premier ordre; au lieu qu'en Allemagne elle n'inspira pas un seul ouvrage, du moins dans le domaine du grand art, digne d'être mis en parallèle avec les chefs-d'œuvre dont le génie de nos grands artistes avait doté leur pays. Notre art national n'était pas en décadence lorsqu'un art étranger lui lut préféré; sa sève n'était pas épuisée lorsque prévalut la prétendue renaissance; le Christianisme n'était pas à l'agonie lorsque les humanistes s'enthousiasmèrent pour l'Olympe; le droit national était en pleine vigueur lorsqu'il dut céder la place au droit romain; la langue allemande n'avait rien perdu de sa souple énergie lorsque les savants de la nouvelle école l'appelèrent « barbare », et changèrent leurs noms allemands en noms latins ou grecs. Notre art national eut le même sort que notre esprit national. Opprimé dans toutes ses manifestations par un toutpuissant intrus, il dut enfin lui céder le pas, et, peu à peu, tomba complètement sous un joug étranger.
Jusqu'à la fin du quinzième siècle, l'esprit du moyen âge inspira et soutint encore les artistes; mais vingt ans plus tard, Dürer écrivait déjà : t Aujourd'hui, il faut que tout soit à l'antique. »
Bien imiter était devenu la plus haute ambition des artistes, et souvent ils excellaient dans ce travail. La renaissance allemande n'est, au fond, que la renaissance welche; encore n'en est-elle qu'une pâle copie'. Aussi longtemps qu'on vécut encore de l'ancienne tradition et que l'organisation intérieure des corporations subsista, on vit éclore plus d'une œuvre vraiment belle et digne d'admi-
> Riehl dit très justement à ce sujet (Cullur Studien, p. 129, 130) : « La Renaissance commença par ressusciter les formes antiques avec et à côté des formes du moyen âge; mais bientôt l'antique prévalut. Faire adopter de nouvelles formes d'art est à peu près aussi difficile que d'imposer une forme de vêtement. Très peu, parmi les grands architectes et sculpteurs de la Renaissance, ont réussi à triompher de la contradiction existant entre la vie nouvelle et l'art ancien. Aucune période d'art n'a été d'aussi courte durée que celle de la Renaissance. Dès son entrée dans le monde, on put voir sur son front sa tache originelle, la manière; or la manière, arrivée à son plein développement, devint le rococo. »