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66 ART FASTUEUX DES fiRANDS SEIGNEURS ET DES PRINCES
Dans le margraviat d'Ansbach-Bayreuth^, où les finances étaient dans le plus lamentable état, le margrave Georges-Frédéric fit construire le nouveau Plassenbourg, édifice qui se fait remarquer parmi tous ceux de cette époque par la profusion des ornements plastiques. Il ne coûta pas moins de 237,014 florins, et les revenus de quatre ans de tout le margraviat n'atteignaient pas cette somme '. Lorsque Georges-Frédéric, en 1557. approuva le plan du palais, la principauté avait trois fois plus de dettes que de revenus-; trois ans après, tandis que les travaux se poursuivaient, les dettes du petit pays s'élevaient à 2,500,000 florins ^
Stuttgard possédait d'imposantes habitations princières; cependant le duc Christophe, en 4553, crut indispensable d'ajouter trois ailes au vieux château de ses pères; dans les salles à manger où les petits fonctionnaires et les courtisans prenaient leurs repas, s'attablaient tous les jours environ 450 personnes ; dans lasalle des chevaliers, à la table princière et à celle des maréchaux, 466 hauts fonctionnaires et courtisans prenaient place presque quotidiennement. La vaste salle de danse et vingt-deux chambres servant à loger les hôtes du palais, étaient ornées des plus précieuses tapisseries; autour du château s'étendaient des jardins d'agrément : non loin de là, on admirait une splendide maison de plaisance; puis deux champs de courses, au milieu desquels s'élevaient deux colonnes 1 supportant Madame Vénus et son fils Cupidon »; on attachait à ces colonnes les rubans servant aux courses de bagues. La statue de Vénus servait à enflammer l'ardeur des chevaliers désireux d'obtenir les faveurs et les regards des nobles dames témoins de leurs exploits. En 1564, les conseillers du duc lui représentèrent qu'il était indispensable de restreindre le luxe de la cour, et surtout de s'abstenir de nouvelles et dispendieuses constructions. Depuis le commencement de son règne, les dépenses avaient toujours été en croissant; ni ses revenus personnels, ni ceux de ses États n'étaient assez considérables pour les couvrir ^. Cela n'empêcha pas le successeur de Christophe, le duc Louis, de faire construire une nouvelle « maison de plaisance », édifice somptueux, de 270 pieds de long et de 120 de large, qui ne fut achevé qu'après neuf ans de travaux, exécutés
' LuBKE, Renaissance, t. I, p. 5l9-o23.
^ I. Voigt, Wilhelm von Grumbacli : voy. Raumeii, Histor. Taschenbuclt, t. VII. p. 163.
3 Lang. Gesch. des Fitrstenlliums Baiireuth, t. III. p. 19, 261, 29b.
■^ KuüLER, Christoph, Herzog zu Wurtemberg (Stuttgard, 1868, 1872), t. Il, p. 584**. Voy. sur Aberlin Trelscli. .l'architecte du duc Christophe, A. Klem.m, dans Jannitschek, Repertorium fur Kunstwissenschaft, t. IX, p. 28-58. Sur le « moulage en plâtre », alors nouvellement employé en Allemagne, Tretsch dit : « Il a commencé vers 1540; maître Hang, ébéniste de Nürtingen, en a été le premier maître, moulant des feuillages et des sculptures sur le plâtre. »
SOUS la direction de Georges Beer. Il coûta trois tonnes d'or. L'étage supérieur formait;, dans toute son étendue, une salle magnifique, destinée aux fêtes brillantes et multipliées de la cour. C'est là que furent dansés les premiers ballets et que les premiers opéras furent représentés '. Le duc Frédéric I" surpassa son devancier en magnificence; l'architecte Henri Schickardt construisit par son ordre un château en pierres de taille polies et équarries de la plus parfaite beauté ^.Frédéric n'avait qu'une ambition : rivaliser de splendeur et de goût avec les souverains de Paris et de Londres. Après de longues et persévérantes instances, il avait obtenu Tordre de la .Jarretière; à dater de ce moment, il célébra tous les ans la fête de l'ordre; en 1605, cette fête ne dura pas moins de huit jours. Le duc y parut dans le somptueux costume des chevaliers de Saint- Georges; plus de 600 diamants brillaient sur son pourpoint'. Dans tous les édifices qu'il fit construire depuis, il ne manqua jamais de placer, partout où la chose était possible, les insignes sculptés ou peints de l'ordre de la Jarretière *. — Vint enfin le moment où le pays refusa absolument de supporter de plus lourdes charges. Dès 1599, les États s'étaient plaints qu'en l'espace de six ans le duc eût vidé seize tonnes d'or^ En 1607, ils menacèrent de ne pas couvrir une nouvelle dette s'élevant à 1,100,000 florins; le duc, sans se troubler, leur fit dire qu'au lieu de se plaindre ils devaient s'estimer heureux, puisque sous ses prédécesseurs plus de trois millions avaient été consentis sans contestation. A la mort du prince (1608), ses dettes s'élevaient à un million et demi ®.
Le duc Ferdinand II de Tyrol partageait la passion des princes ses contemporains pour les édifices somptueux. Rien que pour la
' LÜBKE, Renaifsance, 1. 1, p. 368-380; Spittler, Gesch. von Württemberg, p. 190 ; ** Klemm, Württemberg Baumeister, p. 141 et suiv.
- Voy. sur Schickardt, « la cheville ouvrière et l'iospirateurde l'architecture de cette époque pour le Wurtemberg. » l'ouvrage de A. 1\.lem.m, Wilrltemb. Baumeister und Bildhauer, p. 143-144.
■* Pfaff, Gesch. von Wirtembery, 2», p. 41-42.
■» Lübke (Bunte Blätter, p. 138 et suiv.) fait un pompeux éloge des princes du Wurtemberg, et se montre ravi de toutes leurs bâtisses. « Le caractère propre de la Renaissance, tout opposé à l'esprit du moyen âge théocratique, c'est la tendance à mettre en première ligne Vidéaliiiation artistique de la vie profane. Cette idée nouvelle remplace la chasteté, qui alors disparait partout de l'architecture, parla fraîcheur de l'invention et la chaleur pleine de vie de l'expression. « A dire le vrai, il est maintenant impossible d'apprécier ces qualités dans la plupart des édifices dont parle Lübke, la « nouvelle maison de plaisance et le nouveau palais » n'existant plus depuis longtemps. Dans le « style mêlé primitif, nous retrouvons cette elfervescence. cette fermentation d'idées, cet amalgame confus de classique romain et de moyen âge germanique qui nous étonnent et nous charment à la fois dans les chefs-d'œuvre du plus grand génie poétique du monde germanique, dans Shakespeare (!) »
5 Sattleu. t. V, p. 230.
0 Spittler, Gesch. von Württemberg, p. 220-221.