SCULPTURE — MONUMENTS FUNÈBRES
L"évêque est représenté à genoux, étendant devant lui, et comme étonné^ ses courtes mains replètes; un petit crucifix « presque trop élégant », est placé devant lui. L'atelier, qui jadis ne pouvait suffire aux commandes, devint désert, et Hans Vischer, en 1549, se vit contraint de demander au conseil de Nuremberg la permission d'aller habiter Eichstätt, dans lespérance d'y trouver du travail'.
A partir de la seconde moitié du siècle, les maîtres allemands faisant défaut, les travaux étaient en général exécutés par des artistes flamands formés en Italie, ou par des artistes italiens quon faisait venir à grands frais. C'est ainsi qu'Auguste de Saxe fit élever dans le dôme de Freiberg, « d'après les esquisses de deux artistes et peintres welches, » le pompeux monument funèbre de son frère Maurice. Le tombeau des princes de Saxe, qu'on voit tout auprès, est également l'œuvre d'un italien, Giovanni Maria Nosseni, de Lugano, nommé en 1575 sculpteur et peintre de la cour de Saxe, et les statues de bronze sont du vénitien Pietro Boselli -. Les artistes italiens étaient magnifiquement rétribués par les princes allemands. A Lieberose, en 1594, l'épitaphe de Jean von der Schulenburg, ornée de riches sculptures et commandée à Venise, coûta de 16 à 20,000 tha- 1ers ^ Des marchands allemands achetaient dans les Pays-Bas, pour les revendre en Allemagne, les épitaphes en albâtre sculpté destinées aux églises protestantes; ce commerce parait avoir été très lucratif. On voit encore de ces sortes d'épitaphes dans la manière de Franz Floris (d'Anvers), à Berlin, Elbing, Könisberg et ailleurs *. Mais en général la sculpture flamande est médiocre; à peu d'exceptions près, elle n'est qu'une froide imitation des modèles italiens*.
La plupart des tombeaux d'évêques érigés à cette époque dans beaucoup de nos cathédrales font bien comprendre, lorsqu'on les compare aux monuments funèbres légués par le moyen âge, la rapide décadence de l'art, la disparition totale du sentiment. On y chercherait en vain une idée, une inspiration élevée. Tout y est sacrifié à l'effet. En même temps, se multiplient une foule d'inventions destinées à produire l'émotion, à frapper l'imagination". Sur
' Voy. Zahx, Jahrbücher, t. I, p. 244-245.
- LïiBKE, Renaissance, t. II, p. 317.
■* Bergau, Brandenburger Inventar, p. 404-493.
*KuGLER. Museum, t. III, p. 59-60.
^ « Il ne faut pas s'attendre à trouver dans les Pays-Bas des preuves de cette seconde floraison de la sculpture qui se produit ailleurs au seizième et au dixseptiènae siècle. A cette époque, la sculpture était inséparable de la peinture, alors regardée comme le premier des arts. Dès lors il est naturel que la sculpture n'ait produit que des œuvres médiocres, dans un pays où la peinture était en opposition si tranchée avec la plastique » (Schna.\se, Niederländische Briefe, p. 219).
6 LùBKE, Plastik, t. II, p. 875-876.