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L'ARCHITECTURE ET LA SCULPTURE

que lorsque l'architecte, fidèle à l'ancienne tradition, est resté fermement attaché aux principes fondamentaux du gothique '.

Lorsque de nombreux ouvrages d'enseignement eurent vulgarisé des notions àpeu près justes sur l'art antique, la fusion du gothique et de l'antique produisit ce qu'on a appelé « le style mêlé « et devrait bien plutôt porter le nom de style bâtard, précurseur du style baro- (jue. On vit alors les ornements se multiplier jusqu'à la surcharge. Au commencement, on se servit encore, pour orner les édifices, de motifs empruntés au règne végétal ; mais dès le milieu du seizième siècle, le « cartouche » et la « métallurgie » dominèrent; enfin l'art de l'architecture cessa d'exister le jour où la construction fut en contradiction manifeste avec l'ornementation. On n'eut plus dès lors aucun égard à la nature de la matière employée. Contrairement à la constante tradition du moyen âge, la technique du bois fut appliquée à la pierre; les tailleurs de pierre empruntèrent à l'art du forgeron la décoration des colonnes, du portail, des piliers ou des supports, et l'ornementation des constructions en bois fut empruntée à l'architecture de pierre. Pour le décor allégorique, on eut recours indifféremment à toutes les branches de l'art-. L'intérieur des édifices fut orné de la même manière que la façade. On se complut dans des superfluilés sans nombre : on créa des colonnes dans le seul but de soutenir un chapiteau, et des chapiteaux pour faire ressortir les colonnes. L'ornement devint le principal, l'essentiel du nouveau style et de toute l'architecture. L'exubérance, le besoin d'étonner et d'éblouir, se firent jour dans l'art de la décoration. Se pliant encore sous un autre rapport au goût de l'époque, il ne tarda pas à afi'ecter les formes les plus bizarres et les plus extravagantes '.

' « Ce qui fait tout le clianiie de ces édifices que les amis de la Renaissance nous présentent comme des modèles aclievés, ce sont les paiiies restées gothiques. Loin de renier le génie allemand, loin de rompre de propos délibéré avec la tradition, ceux qui les ont élevés ont maintenu les principes l'ondamentau.x du gothique, n'empruntant que pour l'ornement, tantôt plus, tantôt moins, les l'ormes antiques. Le même fait se reproduit en d'autres pays, surtout en France, où beaucoup d'édifices oß'rent les mêmes l'ormes que dans de nombreux monuments attribués sans hésitation en Allemagne à l'art de la prétendue Renaissance. Il ne saurait être question ici. par conséquent, d'un style spécial, encore moins d'un style national. On ne peut nier que les maîtres de la première Renaissance n'aient créé des chefs-d'œuvre; mais il n'est que juste de te souvenir que de leur temps les traditions du moyen âge n'étaient pas encore oubliées, et que l'ancienne technique, qui venait de s'épanouir avec tant d'éclat dans le gothique fleuri, leur était encore familière « (Reiche.nspeuüeu, Zar jii'ofan Architectur, p. 39).

- Springer (ßi/(/er, t. II, p. 152) trouve que c'est précisément ce mélange, que c'est l'ornement emprunté aux diverses branches de l'art qui fait toute l'originalité de l'art décoratif de le Renaissance. « C'est dans l'ornement, » dit-il, « que la valeur artistique de la Renaissance allemande doit être surtout cherchée. »

^ « Le développement dont il a été question plus haut se fait aussi sentir dans les

Le gothique persista dans l'architecture religieuse bien au delà de la première moitié du seizième siècle. Mais à la suite des troubles et de la détresse matérielle causés par la révolution religieuse, on ne construisit plus, relativement à ce que l'architecture catholique avait produit dans le passé, qu'un très petit nombre d'églises

pays du nord, où la construction en bois a produit des œuvres d'une si merveilleuse beauté et richesse. Les monuments d'ilildesheiin ont reçu récemment le tribut d'admiration qui leur est dû dans le pays même qui se fait gloire de les avoir conservés jusqu'à nos jours, en basse Saxe, surtout dans la vieille ville d'ilildeslieim. Jusqu'à l'apparition de l'art de la Renaissance, la maison gothique en bois y conserve son caractère d'unité, tant par rapport à la matière criiployéc que relativement au style. Son profil, qui se détache en relief avec tant d'énergie et de pittoresque grandeur, les consoles en saillie de ses étages, dont chacune dépasse toujours sensiblement l'étage inférieur, ciiarment le regard. Par des contre-ßciii'S posées en biais, le poids des poutres de support, qui font saillie, se trouve porté par les piliers inférieurs, lesquels sont consolidés par des targettes obliquement posées; les angles entre les contre-hclies sont revêtus de panneaux peints ou sculptés. Quelquefois l'extrémité des sablières est ornée de frises; les solives sont décorées de Ügures ou d'armes; les portes et les lenétres sont encadrées dans des bordures sculptées; les briques qui remplissent les espaces vides forment différents motifs; les montants seuls restent sans ornements. Sur la maison s'élève un toit raide. en dos d'âne; en \A'estplialie, il tourne son pignon vers la rue; à l'ouest du Weser, au contraire, il est toujours parallèle à la rue. Même lorsque la Renaissance est partout adoptée, ce caractère de la maison gothique se maintient longtemps, et la ténacité des habitants de la basse Saxe se reconnaît dans cette fidélité. » « Les formes antiques n'appaiais>ent que dans l'ornement. Ainsi en est-il pour ce chef-d'œuvre de la construction en bois, la Maison des Bouchers, à Hildesheim (1529), dont la puissante façade avec ses huit étages à consoles, domine si majestueusement la jolie place du marché. Les sculptures des sablières, de l'extrémité des solives, des consoles, pour la plupart exécutées d'après le nouveau style, sont d'une beauté achevée, d'une tecimique irréprochable. » — «A mesure que le siècle s'avance, on reconnaît et on suit la lutte engagée entre le gothique de bois et les formes nouvelles de la Renaissance, empruntées à l'architecture de pierre. A la place des targettes avec remplissages do brique, apparaissent, à dater de 1540, des parapets ; depuis 1578, à la place des panneaux, des rondins équarris. Les figures de saints, autrefois si aimées, ont fait place à des figures mythologiques et allégoriques, et parce qu'elles sont totalement étrangères au peuple, elles portent sur leur socle les noms qui les rendent intelligibles. A la fin du siècle, nous n'avons plus sous les yeux qu'une architecture de pierre transposée pour le bois. Les montants deviennent des pilastres sculptés ; les dentelures, les cordons de perles et autres ornements du même genre, remplacent les cannelures, qui convenaient si bien à la nature du bois; les sablières deviennent des architraves; les appuis de fenêtre, des métopes. Les ornements, rarement empruntés au règne végétal, mais la plupart du temps à la pierre ou au métal, sont modelés à plat, et se détachent du fond en vives arêtes. On ne peut noter à cette époque qu'une seule innovation : ce sont les saillies rectangulaires de la façade, qui, en forme de tourelles, s'élèvent, et, à une époque plus rapprochée de nous, montent même jusqu'au toit. Dans un même bâtiment, on en compte souvent

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